• Les Inuits résistants (Anne Pélouas )

    Les Inuits résistants (Anne Pelouas )

    2015    144 p.   12 €

        Peuple de l'Arctique à l'histoire millénaire, les Inuits ont traversé le XXe siècle en passant du nomadisme à la sédentarité. Doués d'une faculté d'adaptation exceptionnelle, ils traversent aujourd'hui les temps troubles générés par le réchauffement climatique, lequel affecte davantage les pôles que le reste de la planète.
      Dans toutes les sphères de leur vie au quotidien, autant politique qu'économique, culturelle ou sociale, on sent chez eux une formidable aptitude à la résilience, sans reniement des valeurs fondamentales de leur culture ancestrale. Exemple avec les Inuits du Nord du Canada.

       Anne Pélouas est journaliste indépendante, correspondante du journal Le Monde au Canada, où elle est installée depuis 1988. Elle y a réalisé de nombreux reportages et portraits, tant pour des magazines français que québécois, dans des domaines variés : politique, économie, environnement, nature, tourisme, gastronomie... Mais sa passion première va au Grand Nord canadien et à ceux qui l'habitent.

      Anne Pélouas sur les traces du peuple Inuit du Canada, entre traditions et modernité

      L’image de esquimau chassant le phoque a vécu. Dans son livre , la journaliste franco-canadienne Anne Pélouas dresse le portrait d’un peuple Inuit entre traditions et modernité, un peuple qui a la volonté de dessiner lui-même les contours de son développement économique.

      « Je suis satisfaite d’avoir eu l’occasion de donner la parole à des gens qui pourfendent un peu les idées reçues », avance Anne Pélouas. Journaliste française indépendante, correspondante pour le quotidien Le Monde, l’auteure vit au Canada depuis 1988. Entre articles journalistiques, récits de voyage et entrevues, Anne Pélouas nous décrit une société millénaire qui vit dans le Grand nord canadien, sur l’immense territoire du Nunavut (Territoire du Canada depuis 1999) et du Nunavik (Québec).

      Car la première chose qui frappe le lecteur occidental, c’est l’immensité du territoire des Inuits du Nunavut et du Nunavik, comme cinq fois la France, pour un peu plus de 35 000 habitants, avec un froid intense qui ralentit tous travaux de construction ou projets miniers plusieurs mois par an. Pourtant, le territoire des Inuits est très convoité, entre richesses minières et passage maritime du nord-ouest dû au réchauffement climatique. Dans la première partie du livre, Anne Pélouas plante le décor, avant de nous raconter le quotidien de ces nomades qui sont passés par le détroit de Béring il y a 8 000 ans, pour s’implanter de l’Alaska à la Sibérie.

      Depuis une quinzaine d’années, la journaliste fait des séjours réguliers dans le grand nord. Le dernier a duré trois semaines. « C’est un peuple rieur avec un humour raffiné », explique-t-elle. Mais c’est leur extraordinaire capacité d’adaptation qu’elle admire. « En 40 ans, on est passé de l’igloo à la maison moderne et à l’internet haut débit », peut-on lire. C’est également ce qui rend l’auteure « raisonnablement optimiste » sur l’avenir du peuple inuit. « Ils sont capables d’évoluer en gardant leurs propres valeurs », affirme-t-elle.

    Un modèle socio-économique unique

    En 1999, le Nunavut est devenu un territoire du Canada, et à l’autonomie politique, les Inuits veulent maintenant ajouter l’autonomie économique. « L’entreprise privée inuit est en train de naître », se réjouit la journaliste. S’ils restent encore très dépendants d’Ottawa, les Inuits développent un modèle économique basé sur la communauté (base culturelle ancestrale) : la coopérative. Encore embryonnaire au Nunavut, le modèle de la « coop », est très développé au Nunavik. Transport, art inuit, magasins,… Le système coopératif, qu’elle décrit dans un chapitre consacré au « nouvel eldorado nordique », est un pilier de l’économie. « Et ils réinvestissent dans leur territoire, contrairement à ce qui se faisait avant avec la Baie d’Hudson », lance Anne Pélouas.

    Anne Pélouas sur l'Île d'Ellesmere au parc national Quttinirpaaq (Nunavut). Crédit photo : BertrandLemeunier.com    Anne Pélouas sur l’Île d’Ellesmere au parc national Quttinirpaaq (Nunavut).
                                      Crédit photo : BertrandLemeunier.com

     

      Pour dessiner les contours des enjeux économiques, la journaliste a rencontré Georges Kuksuk, élu à l’assemblée législative du Nunavut, et ministre du Développement économique, du Transport et de l’Énergie. Car les Inuits sont aujourd’hui partie prenante des projets qui voient le jour sur leur territoire. Avec une croissance du PIB de 41% entre 2010 et 2013, le Nunavut a fait le choix d’une approche « socio-économique » pour accompagner le développement et favoriser l’emploi des Inuits. La scolarité des jeunes et l’augmentation du niveau de formation du peuple Inuit est une des priorités du Premier ministre du Nunavut Peter Taptuna.

    Les jeunes Inuits, entre deux cultures

      Chez les Inuits, 60% de la population a moins de 25 ans. Entre iPod, Facebook et pêche sous la glace, Anne Pélouas concède que les jeunes sont à cheval entre deux cultures. « Ils mangent du phoque cru et des hamburgers », raconte-t-elle. S’ils parlent l’inuktitut à la maison, ils parlent également l’anglais ou le français, les deux autres langues officielles du territoire. « Même s’ils sont isolés, ils ne sont pas hors du monde », assure la journaliste, qui cite les skidoo et les avions équipés de GPS. « Ce sont des jeunes comme les autres jeunes », ajoute-t-elle.

      Cette explosion démographique, assortie de difficultés à construire rapidement des logements, à offrir des formations et des emplois valorisants, s’accompagnent de difficultés sociales, parfois poussées à la caricature, comme l’alcoolisme, la violence ou le suicide. « Je ne voulais pas édulcorer ces problèmes, mais je voulais les aborder différemment », confie l’auteure. Elle relate une émouvante entrevue avec Hyper T, un jeune rappeur Inuit qui raconte ses tendances suicidaires. Mais ce sont aussi des programmes sportifs ou culturels qu’elle décrit, et qui redonnent aux jeunes l’estime d’eux-mêmes qu’ils perdent parfois aux détours des deux cultures.

      Tout au long des 150 pages du livre, des rencontres et des récits, Anne Pélouas décrit un peuple résiliant, attaché à sa culture et à sa langue, face aux appétits économiques des « Blancs », mais conscient des enjeux économiques, sociaux et climatiques, et prêt à s’adapter. Pour autant, les Inuits sont complètement ouverts sur le monde, avec les limites de l’isolement géographique et climatique. Ils s’adaptent pour inventer la « web-médecine », apprendre l’informatique, mélanger chips et caribou, ou encore chasser avec le GPS dans la poche. « Les défis sont énormes, avance la journaliste, mais petit à petit, les Inuits mieux formés vont prendre les emplois sur leur territoire ». On compte déjà des avocats, des pilotes, des infirmières,… comme pour baliser un long chemin. Alors oui, selon Anne Pélouas, les Inuits sont résistants, au froid mais aussi aux changements qui se dessinent, avec cette capacité de s’adapter pour évoluer en gardant leurs propres valeurs.


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