• Marché de la tomate

    Le marché de la tomate est un très mauvais exemple de fonctionnement de la mondialisation

    http://institutdeslibertes.org/le-marche-de-la-tomate-est-un-tres-mauvais-exemple-de-fonctionnement-de-la-mondialisatio/

    Nous nous efforçons de regarder à la télévision presque tous les documentaires consacrés à l’économie. Nous avons été suffisamment critique dans notre dernier papier « La télévision montre toujours ce qui se passe mal dans l’économie libre »  pour saluer le dernier documentaire de Jean Baptiste Malet « L’empire de l’or rouge » passé sur France2 le 13/02/2018.  Il décrit le fonctionnement du marché mondial de la tomate à l’heure de la mondialisation.

    La sauce tomate permet de décrire le fonctionnement d’une partie de la  mondialisation économique. Les acteurs sont des gouvernements, des sociétés,  des traders, des gagnants et des perdants. Derrière les bouteilles de ketchup se livre une guerre commerciale planétaire  car tout est permis pour gagner des parts de marché.

    La Chine triche

    En Chine, dans la province du Xin Jiang l’armée chinoise a construit il y a une quinzaine d’années des usines qui produisent des millions de barils de concentré de tomate. L’opération a été menée par un ancien général de l’armée chinoise chargé de mettre au pas les « Ouigours » qui sont des musulmans chinois. Ce sont les italiens notamment la société <Rossi Catelli> qui a fourni à la société <Gaotai Sinochen> des usines clef en main. La chine a payé en concentré de tomate, ce qui a permis à des entreprises italiennes comme « Gino » de produire du concentré de tomate « italien » en rajoutant un peu de marjolaine.

    Pas longtemps après, la société chinoise <Jintudi> s’est mise à vendre du concentré de tomate sous la marque « Gina » reproduisant à l’identique le packaging de la marque « Gino » !

    Ensuite pour augmenter les marges, certains fabricants chinois se sont mis à ajouter de la fibre de soja qui joue un rôle d’épaississant qui peut aller jusqu’à 50% du contenu de la boite. Bien évidemment l’additif ne figure pas parmi les contenus mentionnés sur l’étiquette. Tout cela permet au port de Tanjin d’exporter 1MT de concentré de tomate par an.

    Les Etats Unis développent des usines sans personnel

    Aux Etats Unis, en Californie, une société  avec des usines robotisées est le numéro un mondial du concentré de tomate. Il s’agit de la société <Morning Star> fondée en 1970 par Chris Rufer qui était chauffeur de poids lourd. Aujourd’hui il produit 25% du concentré de tomate produit en Californie fournissant 40% des besoins américains. On le présente souvent comme « le Steve Jobs de la tomate » car il est arrivé à faire fonctionner des usines dans lesquelles tout le personnel a disparu. Cela n’a été possible qu’avec un coût  du capital proche de zéro.

    <Heinz>, <Campbell> , <Ingomar Packing Company> propriété de Greg Pruett à Los Banos en Californie sont obligés d’adopter les mêmes méthodes pour rester compétitives.

    L’Europe réintroduit l’esclavage

    En Europe ce sont des migrants venus d’Afrique qui assurent la cueillette des tomates dans le sud de l’Italie. A Foggia dans les Pouilles, 30 000 migrants sont payés 2€ de l’heure en étant « logés » dans des conditions effroyables. On peut dire que comme à l’époque des latifundia,   l’esclavage a fait sa réapparition en Europe dans le sud de l’Italie. Tout cela est possible grâce à un écosystème qui comprend les mafias en Lybie et en Italie, les organisations qui prétendent s’occuper des migrants, le tout fonctionnant avec la bénédiction des autorités européennes.

    En France, le consommation de tomate est de 13kg par personne et par an. La société <Savéol> possède 10% de part de marché. Pour produire une tonne de tomates en plein champ il faut 94,6kg d’équivalent pétrole (engrais, arrosage etc…). Il en faut dix fois plus que quand on les fait pousser sous serre. Une tomate cultivée à Agadir sous une simple bâche coûtera malgré les 3200km parcourus jusqu’à Rungis 13 fois moins d’équivalent pétrole que la tomate du Finistère cultivée sous serre chauffée.

    La Hollande est ainsi le premier producteur de tomates en Europe, alors que c’est un pays qui a peu d’espace et pas beaucoup de soleil.  Leur prochain objectif est de faire pousser de la vanille sous des serres chauffées, ce qui permettra de ruiner rapidement l’économie de Madagascar qui est le premier producteur mondial de vanille !

    L’Afrique s’enfonce un peu plus

    En Afrique, au Ghana les paysans africains subissent la concurrence de la tomate made in China. La dernière usine de transformation de tomate locale a fermé. L’Afrique est devenu le champ de bataille de l’or rouge. Les ouvriers ghanéens sont payés quatre fois moins que les chinois. Le Ghana ne peut pas mettre de droits de douane sur ses importations chinoises comme le ferait un état souverain, car il dépend de la Chine pour la construction de ses infrastructures.

    La mondialisation devra se réinventer.

    A partir du simple exemple de la tomate, on comprend que la mondialisation montre les difficultés de la libéralisation des échanges commerciaux. Le documentaire pointe du doigt les grands acteurs de ce marché que sont les deux traders mondiaux de concentré de tomate qui tiennent le marché mondial. Ce  sont Armando Gandolfi en Italie et Juan Jose Amezaga aux Etats Unis.

    On nous explique que le grand responsable est la mondialisation prôné par le Fonds monétaire international, la Banque Mondiale et l’Organisation Mondiale du commerce (OMC). D’ailleurs, la mondialisation appauvrit les pauvres des pays riches et enrichit les riches des pays pauvres. On n’est pas dans le libre échange mais dans une économie de prédation violemment anti sociale qui développe la mondialisation des inégalités.

    Le libéralisme ne fonctionne qu’avec des Etats souverains

    Après avoir fait ce constat on nous explique que c’est le libéralisme sauvage qui serait  responsable du dérèglement des marchés, du déclin industriel, des délocalisations et du chômage. On nous sert sans arrêt les clichés qui rendent le libéralisme détestable depuis trente ans aux yeux des intellectuels du camp des bien-pensants.

    Le libéralisme n’a jamais été « le renard dans le poulailler qui mange toutes les poules ». Le libéralisme sans un état souverain cela ne peut pas  fonctionner. Il n’y a pas de contradiction entre le libre échange et la souveraineté.  Certains se mettent à  vanter alors les bienfaits du protectionnisme, ce qu’aucun économiste de renom à l’exception de Maurice Allais vieillissant n’a fait depuis très longtemps.

    Il faudrait d’abord prendre conscience de l’échec des idées socialo keynésiennes.

    Pour la suite, le problème est que la droite classique française est anti-libérale.  Elle se laisse dicter ses valeurs par la gauche, délaissant les siennes qui sont pourtant celles du véritable humanisme. Dans cette semaine précédant le Salon Agricole de Paris, si rien n’est fait pour faire mieux fonctionner le marché de la tomate et d’autres matières premières agricoles, il ne faudra pas s’étonner que les perdants soient attirés par les extrêmes de gauche et de droite.


    Auteur: Jean-Jacques Netter

    Jean Jacques Netter est diplômé de l’École Supérieure de Commerce de Bordeaux, titulaire d’une licence en droit de l’Université de Paris X. Il a été successivement fondé de pouvoir à la charge Sellier, puis associé chez Nivard Flornoy, Agent de Change. En 1987, il est nommé Executive Director chez Shearson Lehman Brothers à Londres en charge des marchés européens et membre du directoire de Banque Shearson Lehman Brothers à Paris. Après avoir été directeur général associé du Groupe Revenu Français, et membre du directoire de Aerospace Media Publishing à Genève, il a créé en 1996 Concerto et Associés, société de conseil dans les domaines de le bourse et d’internet, puis SelectBourse, broker en ligne, dont il a assuré la présidence jusqu’à l’ absorption du CCF par le Groupe HSBC. Il a été ensuite Head of Strategy de la société de gestion Montpensier Finance.


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