L'«anéantissement biologique» de la vie sauvage est plus rapide que prévu. Près d’un tiers des espèces de vertébrés (mammifères, reptiles, oiseaux, poissons…) est en déclin, à la fois en matière de population et d’étendue sur l’ensemble des continents, selon une étude alarmante parue dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS) (http://www.pnas.org/content/early/2017/07/05/1704949114) et relayée notamment par le Monde (http://www.lemonde.fr/biodiversite/article/2017/07/10). Les mammifères d’Asie du Sud et du Sud-Est sont particulièrement touchés, selon les chercheurs, qui concluent à l’accélération de la sixième extinction animale de masse. La France, zone riche en faune, n’est cependant pas en reste. Selon la liste rouge nationale (http://uicn.fr/liste-rouge-france/) des espèces menacées du comité français de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), une espèce de mammifères sur dix est menacée en métropole. Un tiers des oiseaux nicheurs et près d’un quart des reptiles et des amphibiens risquent aussi de disparaître du territoire. En outre-mer, plus d’un tiers des oiseaux de La Réunion sont menacés ou ont déjà disparu de l’île, toujours selon la même source.

«La France est aussi concernée que les autres pays du monde. L’érosion de la biodiversité est très frappante dans certaines zones», explique à Libération Florian Kirchner, chargé de programme Espèces au sein du Comité français de l’UICN. La France, avec ses territoires d’outre-mer, est un des pays les plus concernés par les «points chauds» de la biodiversité, des zones de grande diversité à protéger, comme le pourtour méditerranéen. «La France se situe aussi parmi les dix pays au monde qui hébergent le plus grand nombre d’espèces mondialement menacées», ajoute Florian Kirchner. Cela ne veut pas dire que la France est un mauvais élève : la biodiversité y est très riche, et le territoire donc plus susceptible d’héberger beaucoup d’espèces menacées. Ce déclin est attribué principalement à la destruction et la fragmentation des habitats naturels, causée notamment par l’urbanisation. Parmi les autres menaces, le développement d’espèces invasives, l’agriculture intensive ou encore la pollution. Le changement climatique commence également à avoir effet sur les espèces. La liste rouge nationale de l’UICN identifie ainsi 2072 espèces menacées, dont 862 en métropole. 87 sont dites «en danger critique» dans l’Hexagone, mais tous les groupes d’espèces n’ont pas été évalués. Voici quelques espèces emblématiques menacées d’extinction.

Le lynx boréal

Un lynx femelle dans le parc animalier de Sainte-Croix à Rhodes, le 12 décembre 2012Un lynx femelle à Rhodes (Moselle), en décembre 2012 (photo AFP).

Le lynx boréal, plus grand félin européen, est classé «en danger» en France, mais n’est pas menacé en Europe. Ses effectifs, très faibles sur le territoire français, sont estimés à moins de 150 adultes. L’animal, reconnaissable à ses oreilles pointues, a disparu des plaines au Moyen Age et des principaux massifs montagneux au XIXe siècle «en raison de la déforestation, d’une forte pression de chasse et de la raréfaction de ses proies», détaille l’UICN. Il est ensuite réapparu dans les Alpes, le Jura et les Vosges grâce à des programmes de réintroduction menés en France et en Suisse. La principale cause de mortalité de l’espèce, très endurante (le domaine vital de l’adulte peut aller jusqu’à 300 km2), est le trafic routier et ferroviaire. Le braconnage représente également une menace pour sa survie en France, en raison de sa prédation occasionnelle sur les moutons.

L’ours brun

Le Parlement européen presse le gouvernement français de prendre rapidement les mesures nécessaires pour la préservation de l&squot;ours brun dont la situation est "critique", ont indiqué mercredi les défenseurs du plantigrade.Un ours brun dans les Pyrénées (photo AFP)

   Pourchassé à partir du Moyen Age en Europe, l’ours brun est considéré comme «en danger critique d’extinction» en France, l’une des deux seules espèces de mammifères en métropole dans cette catégorie. Reconnaissable à sa bosse sur le dos, le plus connu de tous les ursidés n’est pas en danger à l’échelle mondiale, malgré une tendance à la diminution, comme l’expliquait Libération il y a quelques mois (http://www.liberation.fr/futurs/2016/10/10/on-voudrait-bien-des-ours-en-plus_1520983). Il ne restait que cinq ours bruns en 1996, tous dans les Pyrénées-Atlantiques. Depuis, huit spécimens ont été réintroduits côté français, et le nombre de plantigrades ne cesse d’augmenter. Ils y sont désormais environ 40, parmi lesquels plusieurs oursons. Mais cela ne suffit pas. Selon un rapport du Muséum national d’histoire naturelle, il faudrait réintroduire une quinzaine d’ours supplémentaires. «Les deux ours côté Pyrénées-Atlantiques sont deux mâles, on a besoin de deux femelles au moins», confirme Christian Arthur, président de la Société française pour l’étude et la protection des mammifères (SFEPM). Les spécialistes craignent aussi des problèmes de consanguinité dans la population. L’Ursus arctos, de son nom scientifique, n’est pas non plus à l’abri des battues de sangliers. En 2004, Cannelle avait été abattue par un chasseur, provoquant une panique écologique. 

L’escargot de Corse

Cet escargot endémique de la Corse a une histoire originale. L’espèce était considérée comme éteinte par les scientifiques, jusqu’à la découverte d’individus en 1994 près d’Ajaccio. En raison de l’urbanisation et de la fréquentation du site, près de la plage et fréquenté des touristes, l’espèce a été déclarée en danger critique d’extinction. Le tyrrhenaria ceratina bénéficie tout de même depuis 1997 d’un arrêté préfectoral de protection de son biotope. «Il s’agit de l’un des rares cas d’actions de conservation sur une espèce d’invertébrés», analyse Benoît Fontaine, chercheur au département écologie et gestion de la biodiversité au Muséum national d’histoire naturelle (MNHN). Des tentatives de reproduction en captivité dans le but de le réintroduire, sans succès. Sa population totale est estimée à quelques milliers d’individus, confinés sur six hectares seulement.

Le monarque de Tahiti

Uniquement présent en Polynésie française, le monarque de Tahiti est l’un des oiseaux les plus menacés au monde. Le pomarea nigra a déjà disparu dans plusieurs îles de Marquises. Le déclin de ses populations est directement lié à l’arrivée d’espèces invasives introduites dans l’archipel polynésien, et notamment de rats, qui attaquent les nids. Des actions de sauvegarde sont menées depuis plusieurs années, afin de dératiser les sites où cette espèce de passereaux est présente. Il ne resterait plus qu’une dizaine d’individus. Environ 2 000 espèces d’oiseaux ont disparu depuis l’arrivée de l’Homme en Polynésie, souligne Benoit Fontaine, du MNHN, qui rappelle que la France a une grande responsabilité dans la préservation des espèces en raison de la richesse de la biodiversité en outre-mer.

L’esturgeon européen

Prisé pendant longtemps pour sa chair et pour ses oeufs destinés à la production de caviar, l’esturgeon européen a souffert de la surpêche. Désormais protégé et strictement interdit à la pêche en France depuis 1982, ce poisson migrateur fait encore l’objet de captures accidentelles à l’embouchure des estuaires ou en mer. Comme le saumon, l’esturgeon européen est victime des barrages, qui lui empêchent de migrer vers les zones de reproduction en raison de passes à poissons trop petites, explique l’UICN. «Son âge élevé de maturité sexuelle (environ 10 ans pour les mâles et 15 ans pour les femelles) entraîne un rythme très lent de renouvellement de ses populations», selon la même source. Résultat, l’espèce est classée «en danger critique d’extinction» en France et au niveau mondial. On ne compte plus qu’une population de quelques milliers d’individus, dont les sites de reproduction sont limités au bassin de la Gironde.

Le lézard du Val d’Aran

 Aran rock lizard (Iberolacerta aranica) from the the Val d'Aran in SpainUn lézard du Val d’Aran (photo Benny Trapp. CC BY 3.0)

    Le lézard pyrénéen du Val d’Aran, qui vit en altitude et s’accouple dès la fonte des neiges, est particulièrement menacé par le changement climatique. Le réchauffement entraînerait la progression en altitude de certaines autres espèces, ce qui réduirait les espaces favorables du petit reptile, déjà très près des sommets. Les populations de cette espèce sont également en déclin en raison du développement des infrastructures humaines en montagne (stations de ski, routes…), qui réduisent son habitat. En raison de sa petite taille notamment, ce lézard est difficile à comptabiliser, comme les autres reptiles et amphibiens. Les effectifs peuvent également fluctuer fortement d’une année à l’autre, ainsi que les probabilités de captures. Cela «rend les estimations très lourdes, peu fiables et finalement pas toujours très utiles», estime la Société herpétologique de France (SHF), qui a mis au point des protocoles standardisés de suivi des populations nationales. Leur objectif est de pouvoir identifier des tendances par une analyse statistique globale, et ainsi de connaître les leviers d’actions, s’ils existent, afin de préserver les espèces en danger.

Juliette Debo