• La fonte du pergélisol en Arctique relâchera du carbone, mais aussi du mercure

     mis à jour le 13 mars 2018

    https://www.notre-planete.info/actualites/487-fonte-pergelisol-Arctique

    A  cause du changement climatique en cours, le pergélisol des régions arctiques, est en train de fondre. Un phénomène qui devrait perdurer pendant des siècles, relâchant du carbone dans l'atmosphère qui va à son tour alimenter le réchauffement de notre planète, mais aussi du mercure, ...

    Normalement, le pergélisol est relativement protégé des aléas météorologiques et des éventuelles anomalies thermiques, mais il ne résiste pas une modification profonde et structurelle du climat engagée par nos émissions massives de gaz à effet de serre.

    Pergélisol (ou permafrost en anglais) : définition. Le pergélisol est un sous-sol gelé dont la température ne dépasse pas 0 °C pendant au moins deux années consécutives. Il contient des matières organiques riches en carbone, comme les feuilles, qui ont gelé sans se décomposer. À mesure que la température de l'air dans l'Arctique fait fondre le pergélisol, la matière organique se décompose et libère son carbone dans l'atmosphère sous la forme de gaz à effet de serre, de dioxyde de carbone et de méthane.
    Le pergélisol s'étend sur une bonne partie de l'Arctique et des régions environnantes, et compte pour plus d'un cinquième de la superficie des sols dans l'hémisphère Nord.

    Une étude conduite par Nicholas Parazoo (https://science.jpl.nasa.gov/people/Parazoo/)du Jet Propulsion Laboratory de la NASA (Pasadenan, Californie - USA), a révélé que les régions méridionales et donc plus chaudes ne deviendront pas une source de carbone jusqu'à la fin du 22ème siècle, même si elles dégèlent maintenant. En effet, d'autres processus vont contrer l'effet de la fonte du sol dans ces régions. Par contre, ce sont des régions que l'on croyait plus à l'abri du réchauffement qui vont fondre plus vite : une surprise pour les scientifiques.

    "Le pergélisol dans le sud de l'Alaska et le sud de la Sibérie est déjà en train de fondre, donc il est évidemment plus vulnérable", explique le chercheur, comme en témoignent l'apparition d'impressionnants gouffres béants qui balafrent la Sibérie (https://www.notre-planete.info/actualites/4069-trou-Siberie-permafrost).

      Et "une partie du pergélisol très froid et stable des hautes latitudes de l'Alaska et de la Sibérie semblait être à l'abri des changements climatiques extrêmes, et nous n'attendions pas beaucoup de changements au cours des deux cent prochaines années." Cependant, une simulation climatique, qui s'appuie sur les données de sol recueillies en Alaska et en Sibérie, montre que le pergélisol situé au nord de l'Arctique perd cinq fois plus de carbone par siècle que le pergélisol situé au sud de l'Arctique.

     Deux explications sont avancées 

    • il y a beaucoup plus de pergélisol dans la région du nord que dans le sud de l'Arctique 
    • le réchauffement des sols du sud de l'Arctique va assurer la croissance de plantes qui ne poussaient pas avant. Or, les plantes captent le dioxyde de carbone de l'air pendant la photosynthèse et le stocke dans leurs tissus. A mesure que le sud de l'Arctique se réchauffera, la photosynthèse accrue compensera les émissions accrues de pergélisol jusqu'à la fin des années 2100.

    Au final, les émissions totales de carbone de cette région au cours des 300 prochaines années seraient 10 fois plus élevées que toutes les émissions de combustibles fossiles produites par l'homme pendant l'année 2016, avec un pic attendu dans 40 à 60 ans. C'est beaucoup et peu à la fois : en une décennie environ, nos activités émettent autant de gaz à effet de serre que 300 ans de décongélation du pergélisol.

    En 2016, 36,2 Gt (milliards de tonnes) de CO2 ont été émis dans l'atmosphère à cause des activités humaines ; 2017 devrait battre tous les records.(https://www.notre-planete.info/actualites/175-2017-hausse-emissions-CO2)

    La fonte du pergélisol relâchera également des quantités importantes de mercure

    Autre nouvelle inattendue et inquiétante : le pergélisol contient de très importantes quantités de mercure, d'origine naturelle, comme l'attestent des carottages effectués en Alaska.

    Selon les travaux publiés dans Geophysical Research Letters en février 2018, le pergélisol arctique renferme quelque 793 000 tonnes de mercure, de quoi remplir 23 piscines olympiques. Cela équivaut à 10 fois les émissions humaines de mercure de ces trente dernières années.

    Au total, les sols gelés et non gelés des régions arctiques contiennent 1 665 000 tonnes de mercure, c'est le plus gros réservoir de mercure de la planète et presque deux fois plus que ce que le mercure présent ailleurs sur Terre, dans les océans et l'atmosphère !

    Alors qu'au moins 30 % du pergélisol devrait fondre d'ici à 2100, d'importantes quantités de mercure seront alors libérées et contamineront sans doute l'ensemble des milieux de notre planète, via les courants marins ou les échanges atmosphériques.

    Le mercure (Hg) est un élément trace métallique (https://www.notre-planete.info/environnement/metaux_lourds.php) (anciennement appelé métaux lourds) qui est assimilé par les organismes vivants sous une forme chimique biodisponible et très toxique : le méthylmercure (MeHg). Or, le méthylmercure s'accumule dans les organismes et se propage ainsi le long des chaînes alimentaires, notamment dans le poisson, de plus en plus contaminé.(https://www.notre-planete.info/actualites/3653-poisson_mercure_sante)

    Ce mercure qui était sécurisé dans le sol gelé de l'Arctique pourrait devenir un véritable poison pour le vivant qui s'ajoutera aux conséquences dramatiques du changement climatique dont la hausse du niveau des océans.(https://www.notre-planete.info/actualites/443-acceleration-augmentation-niveau-mer) Un avenir peu radieux.

    Auteur

    Christophe Magdelaine Christophe Magdelaine / notre-planete.info

    Références
    • Parazoo, N. C., Koven, C. D., Lawrence, D. M., Romanovsky, V., and Miller, C. E.: Detecting the permafrost carbon feedback: talik formation and increased cold-season respiration as precursors to sink-to-source transitions, The Cryosphere, 12, 123-144, 2018.
    • Paul F. Schuster, Kevin M. Schaefer, George R. Aiken, Ronald C. Antweiler, John F. Dewild, Joshua D. Gryziec, Alessio Gusmeroli, Gustaf Hugelius, Elchin Jafarov, David P. Krabbenhoft, Lin Liu, Nicole Herman‐Mercer, Cuicui Mu, David A. Roth, Tim Schaefer, Robert G. Striegl, Kimberly P. Wickland, Tingjun Zhang ; Permafrost Stores a Globally Significant Amount of Mercury ; DOI: 10.1002/2017GL075571 - Geophysical Research Letters

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