• Total importe de l'huile de palme...

    Total démarre sa bioraffinerie et va importer au moins 300 000 t d'huile de palme 

    Article mis à jour le 03 juillet 2019,

    https://www.notre-planete.info/actualites/1026-Total-huile-de-palme-blocage-raffineries-agriculteurs

    bio-raffinerie-La-MedeSuivi de chantier de la reconversion de la raffinerie de La Mède (Bouches-du-Rhône - France). Vue aérienne du bâtiment du prétraitement (PTT) au centre, avec en fond l'étang de Berre ; décembre 2017
    © IMRE Nedim / TOTAL - Licence : Tous droits réservés

       En dépit de la déforestation massive due à l'huile de palme, des accusations des associations et des agriculteurs français et de la future législation européenne, la nouvelle bioraffinerie de Total (La Mède) est entrée en service et a débuté son importation massive d'huile de palme.

    Nous l'évoquions il y a quelques mois dans un article sur le déclin dramatique des orangs-outans à cause de la déforestation en Indonésie : alors que l'abrutissement d'un grand nombre d'internautes sur les réseaux sociaux les mène à accuser Nutella en relayant, sans aucun esprit critique, des vidéos d'orang-outan chassés de leur habitat, 80 % de l'huile de palme importée en France est destinée à être incorporée dans les carburants et plus précisément dans le gazole. Déjà, en 2017, la France, 7e importateur mondial d'huile de palme, en a importé 900 000 tonnes.

    Et ce n'est que le début : Total a reçu, le 16 mai 2018, l'arrêté d'autorisation d'exploiter sa future bio-raffinerie de La Mède (Bouches-du-Rhône), installée sur le site historique de l'ancienne raffinerie de Provence qui a fermé en 2015. Après 3 ans de transformation, l'une des plus grandes bio-raffinerie d'Europe est entrée en production en juillet 2019.

    "Il s'agit de la première bioraffinerie de taille mondiale en France et une des plus grandes d’Europe, vise à répondre à une demande croissante en biocarburants", indique Total. Elle a pour objectif d'importer de l'huile (végétale et animale) pour la transformer en carburant à destination des moteurs Diesel. Selon un communiqué de Total, "la Mède est autorisée à utiliser jusqu'à 450 000 tonnes d'huile végétale brute dans le cadre de son approvisionnement", sur une capacité de traitement annuel de 650 000 tonnes. Mais combien de tonnes d'huile de Palme ?

    Au moins 300 000 tonnes d'huile de palme importées par an

    "Dans le cadre d'un dialogue positif avec le Ministère de la Transition écologique et solidaire, Total a décidé de s'engager dans une démarche de progrès continu et prend l'engagement de limiter l'approvisionnement en huile de palme brute à un volume inférieur à 50 % des volumes de matières premières qui seront traitées sur le site, soit au plus 300 000 tonnes par an", indique Total. Ce qui pourrait représenter environ 15 % de la production de biodiesel française (2 055 000 tonnes produits en 2016 selon FranceAgrimer).

    Or, "les Amis de la Terre constatent que l'auto-limitation à 300 000 tonnes d'huile de palme brute annoncée par Total est absente de l'autorisation officielle, ce qui permet à Total d'importer jusqu'à 450 000 tonnes d'huiles végétales brutes sans autre précision. Ensuite, Total essaye de faire passer des dérivés de l’huile de palme (PFAD, Palm Fatty Acid Distillates) comme un produit résiduel à caractère de déchet alors que le Ministère de l’Écologie a reconnu que son impact était le même que l’huile de palme brute (dans la Stratégie Nationale de lutte contre la Déforestation Importée). Total prévoit initialement d’importer 100 000 tonnes de PFAD mais pourrait en importer bien davantage (jusqu’à 250 000 tonnes) si l’entreprise était contrainte d’importer moins d’huile de palme brute. Il est très difficile d’avoir des chiffres précis car Total refuse de rendre public son plan d’approvisionnement mais l’approvisionnement en huile de palme, brute ou sous forme de dérivés, pourrait être de l’ordre de 550 000 tonnes par an", alerte l'association de défense de l'environnement, qui a déposé en vain "un recours contre l'autorisation d'exploitation délivrée à Total".

    En juin 2018, les associations de défense de l'environnement s'étonnaient du revirement du Ministre de "la transition écologique et solidaire" (sic), Nicolas Hulot. Celui-ci avait déclaré en 2017 vouloir "fermer une fenêtre qui permettait d'incorporer de l'huile de palme dans les agrocarburants"...

    Total se défend en mettant en avant la diversité des huiles brutes qui seront exploitées dont 30 à 40% des graisses animales (100 000 tonnes par an prévues), d'huiles alimentaires usagées et d'huiles résiduelles (huiles issues de déchets et de l'industrie papetière). En outre, Total assure que l'huile de palme importée sera labellisée RSPO (Roundtable on Sustainable Palm Oil), une certification à priori louable mais qui n'est pas suffisante pour éviter toute déforestation.

    En outre, la décision du gouvernement intervient à contre-courant de la volonté politique européenne puisque l'huile de palme sera "progressivement éliminée par un processus de certification pour les biocarburants à émissions nulles ou faibles liées au changement indirect dans l'affectation des sols", indique le Parlement européen qui vient d'adopter de nouveaux objectifs sur les énergies renouvelables.

    Action en justice des associations environnementales

    Le 05 juillet 2018, Les Amis de la Terre, Greenpeace France, France Nature Environnement, FNE Provence-Alpes-Côte d'Azur, FNE 13 et la Ligue de Protection des Oiseaux PACA ont déposé au tribunal administratif de Marseille un recours contre l'autorisation préfectorale de la raffinerie de Total à La Mède.

    Et pour cause : « Total a réussi à enfumer le gouvernement avec une étude d'impact environnemental tronquée et la promesse de certifications controversées. Loin de réduire les émissions de gaz à effet de serre, ce projet va au contraire accélérer la déforestation et donc les changements climatiques. Cette réalité ne peut pas être ignorée par le juge administratif. » estime Sylvain Angerand pour les Amis de la Terre.

    Selon les associations, "le recours déposé par les associations environnementales met aussi en avant les manquements de l'Etat dans ce dossier et les risques de conflit d'intérêt. Contrairement à la loi, l'évaluation environnementale n'a pas été conduite de manière indépendante puisque c'est le préfet de département et de région qui, d'un côté, a autorisé le projet et, de l'autre, a rendu l'avis environnemental sur ce même projet". « Au-delà de la préfecture des Bouches-du-Rhône, l'Etat français a voulu passer en force sur le projet scandaleux de raffinerie géante à La Mède, pour ménager les intérêts particuliers de Total, au détriment de l'Accord de Paris ou de l'engagement de la France à éliminer la déforestation importée, partie intégrante du Plan Climat », accuse Clément Sénéchal pour Greenpeace France.

    Les agriculteurs ont bloqué les raffineries de carburants

    Si les défenseurs de l'environnement semblent impuissants, les agriculteurs se sont jetés franchement dans la mêlée en bloquant 13 raffineries ce lundi 11 juin 2018 au matin dont la raffinerie Total de Grandpuits en Seine et Marne.

    Mais gardons-nous bien d'y voir une lutte commune avec les "écolos". Nos chers producteurs agroalimentaires, sous l'impulsion de la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs, défendent avant tout leurs propres intérêts. Jusqu'à présent, les biocarburants gazole produits en France proviennent, à 85 %, d'huiles végétales extraites de colza, de soja et de tournesol. C'est pourquoi, ils voient d'un très mauvais oeil cette concurrence venant de l'huile végétale étrangère... Et pour cause, l'industrie des agrocarburants française a investi 2 milliards d'euro et maintient 30 000 emplois...
    Un coup dur alors que le Parlement européen vient de voter le plafonnement de la part des biocarburants de première génération à 7 % maximum de la consommation finale du transport routier et ferroviaire maximum en 2030.

    Dans tous les cas, "le gouvernement ne reviendra pas dessus" avait déclaré lundi matin le ministre de l'Agriculture Stéphane Travert sur RTL. Et pourtant, mercredi 13 juin les blocages ont été levés suite aux garanties de discussions avec Total apportées par Stéphane Travert et l'engagement de Total d'utiliser au minimum 50 000 tonnes de colza français afin d’assurer un débouché supplémentaire à l’agriculture française.

    Début juillet 2019 : la bioraffinerie de la Mède entre en service

    Fin mars 2019, Total débutait ses importations d'huile de palme, puis le 3 juillet 2019, la bioraffinerie entrait officiellement en service comme en témoigne les fumées noires qui sont rejetées par la torchère de la raffinerie.

    Selon Total, celle-ci a une "capacité de production de 500 000 tonnes d'HVO, un biocarburant de qualité premium. Elle produira du biodiesel ainsi que du biojet pour l’aviation (...) Ainsi, les biocarburants seront produits :

    • 60-70% à partir d’huiles végétales 100% durables (colza, palme, tournesol, etc.) ;
    • 30-40% à partir de retraitement de déchets (graisses animales, huiles de cuisson, huiles résiduelles, etc.) dans une logique d’économie circulaire."
    A noter : Total publie ses sources d'approvisionnement en huile de palme.

    Le choix mortifère des agrocarburants

    Ces tensions sont la suite logique d'un choix irraisonné et irresponsable : celui des agrocarburants (anciennement biocarburants). Outre leur bilan environnemental médiocre au niveau des émissions de polluants, ils contribuent aujourd'hui à la déforestation de pays tropicaux comme l'Indonésie et la Malaisie qui plantent et cultivent massivement des palmiers à huile. De plus, l'huile de palme (et de soja) rentrent en compétition avec les cultures françaises qui se sont en partie diversifiées et adaptées pour répondre à cette nouvelle demande.

    Enfin, soulignons toute l'ignominie du raffinage de la graisse animale (EMHA - ester méthylique d'huile animale) : quand Total y voit une application vertueuse de l'économie circulaire, c'est avant tout une logique effroyable, celle de l'exploitation industrielle du vivant. L'élevage ne sert plus seulement à "nourrir" - avec tous les maux et conséquences désastreuses pour l'environnement et la santé - mais se justifie maintenant pour alimenter les voitures diesel polluantes...

    Mortifère est le seul mot qui symbolise cette politique destructrice et contraire aux déclarations perfides des politiques sur l'environnement ; il n'est guère étonnant que les agrocarburants soient plutôt surnommés nécrocarburants...

    Décembre 2018 : l'avantage fiscal de l'huile de palme sera supprimé

    Un amendement supprimant l’avantage fiscal aux agrocarburants à base d’huile de palme a été adopté dans le cadre du projet de loi de finances pour 2019. Ainsi, à partir du 1er janvier 2020, les agrocarburants à base d'huile de palme ne devraient donc plus bénéficier d'une niche fiscale irresponsable. Cette exclusion priverait ainsi Total d’un avantage fiscal représentant environ 100 millions d’euros / an d'après la Sénatrice Christine Lavarde.

    Pour Clément Sénéchal, chargé de campagne climat et forêts à Greenpeace France : « Malgré les ultimes tentatives du gouvernement pour sauvegarder les intérêts de Total, les député-e-s ont fait le choix de la raison écologique en supprimant l’avantage fiscal pour les agrocarburants à base d’huile de palme à partir du 1er janvier 2020. L’étau se resserre autour de la bioraffinerie de Total à la Mède. Les forêts tropicales ont déjà payé un trop lourd tribut à un produit industriel développé à coups de subventions publiques depuis plusieurs années. Face à l’urgence climatique, cette niche fiscale aurait dû être supprimée immédiatement. Ce vote est tout de même encourageant. Preuve que si nos parlementaires sont correctement informés, ils sont capables de s’opposer à la politique climatique absurde du chef de l’Etat. »


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