• Qui est Olivier HUMBRECHT?

    Président de Biodyvin et vigneron (domaine Zind-Humbrecht)

    « la biodynamie se joue du climat »

    olivier_humbrechtPour la 6ème édition de ses Primeurs, Biodyvin présente le dernier millésime, le 2011 – ce qui est classique pour des ventes de primeurs, mais aussi « le vintage » 2008. Parlez-nous de ces 2 millésimes.
    Olivier Humbrecht : le 2011 est un millésime un peu précoce, avec un débourrement(1) le 25 mars. Du jamais vu depuis des années, sauf en 2003. En Alsace, la floraison(2) a eu lieu avec un mois d’avance par rapport à une année classique.
    Toutes proportions gardées, et avec des décalages pouvant être importants en fonction des régions, le phénomène a été valable dans toute la France en raison de la chaleur et de la sécheresse qui ont prévalu l’année dernière.
    A côté de nos primeurs, nous avons choisi de présenter un millésime plus ancien, le 2008, car pour certaines régions comme la Loire ou la Bourgogne, le 2011 est encore difficile à juger, les fermentations ne sont pas toutes terminées, les gaz sont encore présents, sans compter un petit côté oxydatif. Nous avons voulu donner aux dégustateurs une idée de ce que seront ces vins dans trois ans, quand tout se sera stabilisé et mis en place avec le temps. 
     Vous évoquez l’effet millésime, mais ne dit-on pas que la biodynamie gomme l’effet millésime ?
      Olivier Humbrecht : je fais mienne la réponse qu’a donnée, il y a quarante ans mon père à un journaliste canadien « biodynamy beats the climate », la biodynamie se joue des conditions climatiques.
    En biodynamie on travaille les sols, soit pour leur permettre de conserver leur fraîcheur fen cas de sécheresse, soit au contraire pour les assécher ou les drainer en cas de trop grande pluviosité.
    On travaille aussi sur le palissage(3) et la surface foliaire. On travaille avec les préparations(4) et les tisanes(5) pour aider la plante accomplir sa floraison, sa nouaison(6), sa véraison(7) dans les meilleures conditions possibles. Est-ce que ce sont les préparations, est-ce que ce sont les tisanes ou les deux en même temps, toujours est-il que les vignes vèrent plus tôt, ce qui nous permet de faire des vendanges plus tôt, avec en général 15 jours d’avance, mais toujours avec la même maturité physiologique et de conserver ainsi fraîcheur et meilleure acidité.
       Comment se porte la biodynamie aujourd’hui ?
       Olivier Humbrecht : elle se porte très bien, oh oui ! L’engouement est très net.
       On le voit au niveau des vignerons qui sont passés du stade de l’incrédulité, du refus total à celui de l’expérimentation. Ils sont de plus en plus nombreux à se convertir, avec parfois même un peu trop d’enthousiasme… car le processus est long. Sans compter les domaines qui utilisent les tisanes, les préparationss au quotidien sans obligatoirement l’afficher. On constate cet engouement dans toutes les régions, y compris dans le Bordelais ou en Champagne, qui étaient les plus réfractaires. Et ce phénomène n’est pas propre à la France, à l’étranger aussi la biodynamie explose, en Italie, en Autriche.
       Du côté des acheteurs professionnels, des cavistes, des importateurs, l’engouement est le même. Certains se spécialisent même dans le bio et la biodynamie. Leur raisonnement est simple : à partir du moment où ils recherchent des vins de qualité, les vins biodynamiques s’imposent. ils ne sont peut-être pas meilleurs, mais ils ne sont pas moins bons en tous cas. Pour un prix d’achat équivalent, ils achètent des vins de qualité, avec tous leurs avantages, santé, environnement.
    Du côté des consommateurs enfin : l’engouement est là très fort, ils y sont très sensibles, ils font bouger les lignes et les media sont obligés de s’y intéresser.
      Biodyvin est l’un des deux grands organismes de certification des vins en biodynamie avec un nombre croissant d’adhérents. Comment se positionne-t-il ?
       Olivier Humbrecht : on attire peut-être les vignerons parce que nous sommes uniquement axés sur le vin. Mais ce n’est pas suffisant. Et surtout, on a une vision plus pragmatique.
    Nous nous refusons à éditer une liste, positive ou négative, qui élimine tous les produits œnologiques, ou qui au contraire autorise tout, comme le règlement européen – que nous appliquons obligatoirement – car pour être en biodynamie il faut d’abord être certifié en biologique -. Le label Biodyvin n’a pas la vocation à être un garde-chiourme.
       Nous ne voulons pas devenir des intégristes de la vinification. Le bureau de Biodyvin agit comme un comité d’éthique. Le vigneron biodynamiste doit raisonner sa vinification et faire entrer le moins de produits, s’il peut s’en passer, sinon il doit montrer qu’il ne peut pas faire autrement. C’est au vigneron de faire ses choix, on doit lui faire confiance.
       95% des vignerons n’utilisent aucun produit sauf un peu de SO2. Les cas de manquement à l’idéal de vinification sont rares, et justifiés par rapport à la problématique du terroir, du millésime. Le but c’est quand même de faire un bon vin.
    Qu’est-ce qu’un grand vin pour vous, quels sont vos meilleurs souvenirs de dégustation ?
       Olivier Humbrecht : ce n’étaient pas des vins en biodynamie, mais je suppose qu’à cette époque là, ils n’étaient pas cultivés avec des pesticides… L’un c’est Château Trotanoy 1945, un pomerol que m’a offert pour mon anniversaire un client américain, un vin splendide, élégant, extraordinaire. L’autre c’est
    un vin jaune 1959 du domaine Pierre Overnoy, un vin avec encore une grande fraîcheur, un vin sublime.
    (1) débourrement : c’est l’éclosion des bourgeons et l’apparition des premières feuilles. Il marque le début du cycle végétatif de la vigne, et a lieu généralement fin mars-début avril, selon les régions.
    (2) floraison : elle se produit en général en juin, sept à neuf semaines après le débourrement.
    (3) palissage : cette opération consiste à soutenir les rameaux de la vigne par des fils de fer tendus entre des piquets pour permettre d’arranger la végétation afin de bénéficier de la meilleure exposition au soleil.
    (4) préparations : elles sont pulvérisées sur les sols afin de réguler leur activité biologique : il s’agit du compost de bouse MT, de la bouse de corne (500) et de la silice de corne (501)
    (5) tisane : leur but est d’apporter des éléments nutritifs. Elles sont au nombre de six : achillée millefeuille, camomille, ortie, écorce de chêne, pissenlit, valériane.
    (6) nouaison : étape qui suit juste la floraison. Après la fécondation, soit le fruit avorte et tombe (ce qu’on appelle la coulure) soit il est noué –le raisin est alors attaché au pédicelle et peut commencer sa croissance.
    (7) véraison : le raisin perd sa chlorophylle et se colore. C’est le début de la maturation. Elle a lieu en général début août.

    Parcours

    1er mars 1963 : naissance à Colmar
    1987 : Ecole Supérieure d’Agriculture de Purpan (Ingénieur en Agriculture)
    Université d’œnologie de Toulouse (Diplôme National d’œnologie).
    1989 : Londres, Master of Wines. Co-propriétaire du Domaine Zind-Humbrecht (Turckheim)
    2003 : président de Biodyvin
    2011 : président de la section Grand Cru Alsace
    Biodyvin  Biodyvin
      
       Le syndicat international des vignerons en culture biodynamique (Biodyvin) a été créé en 1995. Un cahier des charges de la culture de la vigne est établi en 1998. Le contrôle de ce cahier des charges est effectué par l’organisme Ecocert Sas France. C’est alors que le SIVCBD délivre le label Biodyvin.
    Présidée depuis 2003 par Olivier Humbrecht, l’association compte 73 domaines certifiés, pour une superficie de 1683,47 ha.

    www.biodyvin.com 


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