• Reprendre le contrôle de la dette (Adair TURNER)

    2017    368 p.   25 €
     
      Nos dirigeants ont-ils tiré les leçons de la crise financière mondiale de 2008 ? Une telle catastrophe peut-elle se reproduire ? De toute part, on se veut rassurant : les banques seraient mieux encadrées, plus solides... Et pourtant, moins de dix ans après le krach, la dette mondiale a été multipliée par quatre ! Pourquoi évoque-t-on la dette des Etats, mais jamais le surendettement, tout aussi préoccupant, du secteur privé ?
       Dans cet ouvrage détonnant, Lord Adair Turner livre un verdict implacable. Homme du sérail, économiste et financier, il devient président de l'Autorité des services financiers britannique quatre jours après la faillite de Lehman Brothers. "Je croyais comprendre les risques du système financier mais, sur certains points essentiels, je me trompais."
       Pour Turner, la croissance démesurée de la dette peut être considérée comme une forme de pollution économique illustrée par la spéculation immobilière et générée par un libéralisme économico-financier dont il pourfend l'irresponsabilité.
       Dès lors, des mesures beaucoup plus fermes doivent être prises pour que les Etats reprennent le contrôle de la dette : séparer les activités de marché des banques et les activités de dépôt, exiger que leurs actionnaires les recapitalisent à hauteur suffisante, contrôler les mouvements de capitaux. C'est à ce prix que le monde sortira du marasme économique dans lequel il est plongé.
       "En 2008, j'étais loin de me douter que je formulerais un jour de telles propositions", indique Lord Adair Turner. Son livre et sa postface à l'édition française sonnent comme un avertissement : si nous ne tirons pas les leçons des erreurs passées, les électeurs se tourneront vers les politiques "anti-élites" et "la victoire populiste de Donald Trump sera suivie de beaucoup d'autres".

       Lord Adair Turner, ancien dirigeant européen d'une banque américaine, a présidé l'Autorité des services financiers britannique de 2008 à 2013. Ancien directeur général de la Confédération de l'industrie britannique, et ancien président du Comité britannique sur le changement climatique, il est actuellement président de l'Institut pour une nouvelle pensée économique (Inet) et président de la Commission pour les transitions énergétiques. 

      Gaël Giraud est chef économiste de l'Agence Française de Développement (AFD) depuis janvier 2015. Directeur de recherche au CNRS, directeur de la chaire Energie et prospérité, il est l'auteur de plusieurs essais parmi lesquels

       -Illusion financière (Editions de l'Atelier, nouvelle édition, 2015).

      L’économiste britannique Adair Turner a présenté « Reprendre le contrôle de la dette »*, le 13 avril dernier, à l’ILB. Cette version française, préfacée par Gaël Giraud, économiste en chef de l’Agence Française de Développement, est la traduction de son célèbre ouvrage intitulé « Between debt and the devil », publié en 2015 aux États-Unis et au Royaume-Uni. 

    Dans ce livre, l’ancien président de l’Autorité des services financiers britanniques de 2008 à 2013, dresse un constat alarmant sur les dérives de la finance internationale, tout en livrant des recommandations concrètes pour éviter la répétition d’une nouvelle crise financière.

    Les néoclassiques se sont trompés

    En guise d’introduction de sa présentation, Adair Turner a indiqué certains chiffres éloquents : « Entre 1950 et 2007, le secteur financier est passé de 3% à 8% du PIB aux États-Unis. Sur la même période, la dette privée a bondi à 170% du PIB, contre 50%. C’est un objectif des néoclassiques qui estiment que la croissance du secteur financier permettrait une meilleure progression du PIB. »

    Pourtant, la crise financière de 2008 est venue contredire la théorie néoclassique pour plusieurs raisons : « Premièrement, l’être humain et les marchés ne sont pas parfaitement rationnels. Deuxièmement, il règne deux fausse idées : les banques prêteraient les dépôts et elles financeraient les entreprises. En réalité, elles créent de la monnaie et du pouvoir d’achat pour financer majoritairement l’immobilier et refinancer des actifs existants plutôt que de nouveaux projets. Quand la bulle éclate, la crise laisse derrière elle du surendettement. Troisièmement, l’absence d’inflation ne permet pas de réduire le volume de la dette.»

    Des réformes drastiques sont nécessaires

    Pour inverser cette situation dangereuse pour l’économie, Adair Turner n’y va pas par quatre chemins et prône des réformes draconiennes : « Le ratio de fonds propres des banques (ratio de levier) doit augmenter et atteindre les 20% (NDLR : contre 8% aujourd’hui pour le ratio de solvabilité). Le contrôle des prêts immobiliers est à resserrer. La création d’économies moins dépendantes de l’endettement privé est nécessaire. Et les banques centrales doivent imprimer de la monnaie pour faire du financement monétaire direct. »

    Quid de la Banque Centrale Européenne (BCE)?

    Le financement direct est-il possible dans le cadre de la politique accommodante de la BCE consistant à racheter des obligations ? Adair Turner pointe les inconvénients de la zone euro : « Les dirigeants européens refusent que l’assouplissement quantitatif mené par la BCE soit du financement direct, afin de rester en conformité avec le mandat de la BCE. Le principal problème de la zone euro réside dans ses institutions, qui ne souhaitent pas de financements monétaires des déficits publics. Il y a qu’une seule banque centrale pour différents niveaux de déficits publics. En outre, la question de la répartition de ces éventuels financements se poserait entre les différents pays. »

    Ce constat, qui fait froid dans le dos, est totalement exclu du débat électoral actuel en France. De quoi présager d’une nouvelle crise ?

      http://www.louisbachelier.org/adair-turner-banques-doivent-renforcer-leurs-fonds-propres/

     "Le livre de l'ex-patron des patrons et ancien directeur de la régulation financière britannique, Adair Turner, vient de sortir en français. Les lecteurs d'Alternatives Economiques connaissent déjà l'originalité de son analyse iconoclaste (voir n° 352, décembre 2015), qui s'attaque à la libéralisation de la finance des dernières décennies, source à ses yeux d'instabilité financière.

    Pour Turner, le monde de la finance laissé à lui-même crée de la dette en quantité excessive par rapport aux besoins de l'économie réelle. Ce qui passe par deux chemins différents. D'un côté, des prêts entre financiers pour spéculer sur le prix d'actifs existants, ce qui n'a aucune utilité sociale. Et la libéralisation financière internationale participe de ces mouvements de capitaux inutiles qui ne sont pas liés à des activités productives. De l'autre côté, les prêts à l'économie se dirigent trop souvent en trop grande quantité vers le financement de l'immobilier.

    La seule manière d'éviter l'instabilité financière consiste à encadrer beaucoup plus sévèrement les activités des banques et autres entités créatrices de crédits. Au niveau international, Turner souhaite une remise en cause de la libre circulation des mouvements de capitaux : la fragmentation du système financier international, loin d'être toujours dangereuse, peut être à ses yeux positive.

    Il souhaite limiter les booms de crédits immobiliers qui tournent mal. Pour cela, il propose d'agir sur les acteurs de la finance, par exemple en augmentant les contraintes en capital sur ce type de prêts. Mais également en s'attaquant à l'offre et à la demande de biens immobiliers. Par exemple, en taxant les plus-values sur les terrains détenus, en favorisant la dispersion territoriale des habitants pour éviter les zones de tension, etc. Il prône également des politiques de réduction des inégalités comme une augmentation du salaire minimum, la distribution d'un revenu de base ou bien une taxe globale sur les richesses.

    Turner propose des mesures privilégiant la stabilité à la rentabilité des banques. Il réclame un financement en capital bien plus élevé que ce que demandent les régulations internationales actuelles. Et il avance quelques mesures techniques pour diminuer le rendement des prêts que se font entre eux les acteurs de la finance. Il faudrait aussi ne pas oublier sa demande d'un soutien public à l'activité, qu'il verrait très bien financé par la création monétaire des banques centrales. Cet appel à une reprise en main publique de la finance n'émane pas d'un marginal. Il mérite d'être écouté."

      Christian Chavagneux 12/07/2017

      https://www.alternatives-economiques.fr//dix-ouvrages-a-emporter-bronzer-intelligent


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