• Compostez les pelures d'oranges

    Christophe Magdelaine Christophe Magdelaine / notre-planete.info

      Alors qu'un tiers des produits alimentaires sont gaspillés, que les déchets ne sont pas encore correctement valorisés et que les sols ne cessent de se dégrader, des écologues se sont associés avec une entreprise locale de production de jus d'orange au Costa Rica pour tenter de reverdir des terres appauvries. Un exemple qui démontre l'utilité de récupérer les déchets alimentaires végétaux pour restaurer les écosystèmes. Leurs résultats sont publiés dans la revue Restoration Ecology.

      L'histoire prend racine au milieu des années 1990, lorsque Daniel Janzen (https://www.bio.upenn.edu/people/daniel-janzen) et Winnie Hallwachs (http://www.gdfcf.org/winnie-hallwachs), deux écologues de l'Université de Pennsylvanie ont proposé un accord à Del Oro, un fabricant de jus d'orange qui venait de débuter sa production le long de la frontière nord de la zone de conservation de Guanacaste, un site classé au patrimoine mondial de l'UNESCO (http://whc.unesco.org/fr/list/928/), situé dans le nord-ouest du Costa Rica.

    Le deal suivant a été conclu en 1997 : en échange d'un don d'une partie des terres boisées de Del Oro présentes dans la zone de conservation de Guanacaste, l'entreprise pouvait déposer ses déchets d'écorces d'orange, sans frais, sur des terres dégradées du parc. L'idée des écologues, qui ont travaillé pendant plusieurs années à titre de chercheurs et de conseillers techniques dans la zone de conservation de Guanacaste, était de mettre en évidence l'intérêt des déchets agricoles pour régénérer la végétation mais aussi pour séquestrer une quantité significative de carbone.

    Ainsi, 1 000 camions remplis de 12 000 tonnes pelures et de chairs d'orange ont été déchargés sur un pâturage stérile dans les terres de la zone de conservation.

    Seulement un an après la signature du contrat, TicoFruit, une entreprise concurrente, a poursuivi en justice Del Oro, arguant que la société avait « souillé un parc national ». La Cour suprême du Costa Roca lui a donné raison et les terres recouvertes de déchets d'oranges ont été délaissées pendant... 15 ans. Mais la nature a profité de cet apport et le résultat est édifiant.

    Alors que le sol était en partie dénudé et pourvu d'une végétation pauvre, en seulement 16 ans, cette zone est maintenant recouverte d'une forêt luxuriante et de vignes.

    Une équipe dirigée notamment par Timothy Treuer (https://environment.princeton.edu/grads/pecs-scholars-program/tim-treuer) et Jonathan Choi (https://environment.princeton.edu/interns-2013/jonathan_choi), des chercheurs de l'Université de Princeton a procédé à l'analyse d'une parcelle de 3 hectares. "C'était tellement recouvert d'arbres et de vignes que je ne pouvais même pas voir le panneau de 2 mètres de long avec un lettrage jaune brillant marquant le site qui se trouvait à seulement quelques mètres de la route", a déclaré Timothy Treuer. Et pour cause, la biomasse aérienne y a augmenté de 176 % !

    "Alors que je marchais sur les roches affleurantes et de l'herbe morte dans les champs voisins, je devais grimper dans les sous-bois et me frayer un chemin à travers les murs de vignes dans le site des peaux d'orange," a déclaré Choi.

    Si le test visuel est sans équivoque, l'équipe de recherche a évalué deux ensembles d'échantillons de sol pour déterminer si les écorces d'orange ont effectivement enrichi les nutriments du sol. Pour évaluer les changements dans la structure de la végétation, les chercheurs ont établi plusieurs transects dans la zone de traitement des déchets orange. Ces transects étaient des lignes parallèles de 100 mètres de long dans toute la forêt, où tous les arbres de 3 mètres étaient mesurés et marqués, ceci afin de voir dans quelle mesure les épluchures d'orange ont influencé la croissance des arbres.
    Ainsi, pour comparer, les chercheurs ont construit un ensemble similaire d'itinéraires sur le pâturage de l'autre côté de la route, qui n'avait pas été recouvert de peaux d'oranges. Ils ont mesuré le diamètre des arbres et identifié toutes les espèces dans les deux zones.

    Ils ont constaté des différences particulièrement significatives : la zone fertilisée par les déchets d'oranges avait des sols plus riches, une biodiversité d'arbres plus conséquente (en terme de biomasse et de variété d'espèces) et une plus grande fermeture de la canopée forestière. Les dépôts de déchets d'orange ont considérablement augmenté les niveaux de macronutriments du sol et les micronutriments importants dans les échantillons prélevés 2 et 16 ans après l'épandage initial des déchets d'orange.

    "Je suis convaincu que nous trouverons beaucoup plus d'occasions d'utiliser les « restes » de la production alimentaire industrielle pour restaurer les forêts tropicales" a déclaré David Wilcove (http://wws.princeton.edu/faculty-research/faculty/dwilcove), co-auteur de l'étude, professeur d'écologie et de biologie de l'évolution et des affaires publiques et Princeton Environmental Institute.

    La récupération des déchets alimentaires : un exemple à suivre

    Alors qu'un tiers de la nourriture est gaspillée (https://www.notre-planete.info/actualites/actu_3642_gaspillage_alimentaire_monde.php) au niveau mondial, de grandes quantités de déchets végétaux pourraient utilement, et sans surcoût, participer à l'enrichissement des sols, dont la dégradation devient problématique.
    Ce type de partenariat gagnant-gagnant entre le monde industriel et celui de la préservation de l'environnement montre, une nouvelle fois, que les solutions ne manquent pas à la crise écologique.

    A titre individuel et local, le compostage de nos déchets alimentaires (https://www.notre-planete.info/actualites/4570-compost-dechets-alimentaires-jardin) est une très bonne solution pour diminuer le poids de nos ordures ménagères tout en enrichissant notre jardin (ou celui des autres). Et contrairement à une idée reçue et coriace, les agrumes sont tout à fait compostables, sans aucune limitation de quantité !

     Références: Treuer, T. L. H., Choi, J. J., Janzen, D. H., Hallwachs, W., Peréz-Aviles, D., Dobson, A. P., Powers, J. S., Shanks, L. C., Werden, L. K. and Wilcove, D. S. (2017), Low-cost agricultural waste accelerates tropical forest regeneration. Restor Ecol. doi:10.1111/rec.12565


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