• Permaculture......

    Bonjour à toutes et à tous,

    voici un article qui me tenait à cœur depuis longtemps...

    Peut-on vivre de la Permaculture?

    Le pavé dans la mare est lancé. Vaste débat, beaucoup de points de vue se valent, tout est relatif a qui l'exprime. J'ai tenté d'être neutre (même si ça m'est difficile, tant la problématique est sensible) et factuel.

    C'est un article qui, je l'espère, ouvrira le champs de la réflexion. Vous amènera-t-il des réponses? Peut-être encore plus de questionnements, mais il a l'intérêt de poser un certain nombre de choses...

    Bonne lecture,

    Mathieu  (Sur)vivre de la permaculture

    La permaculture devient une alternative renommée en terme agricole car elle va bien au delà du bio et possède une éthique forte. Dans cette époque d'urgence écologique, économique et de recherche d'absolu, cultiver est un acte militant et cultiver avec la Nature revêt une dimension transcendante. Mais on trouve de tout dans le monde de la permaculture et il est parfois difficile de comprendre ce qui relie des usines à gaz comme la ferme du Bec Helouin (le phare médiatique francophone) et la grande majorité des autres projets, en général beaucoup plus modestes. Il est un fait avéré que la nouvelle génération d'agriculteurs ne ressemble en rien à celle d'avant : en général non issu du milieu agricole, ils sont en majorité d'origine urbaine, relativement diplômés, ils éprouvent de grandes difficultés à trouver des terrains et sont globalement assez fauchés.

    A ce contexte déjà épineux se rajoute une difficulté supplémentaire : ils veulent faire de la permaculture! Mais comment incarner ce changement de paradigme en source de revenu? Les puristes doivent-ils mettre de l'eau dans leur vin pour arriver a dégager un salaire?

    C'est une question qui revient très souvent et qui est complexe. Je vous propose donc ici des pistes de réflexion, n'ayant toujours pas fait personnellement le tour du problème... Les commentaires sont ouverts!

    Permaculture VS agriculture : peut-on mettre sur le même niveau ces 2 systèmes aussi différents?

    Du court-termisme à la permanence

    L'agriculture conventionnelle se base sur des cultures d'annuelles et la production commence de manière optimale dès l'année N.  Surtout l'année N d'ailleurs vu que les conditions de cultures  détruisent peu à peu le capital des sols. Un système en permaculture va mettre des années à s'installer. Il est de fait basé principalement sur des plantes vivaces et ligneuses qui pour certaines mettent des lustres à fructifier, ensuite c'est un système que l'on va tendre vers l'équilibre avec des erreurs, des compensations, rééquilibrages en cours de route etc. L'optimum d'un système issu d'un design en permaculture mettra des années à s'installer, s'il y arrive. Le premier écueil s'installe donc ici : quand on veux s'installer paysan, cet argument à peu de chance d'orienter favorablement l'opinion du crédit Agricole ou de la Chambre d'Agriculture. Et je n'ai pas parlé de l'année d'observation nécessaire avant de lancer son système... Ensuite... il faut vivre! et tout de suite. Même les permaculteurs paient leurs factures, on me chuchote à l'oreille que certains ont même des voitures et des loisirs. On voit donc que la radicalité doit s'assouplir pour pouvoir dégager un revenu rapidement et on doit donc penser en terme de compromis, en tout cas dans un premier temps.

    Un marché totalement biaisé

    L'agriculture est massivement subventionnée, les agriculteurs sont devenus les premiers fonctionnaires de l'Europe. La légitimité des aides dépend de la participation complète ou partielle au système que ce soit par le processus du BPREA (Brevet Professionnel Responsable d'Exploitation Agricole), des DJA (Dotation Jeune Agriculteur), de la participation ou non au syndicat majoritaire, plus ou moins conditionné par la DJA d'ailleurs...

    L'acquisition de terrains agricoles pour des projets "petits" et alternatifs est rendue (très) difficile par le véto des Safer (Société d'Aménagement Foncier et d'Etablissement Rural), qui sont, je le rappelle au passage, des organismes privés.

    Les prix des matières premières agricoles sont fixés à la bourse de Chicago et largement spéculés par des traders et des algorithmes philanthropes. De plus les centrales d'achats, coopératives et autres grandes surfaces de distributions prennent des marges gargantuesques, obligeant les producteurs a toujours plus de production pour arriver à dégager quelques miettes de cette farce.

    C'est un système créé par et pour l'agriculture industrielle. Et vous voulez mettre les produits de votre jardin d'Eden dans ce marché concurrentiel?

    Le problème des intrants

    L'agriculture conventionnelle cache son absence de compétitivité et externalise ses coûts véritables grâce à une batterie d'intrants divers et variés, situés tout au long de la chaîne de production : eau, pétrole, alimentation industrielle, produits chimiques (insecticides, fongicides, désherbants, conservateurs, antibiotiques). Mais également le matériel agricole, les crédits à la banque. Ces artifices permettent de produire toutefois des plantes (malades) et des animaux (malades) sur des sols malades voire morts. Doit-on prendre encore en compte l'énergie grise dégagée dans la production de ces intrants et des dégâts irréversibles sur la biosphère pour se rendre compte du gouffre économique que représente la soi-disante "compétitivité" de cette agriculture?

    Le problème c'est que ces coûts ne sont pas réellement quantifiés et ne participent que très peu à l'élaboration des prix agricoles (voir plus haut). Alors que des systèmes basés sur des principes agroécologiques et de conception permaculturelle sont plus productifs, économes, régénératifs et j'en passe, le système est fait pour que l'agriculture conventionnelle soit plus rentable. Pour l'instant?

    Des produits de qualité mais pas adaptés au marché

    La productivité d'une forêt-jardin par exemple est extraordinaire mais reste de l'épicerie fine : plantes aromatiques, légumes vivaces inconnus ou fruits bizarres, vivaces dont la production est indirecte (pollinisation, pompe à minéraux, fixateur d'azote), plantes à rhizomes biscornus, fruits plus petits, voire un peu abîmés, vignes et lianes qui poussent dans les arbres, etc...

    Les dates de récoltes sont de fait très étalées, la récolte est rendue plus délicate et plus coûteuse en main d’œuvre et en technicité. Comment mettre en concurrence économique de telles productions avec des producteurs de fruits ou de légumes qui vendent des produits standardisés se déversant par centaines de tonnes sur les marchés?

    Le jardin d'Eden, c'est long

    Mais n'oublions pas que les effets écosystémiques d'un bon design en permaculture ne se feront sentir qu'au bout de plusieurs années. Ou pas, d'ailleurs. La Terre-Mère-Nourricière a ses raisons que la raison ne connaît pas et comme il faut plusieurs années pour faire refonctionner un sol en bio après du tout-chimique, il y a certainement un certain délai avant que les besoins des uns soient remplis par le produits des autres, comme il se doit. Cette temporalité n'est plus du tout  celle de l'Homme occidental capitaliste qui doit payer ses factures!

    Une agriculture alternative a besoin d'un marché alternatif

    "Etre adapté à une société malade n'est pas un signe de bonne santé mentale". Cette phrase célèbre de Krishnamurti s'adapte à merveille pour la production agricole. Si l'on veut rentrer dans le "système" il faut en accepter les lois et les conséquences, qui sont l'antimatière de l'éthique de la permaculture : Prendre soin de la Terre, Prendre soin des Humains, Redistribuer les surplus. On ne peux en être plus loin.

    Vouloir concilier les 2 peut sembler paradoxal ou alors rendre le mot "permaculture" quelque peu racoleur... On ne vend pas que des produits en permaculture, on vend aussi une philosophie, une éthique et un paradigme difficilement soluble dans le gloubiboulga néolibéral.

    Heureusement il existe un marché local, bio, participatif et engagé pour acquérir une terre, financer un projet, écouler ses produits transformés ou non : financements participatifs, espaces-tests agricoles, AMAP, marchés paysans, groupements de producteurs et j'en oublie. (quelques liens en fin d'article). Ça reste "alternatif" mais n'est que le début de l’émergence d'une véritable économie circulaire faite par et pour les citoyens. Et ça, c'est perma.

    De la différence entre un outil et une finalité, l'importance du design

    La permaculture n'est pas une technique agricole. Je sais c'est dur. Dire qu'on est permaculteur ne veux pas dire qu'on fait des buttes avec de la paille ou qu'on mélange des légumes et des fleurs. Cela veut dire qu'on est concepteur de systèmes autonomes, productifs et vertueux (que ces derniers soient agricoles, humains, économiques). Elle est une méthode, peut-on vivre d'une méthode?

    Elle reste un outil de transition formidable pour créer une autre société pour demain. Le problème c'est aujourd'hui.

    Et aujourd'hui nous sommes dans une société financiarisée à outrance où l'argent est l'alpha et l'oméga. Alors on peut être économe, recycler, faire du covoiturage, faire son jardin, avoir des poules, ne nous noyons pas dans un verre d'eau : si on veut monter un projet agricole viable, il faut des liquidités, et des rentrées régulières et rapides (on ne vit pas que de salades et de framboises).

    Mais ce n'est pas un écueil, si ces paramètres sont pris en compte dans la ventilation des travaux et les prévisionnels du design, rien n'empêche de faire des légumes annuels dans un premier temps en attendant que les petits fruits poussent et produisent, en attendant que les fruitiers poussent et produisent, etc... C'est un système dynamique, modifiable et perfectible qui peut donner un grand nombre de produits différents. L'avantage de la polyculture sur la monoculture...

    Comme dit plus haut, appliquer la permaculture stricto sensu dès le départ risque de faire un capotage magistral. Elle doit être un guide, une ligne rouge, une boîte à outil. On doit faire la conception de son projet, c'est un  outil indispensable. On doit garder à l'esprit les principes de la permaculture comme cadre global et on obtiendra un système pertinent, autonome et fertile, adapté à son contexte.

    Je le répète à l'envie, la permaculture c'est 90% de conception. Les techniques, à la limites, sont secondaires car elles découlent d'elles-même suivant le contexte. La grande différence entre un design agricole et un design de particuliers voulant augmenter leur auto-suffisance par exemple est l'aspect économique. Et là, il ne s'agit pas de se planter...

    La planification agricole a un grand avenir et c'est cette adaptation du design, parfois sur de grandes surfaces, avec vocation pécuniaire, qui permettra de changer la donne. Des stratégies comme la gestion holistique des pâturages, le keyline design, l'agroforesterie peuvent donner ses lettres de noblesse à la permaculture comme outil de gestion et de production pouvant rivaliser, que dis-je, exploser l'agriculture conventionnelle sous tous les angles.

    Des formations commencent à germer petit à petit sur ce thème :

    • la rock-star de la permaculture australienne, Darren Doherty a conçu une méthodologie sur ce thème : regrarian

    • Franck Chevallier, en particulier travaille cette thématique sur le sol français, bravo!

    • l'exemple d'une ferme modèle aux Etats-Unis : polyface farm. Nonobstant un (grand) fossé culturel entre notre façon de voir la permaculture et notre rapport à l'argent...

    Cliquez-ici pour voir

    Polyfaces trailer (French subtitles) from RegrariansMedia on Vimeo

    Il faut accepter de penser en terme de compromis et d'évolution vertueuse dans le temps. Un des principes de la permaculture est d'"utiliser des solutions petites et lentes" pour éviter de se casser la figure en beauté. Il sera toujours temps à l'avenir d'adapter son système, d'affiner ses stratégies et de s'approcher d'un équilibre naturel et économique.

    Pour que la sobriété heureuse le reste.

    Quelques liens (vos suggestions sont les bienvenues)

    Financements participatifs :

    • Miimosa

    • Blue bees

    • Fermes d'Avenir

    • ulule

    • Crédit coopératif (banque) 

    Aides à l'installation :

    • le réseau des CIVAM

    • le réseau des ADEAR

    Acquérir du foncier agricole :

    • Fondation Terre de Liens

    Se faire la main : les espaces-tests agricoles :

    • Explications

    • le réseau des espaces-tests agricoles : RENETA

    Vendre sa production :

    • le réseau des AMAPs

    • la ruche qui dit oui

    Pour plus d'informations et vous inscrire, rendez-vous sur le site!


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