• L'île Henderson en danger...

    Perdu dans le Pacifique Sud, ce confettis paradisiaque est devenu en l'espace de trente années, date à laquelle l'Unesco l'a inscrit au patrimoine mondial de l'humanité, un véritable piège pour les déchets en plastique. L'île Henderson a toujours bénéficié d'une riche faune marine en raison de sa position sur le passage d'un grand courant giratoire. Aujourd'hui, revers de la médaille, ce gigantesque tourbillon de courants ce gigantesque tourbillon de courants océaniques déverse ici une accumulation de débris en plastique produits sur Terre... sans discontinuer.

     L 'île Henderson a été inscrite par l'Unesco en 1988 sur la liste du patrimoine mondiale pour son « écologie pratiquement intacte ». Il a suffi de trente années pour que cet atoll désert du Pacifique, se retrouve aujourd'hui noyé sous un océan de déchets plastique. Une situation face à laquelle les scientifiques se disent démunis. Rattachée à la colonie britannique de Pitcairn, l'île se trouve à mi-chemin entre la Nouvelle-Zélande et le Pérou, distants d'environ 5.500 kilomètres. Mais en dépit de son isolement extrême, ce joyau a l'une des plus fortes concentrations de déchets plastiques au monde, en raison du jeu des courants océaniques.

     
    Un homme nettoie une plage de l'île Henderson dans le Pacifique, le 14 juin 2019. © Iain McGregor, Stuff, AFP, Archives

    « Nous y avons trouvé des débris provenant d'à peu près partout, explique Jennifer Lavers, une chercheuse basée en Australie qui a conduit le mois dernier une expédition sur l'île. Il y avait des bouoteilles et des boîtes, toutes sortes de matériel de pêche et les déchetsprovenaient, eh bien, de tous les pays que vous voulez, d'Allemagne, du Canada, des États-Unis, du Chili, d'Argentine, d'Équateur. » Pour la scientifique, le message est clair et démontre que chaque pays a une responsabilité dans la protection de l'environnement, jusque dans les endroits les plus reculés.

     Un grand tourbillon qui agit comme un tapis roulant

    L'île Henderson se trouve au centre du gyre subtropical du Pacifique Sud, un gigantesque tourbillon océanique qui tourne dans le sens inverse des aiguilles d'une montre, descendant la côte australienne pour remonter ensuite le long de l'Amérique du Sud (voir schéma dans l'article ci-dessous). Ce gyre est une bénédiction pour l'atoll en ce qu'il contribue à ramener dans ses eaux les nutriments nécessaires à la prolifération d'une riche faune marine et de colonies d'oiseaux marins.

    Une première expédition recensait 700 morceaux de plastique au mètre carré

    Alors que les atolls coralliens sont typiquement pauvres en espèces, celui de Henderson est d'une diversité telle qu'il fut inscrit en 1988 sur la liste du patrimoine mondial par l'Unesco, pour sa valeur universelle exceptionnelle : « En tant que l'une des dernières îles calcaires de grande taille à avoir conservé une écologie pratiquement intacte, l'île d'Henderson a préservé sa beauté exceptionnelle avec ses plages de sable blanc, ses falaises calcaires et sa riche végétation pratiquement intacte, indique encore l'Unesco sur son site internetSa situation isolée permet d'y observer la dynamique de l'évolution insulaire et de la sélection naturelle. »

    Voilà cependant des années que le gyre agit aussi comme un tapis roulant déversant en permanence quantités de matières en plastique piégées dans ce qui est nommé le vortex de déchets du Pacifique Sud. C'est en 2015 que Jennifer Lavers y a réalisé sa première expédition, recensant 700 morceaux de plastique au mètre carré, soit une des concentrations les plus élevées au monde.

     
    Un bébé tortue sur un container en plastique, sur une plage de l'île Henderson dans le Pacifique, le 10 juin 2019. © Iain McGregor, Stuff, AFP, Archives

    Le souillage ininterrompu des plages est déchirant

    Pour aggraver le problème, les vagues ont contribué à réduire la moitié de ces déchets en poussières presque invisibles et quasiment impossibles à ramasser, mais qui sont facilement ingérées par les oiseaux ou les tortues. Le mois dernier, la scientifique a organisé sur l'île un ramassage de déchets, et six tonnes de plastique ont été collectées sur les plages en deux semaines de dur labeur.

    Il faut fermer le robinet à la source

    Leur bateau ne pouvant approcher suffisamment près de la côte, ces déchets n'ont pu être emportés. Ils ont été rassemblés au-delà de la ligne de pleine mer en vue d'une récupération future. Jennifer Lavers a cependant reconnu qu'il était « déchirant », après cet effort, d'assister en direct au souillage des plages par de nouveaux déchets. « Nous avons pris notre déjeuner et observé en temps réel le rejet par l'océan de bouées, morceaux de cordage et autres déchets », raconte-t-elle.

     
    Des déchets sur une plage de l'île Henderson, dans le Pacifique, le 10 juin 2019. © Iain McGregor, Stuff, AFP, Archives

    Pour la chercheuse, qui envisage de nouvelles expéditions vers Henderson en 2020 et 2021, cela ne fait que souligner le fait que les nettoyages de plages ne sont pas une solution à long terme. « Cela illustre la nécessité de fermer le robinet à la source, poursuit-elle, en demandant de plus grandes restrictions concernant les plastiques à usage uniqueIl y a tellement de plastique dans les océans. Il faut faire tout ce que nous pouvons pour empêcher que davantage n'y soit rejeté. 


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