• La maladie hollandaise

     James et Antoine de Ravignan   31/07/2017

     https://www.alternatives-economiques.fr//maladie-hollandaise/00079484

      Nous sommes en 1977 et un mal étrange mine le petit royaume batave, aux affaires naguère si florissantes. C’est à n’y rien comprendre. En 1959, des « hiep hiep hiep hoera ! », exclamation flamande intraduisible, avaient accueilli la découverte de gisements de gaz dans la belle province de Groningue et, au-delà, en mer du Nord. De plutôt aisés, les sujets de Sa Majesté allaient, pour sûr, devenir très riches en exportant leur « or bleu ». 

    Et en effet, les florins se sont mis à couler à flots sur le plat pays. Mais, rapidement, l’euphorie gazière a viré à la gueule de bois de genièvre. Un nombre croissant d’entreprises ont commencé à licencier et le chômage s’est mis à grimper : quasiment nul en 1970 (1,1 %), il avait atteint 5,1 % en 1977.

    L’euphorie gazière a viré à la gueule de bois de genièvre

    C’est cette même année que le mal, à défaut d’être guéri, fut diagnostiqué. Par The Economist : dans un article consacré à la paradoxale affection dont souffraient les Pays-Bas, l’hebdomadaire britannique lui inventa un nom : « dutch disease », la « maladie hollandaise ». L’expression est depuis restée pour décrire des symptômes qui frappent presque toujours les pays qui, pour s’enrichir rapidement, puisent allègrement dans le capital dont la nature les a (trop) bien dotés, à la façon de rentiers. On parle aussi de « malédiction des matières premières ».

    L’étiologie est relativement simple. Plus un pays exporte et plus sa monnaie tend à s’apprécier. En effet, pour régler leurs factures, les clients étrangers ont besoin de se procurer des devises du pays dans lequel ils achètent. Or, les transactions gazières se faisaient alors en florins. Cependant, quand la monnaie nationale est très demandée, elle voit son taux de change augmenter fortement (ce fut le cas du florin dans les années 1970). Ce qui tend à freiner les exportations des entreprises nationales sur des marchés concurrentiels.

    Une maladie mortelle

    Par ailleurs, l’enrichissement du pays l’a incité à acheter de plus en plus de produits importés, et ce d’autant plus qu’une monnaie forte les rendait relativement moins chers. Ainsi, aux Pays-Bas, tandis que Philips peinait à vendre ses téléviseurs au-delà des polders, les Néerlandais avaient, eux, de plus en plus intérêt à acheter Telefunken ou Thomson. Pour ne rien arranger, la hausse des salaires dans un secteur gazier qui se développait a obligé les autres secteurs industriels à suivre pour retenir leurs travailleurs, alimentant en retour une inflation dopée par les importations de produits de consommation.

    Bref, contracter la maladie hollandaise peut être mortel pour une économie, surtout quand son industrie est peu développée et que son Etat est peu redistributeur. Ce n’était pas le cas des Pays-Bas, qui s’en sont remis. Mais en 2017 comme en 1977, l’épidémie continue de faire des ravages en Algérie, au Venezuela, en Arabie Saoudite ou en Russie. Et rares sont ceux qui, telle la Norvège, parviennent à s’en immuniser en s’imposant, pour gérer durablement leur rente des matières premières, un régime strict de contrôle des dépenses tout en investissant leurs rentrées dans des fonds au profit des générations futures.

    Antoine de Ravignan  


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