• Fiscalité pour les plus riches

     Fiscalité du capital : une réforme favorable aux plus riches

    Christian Chavagneux 27/09/2017 Alternatives Economiques n°372

    « Il y a bien une guerre des classes, mais c’est ma classe, celle des riches, qui la mène, et nous sommes en train de la gagner », commentait il y a quelques années le financier américain Warren Buffet, régulièrement classé parmi les premières fortunes mondiales. Ce qui est vrai aux Etats-Unis est en train de le devenir en France.

    Le projet de budget du gouvernement prévoit en effet d’accorder deux importants cadeaux fiscaux aux plus fortunés. D’une part, l’exonération de tous les actifs financiers de l’impôt sur la fortune, qui deviendrait seulement un impôt sur la fortune immobilière (IFI). Coût : de 3 à 3,8 milliards d’euros de recettes perdues, selon les estimations. D’autre part, une taxation forfaitaire de 30 % des revenus des placements financiers (intérêts, dividendes, plus-values), alors qu’aujourd’hui ces revenus sont intégrés aux revenus des ménages comme les revenus salariaux. Coût : entre 1,5 milliard, selon Bercy, et 4 milliards selon le calcul des économistes de l’OFCE.

    Le projet de budget du gouvernement prévoit d’accorder deux importants cadeaux fiscaux aux plus fortunés

    Le gouvernement veut-il favoriser une société de rentiers ? Pas du tout. Il pense, grâce à ces incitations, déclencher deux mécanismes vertueux en faveur de l’investissement productif. D’un côté, les plus riches seront incités à placer leur argent en Bourse plus que dans l’immobilier, accroissant ainsi les ressources des entreprises françaises.

    De l’autre, ces dernières ne seront plus obligées de distribuer autant de dividendes pour compenser une fiscalité du capital plus élevée que dans les autres pays. Autant d’argent qu’elles pourront conserver pour investir.

    1 % les plus riches vont réellement accroître leurs placements financiers. En 2014, ceux-ci représentaient déjà 71 % de leur patrimoine et 84 % pour les 30 000 ménages les plus fortunés (0,1 %). Il ne faut pas mettre tous ses oeufs dans le même panier et si augmentation de leur investissement financier il y a, il sera plutôt marginal.

    Un gain incertain

    De même, rien ne dit que les entreprises vont diminuer leurs versements de dividendes. Celles qui le feront risquent de perdre des actionnaires si tout le monde ne le fait pas. Et celles qui suivraient malgré tout cette voie n’en profiteront pas forcément pour accroître leurs investissements en France.

    Enfin, lorsqu’on compare les niveaux de la fiscalité du capital et ceux de l’investissement productif, le lien apparaît plus que ténu.

    Taux de taxation des revenus du capital (moyenne 2002-2016, en %) et investissement des entreprises (moyenne 2002-2017 en % du PIB en volume)
    > Voir le graphique
     

    Bref, le gouvernement va redistribuer de 5 à 8 milliards de recettes publiques aux plus riches pour un gain macroéconomique plus qu’incertain.


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