• Taxing the rich...( Kenneth Scheve, David Stasavage).

    Taxing

      Princeton University Press, 2016, 266 p., 27,75 € (en anglais)

    Par quels arguments la progressivité de l'impôt, le fait de prélever une part relativement plus importante des revenus des plus riches, est-elle justifiée ? Et quand a-t-elle été la plus mise en oeuvre à travers l'histoire ? Telles sont les questions que se sont posées deux politistes américains et leurs réponses sont plutôt originales.

    Plusieurs grands principes sont mobilisés en faveur de la progressivité. D'abord, la capacité à payer : les riches gagnant plus, ils peuvent payer plus d'impôts. Mais ils avancent toujours le même contre-argument : vous voulez nous faire payer sans vous interroger sur la raison de ma plus grande fortune. Si je suis un innovateur de génie ou un stakhanoviste d'un travail fortement rémunérateur, pourquoi devrais-je être prélevé plus par principe ?

    D'où, second argument, celui d'une nécessaire compensation des taxes indirectes comme la TVA : celles-ci prenant une part plus importante des petits budgets que des gros, ces derniers doivent être plus taxés, une idée exprimée dès le XIIIe siècle…

    Conscription de richesses

    Etudiant la politique fiscale d'une vingtaine de pays entre 1800 et 2013, nos deux chercheurs ont cherché quels gouvernements ont développé la progressivité et quand. Est-elle, par exemple, plus le fait des Etats démocratiques ? La réponse est négative. Plutôt mise en oeuvre par les gouvernements de gauche ? Un peu, mais la hausse des taux marginaux les plus élevés, quand elle se produit, reste de faible niveau. L'observe-t-on alors dans les pays plus marqués par les inégalités ? Pas plus. En fait, la seule configuration forte qui ressort de l'analyse historique est que la taxation des riches progresse essentiellement pendant les périodes de guerre.

    Comment cela s'explique-t-il ? Les auteurs ont analysé les débats fiscaux dans plusieurs pays au moment de la Première Guerre mondiale et le même argument ressort partout : quand on mobilise les jeunes avec peu de revenus, les plus aisés doivent participer à l'effort de guerre par une "conscription des richesses". On le voit en France, au Royaume-Uni, aux Etats-Unis à partir de leur entrée en guerre où l'argument est défendu par les économistes Irving Fisher, Oliver Sprague et Edwin Seligman. L'argument porte d'autant mieux qu'une part importante de la population est directement impliquée dans le conflit : sous Louis XIV, 1,9 % des Français était au combat, 2,7 % lors des guerres napoléoniennes et 16 % au moment du premier conflit mondial.

    La tendance à la baisse des impôts sur les riches au cours des dernières décennies s'explique un peu par la mondialisation. Mais, concluent les auteurs, surtout par le fait que l'argument de conscription des fortunes s'est progressivement effacé après le second conflit mondial. Les partisans de la progressivité doivent trouver un autre argument. Par exemple le fait que le système économique fonctionne structurellement en faveur des plus riches. On comprend alors l'importance et le succès des analyses de Thomas Piketty.     Christian Chavagneux
    Alternatives Economiques n° 357 - mai 2016

     


    Tags Tags : , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :