• Pollution de l'air en Europe : 520 000 morts par an

    11 octobre 2017, 17 h 15

    trafic-routier-A6© Christophe Magdelaine / www.notre-planete.info - Licence : Tous droits réservés

    La pollution de l'air reste la première cause de mortalité environnementale dans le monde. Selon l'Organisation Mondiale de la Santé, plus de 7 millions de personnes meurent à cause d'une mauvaise qualité de l'air. L'Europe n'échappe pas à ce triste bilan : selon un rapport récent de l'Agence Européenne pour l'Environnement, plus de 520 000 personnes meurent chaque année à cause de la pollution atmosphérique.

    A chaque fois, les statistiques officielles sont édifiantes et insoutenables : aujourd'hui encore, dans le monde et même en Europe, le simple fait de respirer entraîne la mort prématurée[1] de plus de 520 000 personnes tous les ans, soit un peu moins de 0,1% de la population européenne (41 pays) estimée à 534 millions en 2015.

    La pollution atmosphérique (https://www.notre-planete.info/environnement/pollution_air/pollution-atmospherique.php) reste un sujet environnemental primordial et pourtant insuffisamment pris en compte dans les politiques publiques.

    C'est ce qu'indique le rapport de l'Agence Européenne pour l'Environnement (AEE) intitulé « Air quality in Europe - 2017 report »(https://www.eea.europa.eu/publications/air-quality-in-europe-2017) (Qualité de l'air en Europe — rapport 2017), publié le 11 octobre 2017. Celui-ci "présente une analyse actualisée de la qualité de l'air et de ses répercussions, sur la base de données provenant de plus de 2 500 stations de surveillance à travers l'Europe en 2015."

    Les principaux polluants atmosphériques mis en cause

    Sur le même sujet :   https://www.notre-planete.info/actualites/80-mortalite-pollution-air-Europe
    • La pollution de l'air tue 524 000 européens chaque année
    • L'Europe ne parvient pas à freiner les émissions générées par le secteur des transports
    • L'Europe refuse certaines dérogations sur la qualité de l'air
    • Plus de la moitié des terres que l'Europe consomme se situent à l'étranger

    Trois familles de polluants, encore problématiques, sont à l'origine de cette mortalité :

    Les particules fines (PM)

    En 2015, 7 % de la population urbaine de l'EU-28 était exposée à des taux de particules (https://www.notre-planete.info/environnement/pollution_air/particules-fines.php) PM2,5 supérieurs à la valeur limite annuelle européenne. Environ 82 % des citadins étaient exposés à des concentrations supérieures aux lignes directrices de l'OMS, qui sont plus strictes.

    On estimait à 428 000 le nombre de décès prématurés causés par l'exposition aux particules PM2,5 dans 41 pays européens en 2014.

    Le dioxyde d'azote (NO2)

    En 2015, 9 % de la population urbaine de l'EU-28 était exposée à des taux de NO2 supérieurs à la valeur limite annuelle européenne et aux lignes directrices de l'OMS.

    L'exposition au NO2 a provoqué quelque 78 000 décès prématurés dans 41 pays européens en 2014.

    L'ozone troposphérique

    A ne pas confondre avec l'ozone stratosphérique (https://www.notre-planete.info/environnement/trou-couche-ozone.php) qui nous protège de certains rayonnements UV nocifs du soleil, l'ozone troposphérique se manifeste par l'apparition d'un smog, une forme de brouillard de faible altitude.

    En 2015, 30 % de la population urbaine de l'EU-28 était exposée à des taux de O3 supérieurs à la valeur cible européenne. Environ 95 % des citadins étaient exposés à des concentrations supérieures aux lignes directrices de l'OMS, qui sont plus strictes.

    On estimait à 14 400 le nombre de décès prématurés causés par l'exposition à l'O3 dans 41 pays européens en 2014.

    En France, la pollution de l'air entraîne la mort d'environ 50 000 personnes par an selon le rapport de l'AEE, une estimation cohérente avec celle issue des travaux de Santé publique France (https://www.notre-planete.info/actualites/4494-morts-pollution-air-France) publiés en juin 2016. Autrement dit, la pollution atmosphérique en France correspond à une perte d'espérance de vie pouvant dépasser 2 ans dans les villes les plus exposées. A titre de comparaison, cela équivaut à fumer 10 cigarettes par jour...

    Le poids de plus en plus important de l'agriculture dans la pollution de l'air

    Le rapport de l'AEE accorde une attention particulière à l'agriculture, un grand émetteur de polluants atmosphériques et de gaz à effet de serre. En effet, l'agriculture occupe environ 40 % de la superficie du sol européen (Eurostat, 2016) et la production agricole s'est intensifiée malgré la diminution de nombre d'exploitations agricoles.

    Or, une majeure partie de l'agriculture européenne utilise massivement des engrais, pesticides et des élevages intensifs. Résultat : ce secteur est maintenant le troisième émetteur de particules fines en Europe (15 % des rejets) et, de loin, le plus important contributeur à la pollution à l'ammoniac (NH3), qui joue un rôle clé dans la formation des particules polluantes. Au point que de nombreuses études ont confirmé que le NH3 contribue aux pics de pollution dans certaines régions d'Europe, comme en témoigne l'épisode de pollution de mars 2014 en Ile-de-France (https://www.notre-planete.info/actualites/3976-origine-particules-pollution-IDF).

    En outre, l'agriculture émet bien d'autres polluants comme les oxydes d'azote, les composés organiques volatils et de puissants gaz à effet de serre comme le méthane à cause de l'élevage (https://www.notre-planete.info/actualites/4573-augmentation-emissions-methane).

    Malgré tout, les marges d'amélioration existent, elles sont en partie techniques mais aussi liées à la transition des habitudes alimentaires vers plus de produits biologiques et une diminution de notre consommation de viande (https://www.notre-planete.info/actualites/actu_2202_surconsommation_viande.php).

    Vers une (trop) lente amélioration de la qualité de l'air

    Le dernier rapport de l'AEE sur ce sujet (https://www.notre-planete.info/actualites/4439-pollution-atmospherique-mortalite-Europe) estimait à 524 000 le nombre de personnes décédées à cause d'un air pollué entre 2012 et 2013, contre 520 400 en 2015. Compte tenu de l'accroissement démographique, on peut parler d'une amélioration sensible, mais "les fortes concentrations de pollution atmosphérique continuent d'avoir d'importantes répercussions sur la santé des Européens, avec les matières particulaires (PM), le dioxyde d'azote (NO2) et l'ozone troposphérique (O3) les polluants les plus nocifs," souligne le rapport de l'AEE.

    Rappelons qu'une mauvaise qualité de l'air ne se traduit pas seulement par une mortalité prématurée, mais avant, par un coût économique (coût médical, autisme,(https://www.notre-planete.info/actualites/4166-pollution-air-autisme-cancer-phtalates) moins de journées de travail, mise en place de réseaux de surveillance de la qualité de l'air...) et écologique (effet néfaste sur les sols, les récoltes, les forêts, les lacs et les rivières via les pluies acides)(https://www.notre-planete.info/environnement/pollution_air/pluies_acides.php).

    "En tant que société, nous ne devrions pas accepter le coût de la pollution atmosphérique. En prenant des décisions audacieuses et en investissant intelligemment dans des modes de transports, une énergie et une agriculture plus propres, nous pouvons nous attaquer au problème de la pollution tout en améliorant notre qualité de vie.  Il est encourageant de constater que de nombreux gouvernements européens, et en particulier les villes, montrent l'exemple et protègent la santé des personnes en améliorant la qualité de l'air. Tout le monde doit pouvoir profiter d'un air pur, y compris les habitants des villes" a déclaré  Hans Bruyninckx, directeur exécutif de l'AEE.

    Notes

    Les morts prématurés sont des morts qui surviennent à un âge inférieur à l'espérance de vie attendue, suivant le sexe et le pays. On considère que cette mortalité prématurée peut être évitée si les causes sont éliminées.


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