• Cantines scolaires : deux fois trop de viande

    Les enfants mangent bien trop de viande et de protéines à la cantine

    06 décembre 2017, 17:38

    Christophe Magdelaine Christophe Magdelaine / notre-planete.info

    repas-cantine-viande                                    Crédit : Hans / Pixabay - Licence : CC0

    "Cantines scolaires : deux fois trop de viande !" C'est l'alerte choc de Greenpeace qui interpelle le gouvernement français sur la composition, manifestement inappropriée et dangereuse pour la santé, des repas des enfants dans les cantines scolaires.

    L'annonce peut surprendre alors que la grande majorité des Français croit encore que nous manquons de protéines pour être en pleine forme, sans savoir ce que sont vraiment les protéines et encore moins la quantité dont nous avons réellement besoin.

    "La restauration scolaire, c'est plus d'un milliard de repas servis par an, de la maternelle au lycée. Près de sept millions d'élèves sont concernés. Plus de 80 000 tonnes de produits carnés et plus de 120 000 tonnes de produits laitiers sont distribués chaque année, pour un chiffre d'affaires de plus de 460 et 280 millions d'euros respectivement. Des chiffres qui semblent démesurés, et pour cause : à la cantine, on sert de la viande ou du poisson tous les jours ou presque," annonce Greenpeace dans sa nouvelle campagne contre l'excès de viande dans la restauration scolaire.

    Les enfants mangent trop de viande à la cantine

    Les dernières recommandations nutritionnelles de l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation (Anses), qui datent de début 2017 sont pourtant claires : "l'Agence insiste sur la nécessité de réduire considérablement la consommation de charcuteries (telles que le jambon, saucisson, saucisse, pâté, etc.) afin qu'elle ne dépasse pas 25 g par jour. La consommation de viandes hors volailles (telles que le bœuf, porc, agneau, etc.) devrait quant à elle ne pas dépasser 500 g par semaine."

    Autrement dit, il ne faudrait pas manger plus de 35 tranches de saucisson et 4 morceaux de viande par semaine, selon les nouvelles recommandations de l'Anses. Or, à la cantine scolaire, les enfants mangent de la viande 4 repas sur 5, donc déjà 400 g de viande en théorie (quand ils la finissent). Cela pourrait sembler acceptable si ils n'avaient pas de nouveau de la viande chez eux le soir et week-end, mais c'est pratiquement tout le temps le cas : la consommation de viande atteint alors rapidement plus d'un kilo de viande (hors volaille) par semaine ! C'est deux fois plus que les recommandations de l'Anses qui rappelle que cette surconsommation de protéines animales a des conséquences désastreuses sur la santé : pour chaque augmentation d'apport quotidien de viande (hors volaille) de 100 g, le risque de contracter une maladie chronique augmente de 10 à 20 %. Pour les viandes transformées incluant la charcuterie, chaque augmentation de 50 g/j induit des augmentations de risque allant jusqu'à 50 %. Je vous laisse faire le calcul pour vos enfants...

    En outre, dans le même temps, le Centre international de Recherche sur le Cancer (CIRC), a conclut que la consommation de viande rouge et de viande transformée ne sont pas seulement néfastes directement pour la santé (maladies cardio-vasculaires, hypercholestérolémie, obésité, hypertension, ostéoporose, diabète de type 2, altération des fonctions cognitives, calculs biliaires, polyarthrite rhumatoïde...) mais peut aussi induire l'apparition de cancer. On espère quand même mieux pour nos enfants, non ?

    Les enfants mangent trop de protéines à la cantine.

    Et ce n'est pas fini ! Si l'on prend les chiffres, les recommandations nutritionnelles officielles du Groupe d'Étude des Marchés - Restauration Collective et Nutrition (GEM-RCN) qui conseille les acheteurs de la restauration collective sur la quantité de viande et produits laitiers...  Conduisent à des apports en protéines démesurés en comparaison des recommandations nutritionnelles scientifiques (« Apport Nutritionnel Conseillé » ou ANC, établis par l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, Anses) :

    • "En ne prenant en compte que la portion de viande du plat principal et le produit laitier, les protéines contenues correspondent à plus de 200 % de l'ANC pour un enfant de 11 ans. Cela va jusqu'à plus de 400 % pour un enfant de 3 ans.
    • Sur l'ensemble d'un repas (viande du plat principal et produit laitier mais aussi un peu de pain, pâtes et légumes), nous arrivons à plus de 600 % de l'ANC en protéines établi par l'ANSES pour un enfant de 6 ans." détaille Greenpeace dans son rapport sur la question.

    On pourrait s'en satisfaire en se disant qu'il vaut mieux trop de protéines que pas assez... Mais "un fort apport en protéines animales, et en particulier celles issues des produits laitiers, à l'âge de 12 mois pourrait être associé à des problèmes de surpoids à l'âge de 7 ans. L'âge de 5/6 ans est également un âge critique en termes d'apport en protéines au regard des risques liés à l'obésité plus tard. Ceci n'est pas le cas avec des protéines végétales. Une situation de surpoids chez l'enfant peut avoir des conséquences importantes sur sa santé d'adulte : obésité, diabète, troubles ostéo-articulaires, maladies inflammatoires de l'intestin, troubles hépatiques... Avec de plus un risque accru de dépression à l'adolescence." explique Greenpeace, références à l'appui.

    Bref, suffisamment de bonnes raisons pour que la consommation de viande diminue significativement et soit remplacée par des légumes, céréales et fruits, qui eux, sont bons pour la santé. Pourtant, "très peu d'écoles proposent aujourd'hui des menus végétariens aux élèves" souligne Greenpeace France qui ajoute : "il est pourtant essentiel d'apprendre aux enfants à s'alimenter autrement qu'avec des repas carnés. Les protéines végétales sont un excellent moyen de diversifier son alimentation car elles sont riches en fibres, en vitamines ou en minéraux. Il est également primordial de proposer plus de bio dans les cantines et de privilégier la qualité des produits sur la quantité." Sur ce dernier point, nous serons tous d'accord, la cantine scolaire n'a jamais brillé pour sa qualité gustative.

    Plus perfide, Greenpeace France affirme avoir mené une enquête sur la restauration scolaire et a découvert que "les lobbies ont une réelle emprise sur les contenus des assiettes des cantines" et demande au gouvernement Macron d'"encadrer l'action des lobbies de la viande et des produits laitiers dans les instances de décisions, et surtout interdire leur intervention dans les écoles. L'omniprésence de ces lobbies, dénoncée dans notre rapport (...), empêche d'éduquer les enfants à une alimentation saine et éco-responsable."

    C'est pourquoi, Greenpeace a lancé une pétition pour interpeller le gouvernement français sur cette aberration pour la santé de nos enfants en proposant des alternatives :

    • Introduire deux repas végétariens par semaine à horizon 2020.
    • Augmenter la part du bio dans toute la restauration scolaire.
    • Interdire la présence des lobbies dans les écoles.
    • Limiter l'influence des lobbies dans les instances de décisions.

    Enfin, rappelons que la consommation de viande contribue fortement à la dégradation de l'environnement et aux émissions de gaz à effet de serre, sans oublier, l'exploitation inacceptable du vivant et les souffrances engendrées qui devraient nous interpeller sur notre prétendue "humanité".


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