• Or Noir... (Matthieu AUZANNEAU)

    Or Noir

    2015    712 p.    26 €

         Depuis les premiers puits désormais à sec jusqu'à la quête frénétique d'un après-pétrole, du cartel secret des firmes anglo-saxonnes (les " Sept Soeurs ") jusqu'au pétrole de schiste, Or noir retrace l'irrésistible ascension de la plus puissante des industries.

      Dans cette fresque passionnante, on croise les personnages centraux des cent dernières années – Churchill, Clemenceau, Roosevelt, Staline, Hitler, De Gaulle, Kissinger, sans oublier les présidents George Bush père et fils... –, mais aussi John Rockefeller, probablement l'homme le plus riche de tous les temps, ainsi que des personnalités moins connues ayant joué des rôles décisifs, tels Calouste Gulbenkian, Abdullah al-Tariki ou Marion King Hubbert.    Ce livre éclaire d'un jour inattendu des événements cruciaux – l'émergence de l'URSS, la crise de 1929, les deux guerres mondiales, les chocs pétroliers, les guerres d'Irak, la crise de 2008, etc. –, bousculant au passage beaucoup de fausses certitudes. Le pétrole, notre source primordiale et tarissable de puissance, est présent à l'origine des plus grands déchaînements du siècle passé, comme du sucre versé sur une fourmilière.

      Jusqu'à une date récente, l'emprise du pétrole s'oubliait ; elle allait tellement de soi. Croissance, climat, guerre, terrorisme : cette emprise ressurgit aujourd'hui à travers de gigantesques menaces. Or notre avenir dépend de celui que nous donnerons au pétrole, ou bien de celui qu'il nous imposera. La fin du pétrole, en tant que carburant de l'essor de l'humanité, devrait se produire bien avant que ce siècle ne s'achève. De gré ou de force. Et nul ne peut dire où cette fin va nous conduire...

        Matthieu Auzanneau est l'auteur du blog " Oil Man, chroniques du début de la fin du pétrole ", publié par Le Monde depuis 2010. Journaliste spécialiste des questions à la croisée de l'économie et de l'écologie ( Le Monde, Terra Eco, Arte, " Envoyé Spécial ", etc.), il est en charge de la prospective au sein du Shift Project, groupe de réflexion sur la transition énergétique.
     
       Extrait du blog de M. Auzanneau:

     (... L'histoire de la puissance (économique, politique, militaire) est en premier ressort une histoire d'énergie : l'énergie nécessaire à l'effectuation (physique) de toute puissance.

    On s'est beaucoup battu autour, par et pour le pétrole au XXe siècle, lorsque cette source d'énergie abondante et pas chère surpassait encore de beaucoup les besoins d'une humanité technique en train d'éclore, grâce à cette source. Que se passera-t-il lorsque, tôt ou tard, de gré ou de force, cette source d'abondance nous fera défaut, inexorablement et de plus en plus ?

    Il m'a semblé utile d'écrire une histoire du pétrole. Après trois ans de travail, au cours desquels ce blog m'a parfois servi de laboratoire à bouts d'idées, cette histoire est arrivée en librairie la semaine dernière. Ça s'appelle Or Noir, la grande histoire du pétrole (éd. La Découverte, 620 p. hors annexes, 26 euros).

    Pourquoi une histoire du pétrole ?

    Parce qu'à l'entrée du musée chinois du pétrole est inscrite la phrase suivante :

    « Le pétrole a une relation compacte avec la force politique, économique et militaire d'un pays. »

    Parce qu'en 1917, afin d'appeler au secours Washington, capitale du pays de l'or noir, Georges Clémenceau écrivit :

    « Si les Alliés ne veulent pas perdre la guerre, il faut que la France combattante, à l’heure du suprême choc germanique, possède l’essence aussi nécessaire que le sang dans les batailles de demain. »

    Parce qu'à l'issue de la première guerre mondiale, Lord Curzon, grand homme d'Etat britannique, notait :

    « On pourrait presque dire que la cause des Alliés a flotté jusqu'à la victoire sur une vague de pétrole. »

    Parce que Calvin Coolidge, le président américain de ce qu'aux Etats-Unis on appelle les années vingt "rugissantes" (rugissantes comme le lion de la MGM ou comme les moteurs des automobiles) suggérait dès cette époque:

    « Il est probable que la suprématie des nations puisse être déterminée par la possession du pétrole. »

    Parce qu'en 1941, après avoir perdu la bataille d'Angleterre, durant laquelle les usines allemandes de carburant synthétique se révélèrent physiquement incapables de rivaliser avec la qualité du carburant offert par les sources de brut sans égales des Etats-Unis, Adolf Hitler fixait l'objectif de l'invasion de l'URSS en ces termes :

    « Nous devons prendre possession des champs pétroliers du Caucase, puisque sans eux le combat aérien (…) contre l'Angleterre et l'Amérique est impossible. »

    Parce que lorsque l'or noir fut découvert dans les sables de l'Algérie française, De Gaulle s'écria que ce pétrole pourrait "changer notre destin", à nous, Français. Parce que Pompidou, qui n'avait alors pas la moindre fonction politique exécutive mais se trouvait être directeur général de la banque Rothschild, fut dépêché par De Gaulle afin de mener face au FLN les négociations secrètes préliminaires aux accords d'Evian ; négociations au cours desquelles le pétrole du Sahara, contrôlé en bonne part par la banque Rothschild, constitua la pierre d'achoppement ultime. Parce qu'avec le quitus du général De Gaulle, les services secrets français ont fait durer la guerre du Biafra dans une monstrueuse tentative de ravir des concessions de brut aux pétroliers britanniques. Parce que la Françafrique.

    Parce que je me suis demandé en 2000, en 2001, en 2003 et en 2004 si les administrations Bush constituaient une singularité dans l'histoire américaine. Parce que la pseudo-nation irakienne, créée par l'Occident afin de mettre la main sur l'or noir de Mésopotamie, et qui détient aujourd'hui la dernière source sous-exploitée de "pétrole facile", s'enfonce dans un cauchemar archaïque post-moderne depuis plus d'une génération.

    Parce que le climat.

    Parce que Mad Max, c'est jamais, ou sinon, c'est pour quand ? ...)

      Le Yemen a franchi un pic de production au début des années 2000. Ses extractions de brut ont depuis été divisées par trois, systématiquement ruinées (en même temps que les entrées de pétrodollars) par l'intransigeance des limites physiques. Concomitamment, les structures étatiques du Yemen s'effondrent, à mesure que le pays semble devoir s'enfoncer dans la guerre civile.

      L'Algérie a elle aussi probablement franchi son propre pic pétrolier et gazier. Comme ailleurs (au Mexique, en Iran et au Venezuela, notamment), la faiblesse actuelle des cours du brut contribue à saper un "Etat providence" dont l'or noir permet d'acheter très cher la paix sociale à une jeunesse immense, autrement poussée à bout par l’oisiveté.

    Et après ?


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