• La raison du plus faible (Jean Marie PELT)

    2011     216    6,60 €

       Plus de cent cinquante ans après la publication du célèbre ouvrage de Darwin, De l’origine des espèces, Jean-Marie Pelt s'emploie à récuser la fameuse « loi de la jungle » qui, dans une nature réputée « cruelle », serait le seul moteur de l'évolution. Il existe bien une raison du plus faible : tout au long de l'histoire de la vie sur terre, des premières bactéries jusqu'à l'homme, là où les plus gros n'ont pas su résister aux cataclysmes et aux changements climatiques, ce sont souvent les créatures les plus humbles qui ont survécu. Notre société humaine, dans laquelle règne un esprit de compétition exacerbé, court à la catastrophe si elle n'entend pas cette leçon de la nature qui fait de l'égoïsme la maladie mortelle des puissants et de la solidarité la force des faibles. Un ouvrage fourmillant d'anecdotes puisées au cœur du monde végétal et animal. 

    Extrait     Prologue :

       Un lion déambulait le long d'une rivière. De quoi aurait-il eu peur ? N'était-il pas le roi des animaux ? Chemin faisant, il croisa un scorpion et le trouva aussi laid que méprisable. Pourtant, le scorpion s'enhardit à lui adresser la parole. En termes élogieux, il vanta sa force, sa beauté, mais aussi sa légendaire générosité à l'égard des êtres faibles et insignifiants comme lui. Flatté, le félin daigna prêter l'oreille aux propos de la bestiole qui reprit de plus belle la longue litanie de son dithyrambe, insistant sur les multiples qualités et vertus du roi des animaux. Touché au plus profond de son coeur de lion, le fauve n'avait plus rien à refuser à son minuscule compagnon. Aussi, lorsque celui-ci lui demanda de lui faire traverser la rivière sur son dos, car il ne savait pas nager, le félin promit de s'exécuter.

        Pourtant, avisé et prudent, le lion subodora qu'une telle requête pouvait cacher quelque piège. Il n'ignorait pas que le scorpion pique et injecte un venin. Le venin, arme des faibles, tout juste bon pour les scorpions et les serpents, pensa-t-il ; arme bien superflue pour lui dont les griffes et les crocs inspiraient la terreur. Il demanda néanmoins au scorpion de s'engager à ne point le piquer tandis qu'il serait juché sur son dos au cours de la traversée. Ce dernier réitéra qu'il ne savait pas nager et que piquer son nautonier reviendrait à se suicider, puisqu'ils couleraient alors l'un et l'autre.

       Rassuré, le fauve fit monter le scorpion sur son échine et entreprit la traversée.
       Alors que l'autre berge est à portée de patte, le scorpion pique subitement son infortuné passeur et bondit sur le rivage. Récrimination indignée du lion : «Tu n'as pas tenu parole, tu m'as piqué !» Et le scorpion de rétorquer : «Je n'y peux rien, c'est dans ma nature !»

       Cette fable appartient aux légendes qui se racontent dans le petit monde de l'astrologie. On y insiste, en effet, sur la légendaire générosité du lion, mais aussi sur sa sensibilité à la flatterie, qui ne va pas sans quelque orgueil mal placé. On ajoute que le lion est certes droit, honnête, mais naïf et crédule. À l'inverse, le scorpion et ceux qui sont nés sous son signe n'hésitent pas à user de leur dard. C'est du moins la réputation qu'on leur fait. Leurs stratégies et leurs arrière-pensées restent secrètes, et bien malin qui saurait les décrypter. Comme les voies du Seigneur, celles du scorpion sont impénétrables !
       La tradition astrologique veut voir dans le Lion et le Scorpion deux signes forts, mais aux démarches antagoniques. Le premier inspire respect en étalant sa force ; le second évite de brandir son arme mais n'omet pas de s'en servir au bon moment.

       Dans cette métaphore, qui donc est le fort ? Et lequel, le faible ? Cette interrogation nous accompagnera tout au long du présent essai. 
     

     


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