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9 milliards d'hommes à nourrir... (marion GUILLOU, G. MATHERON )

9 milliards d'hommes à nourrir... (marion GUILLOU,

2011     432 p.    23 €

  Allons-nous vers une crise alimentaire mondiale majeure ? Après plusieurs décennies d'insouciance, nos opinions publiques découvrent peu à peu l'ampleur du défi. Plus encore, pour nourrir convenablement neuf milliards au moins d'êtres humains en 2050, il faudra produire en quantité croissante une nourriture répondant à des normes de qualité exigeantes. Il faudra y parvenir en respectant mieux l'environnement. Il faudra en outre tenir compte qu'une partie des terres sera utilisée pour la production d'énergie et de biens industriels, ou le stockage de carbone et la protection de la biodiversité. Cela supposera d'innover, de réduire les pertes et les gaspillages, de diminuer les consommations alimentaires excessives et déséquilibrées et simultanément, de sortir de la pauvreté le milliard d'êtres humains qui souffrent aujourd'hui de la faim.
  A ces immenses questions, aux scénarios envisageables pour leur apporter au niveau planétaire des réponses adaptées, des chercheurs du monde entier consacrent leur vie. Dans cet ouvrage, les responsables des deux principaux instituts agronomiques français, l'Inra et le Cirad, portent ces réflexions à la connaissance du grand public, en termes limpides. Le lecteur y trouvera d'innombrables informations, des éclairages saisissants et des propositions inattendues. Il est possible d'éviter un cataclysme, mais cela nécessitera de profonds changements, notamment dans nos habitudes de consommation et de production ici en Europe.
 
  Marion Guillou est ingénieure des ponts, des eaux et des forêts, polytechnicienne, Docteur en sciences des aliments et présidente de l'Institut national de la recherche agronomique depuis 2004.
  Gérard Matheron est ingénieur agronome, docteur en génétique quantitative et président du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement depuis 2010. 

Nécessité de ne pas prolonger les tendances actuelles

Leur diagnostic est sans appel : "Oui nous allons nourrir les 9 milliards d’être humains que comptera la Terre en 2050 mais ... à la seule condition de ne pas prolonger les tendances actuelles", déclarent-ils. Pour Marion Guillou et Gérard Matheron, il est urgent de réagir en tant qu’individu, en tant que citoyen, l’INRA et le CIRAD, les organismes qu’ils président, devant également réagir, "parce que le temps de la recherche se mesure en dizaines d’années". Sélectionner une plante résistante à la sécheresse, cela demande en effet une quinzaine d’années de travail. "Au cours de ces trente dernières années, l’agriculture a été très mal traitée dans l’agenda international, notamment par les bailleurs de fonds et une certaine vision politique. Aussi avons-nous décidé d’écrire ce livre pour que l’agriculture revienne sur le devant de la scène", explique Gérard Matheron.

Une chose est sûre : il va falloir inverser les tendances, sinon nous courrons à la catastrophe. Un exemple, celui du gaspillage où des évolutions importantes sont impératives, évolutions qui dépendent, certes, des connaissances scientifiques mais également du comportement de chacun et de la politique. Autre constat des auteurs de l’ouvrage, il ne sera pas possible dans chaque endroit de la planète de nourrir la population qui y habite à partir de ce qu’elle produit. Avec le changement climatique, les pays du sud vont être frappés en effet de la double peine. D’un côté, la production de leurs terres cultivées va diminuer, de l’autre ils disposeront de moins de terres pour l’agriculture. Aussi devront-ils accroître leurs échanges avec les pays du nord. "Pour autant, les pays du sud doivent remettre l’accent sur le développement de l’agriculture paysanne et investir dans les cultures vivrières et des céréales, c’est capital pour s’en sortir", déclare Gérard Matheron. "Vous ne sortirez pas les populations rurales de la pauvreté si vous ne redéveloppez pas l’agriculture locale", confirme Marion Guillou.

Innover et changer notre manière de consommer

S’appuyant sur 43 années de données rétrospectives collectées dans tous les pays du monde, les auteurs de cet ouvrage ont essayé de se projeter sur les 40 prochaines années et de proposer deux scénarios. Le premier d’entre eux montre la poursuite de la tendance actuelle, avec des disparités alimentaires qui s’échelonnent selon les différentes régions du monde entre 2 500 et 4.000 kcalories par jour. Le second, est un scénario de rupture, avec 3.000 kcalories par personne, dont 500 kcalories d’origine animale, pour l’ensemble de la population du globe. "Il s’agissait de montrer quel serait l’impact de cette consommation de viande dans les régimes sur les besoins nécessaires en termes de surfaces agricoles pour produire cette viande", précisent-ils. Ni pessimiste, ni optimiste, Marion Guillou et Gérard Matheron, en scientifiques qu’ils restent avant tout, se veulent objectifs et réalistes. "Il est possible d’éviter le cataclysme qu’envisagent certains. Cela suppose évidemment d’innover considérablement, à tous les niveaux, mais surtout nécessite de changer profondément nos comportements alimentaires et, plus généralement, notre manière de consommer".

Rédacteur : ADIT - Jean-François Desessard - email : jfd@adit.fr Origine : Origine : BE France numéro 261 (29/09/2011) - ADIT / ADIT 

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