«Chacun a mis du sien»

Réceptionné par le président de la commission internationale de vérification, le Sri-Lankais Ram Manikkalingam, ce document était remis dans la foulée au procureur de la République de Bayonne, Samuel Vuelta Simon. Dans le même temps, des groupes d’artisans de la paix parmi lesquels José Bové, député européen Europe Ecologie-les Verts, «sécurisaient» les lieux, en attendant l’arrivée des équipes de démineurs, de gendarmes et de policiers de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). François Molins, procureur de Paris en charge de la lutte antiterroriste, a supervisé les opérations de police en cours sur les caches d’armes. Une enquête préliminaire, confiée à la Sdat et à la police judiciaire de Bayonne, a été ouverte.

  «Les autorités ont permis que tout se passe bien. Tout en rappelant qu’elles étaient garantes de l’Etat de droit, elles étaient dans une démarche d’accompagnement», confie à Libération Jean-René Etchegarray. En réalité, ce désarmement est le résultat d’une intense négociation menée en coulisses depuis plusieurs semaines entre les artisans de la Paix et des représentants du ministère de l’Iintérieur. «Jusqu’à la dernière minute, chacun a mis du sien pour garantir son bon déroulement», révèle à Libération l'un des organisateurs de la remise de l'arsenal. Ainsi, au dernier moment les artisans de la paix ont annulé «à la demande des autorités» la présentation jugée «trop spectaculaire» d’une partie de cet arsenal à un groupe de journalistes, dont Libération, mis dans la confidence.

Main bleue ouverte

De son côté le Premier ministre Bernard Cazeneuve s’est félicité d’une opération «menée dans le calme et sans violence». «C’est là, une étape décisive vers la fin du terrorisme indépendantiste basque», a-t-il ajouté, souhaitant «exprimer une pensée pour les 829 victimes de l’ETA, et pour les milliers de personnes blessées par ses actions terroristes». Le ministre de l’Intérieur, Matthias Fekl, a salué «un grand pas» et «un jour incontestablement important».

   Retour sur la place Saint-André : à la tribune se succèdent les prises de parole traduites en basque de Michel Tubiana avocat et président d’honneur de la Ligue des Droits de l’Homme (LDH), le pasteur Good, Louis Joinet ancien expert à l’ONU et conseiller des Premiers ministres de François Miterrand. Chacun insiste sur la nécessité de régler au plus vite le sort des 350 prisonniers basques détenus en Espagne et en France (pour 75 d'entre eux) tout comme l’indispensable reconnaissance de «toutes les victimes du conflit basque». Les 829 morts attribués à l’ETA et les 400 morts du «camp» indépendantiste selon le chiffre donné par la mouvance abertzale (patriote en basque) à Libération. «Amnistie», «Les prisonniers à la maison» reprend la foule au fil des interventions.

  Venue essentiellement des provinces basques espagnoles et de l’intérieur du pays basque français, elle est notamment composée des familles et des proches des prisonniers, de réfugiés, d’historiques comme Julen Madariaga, 84 ans l’un des fondateurs de l’ETA sorti de prison en 1991 mais aussi d’une multitude de jeunes arborant la main bleue ouverte, symbole des artisans de la paix. «Ce 8 avril est un jour important pour moi mais la suite le sera encore plus, souffle Janine Beyrie, mère de Lorentxa, emprisonnée en France depuis 2001. Nous attendons la libération immédiate de tous les détenus gravement malades. Ce geste nous montrera la réelle volonté du gouvernement français d’œuvrer à la paix». Samedi, Paris, s'est félicité du désarmement, sans autre commentaire sur la question des prisonniers. Du côté espagnol, une attitude très rigide semble de mise. Pour le gouvernement espagnol la remise des armes signifie «la défaite définitive de l’ETA». «Ses membres ne peuvent attendre aucun traitement de faveur du gouvernement» a indiqué le porte-parole du gouvernement.