Une telle mesure serait donc véritablement révolutionnaire, en cela qu’elle permettrait d’établir les bases d’une nouvelle organisation de la société, où les citoyens récupèreraient un temps leur place au centre du processus décisionnel. Mais elle permettrait également à l’État de s’inscrire en faux face à cette course effrénée à l’argent qui marque l’époque et les mentalités, afin de remettre la solidarité et l’effort commun de construction sur le devant de la scène. Une nécessité qui se fait sentir un peu plus chaque jour, alors que les inégalités s’accroissent proportionnellement au sein de nos états, et que l’on sait que la plus grande fortune de France, détenue par Liliane Bettencourt, équivaut à 1,8 million d’années de SMIC.

Une solution aux différentes crises actuelles ?
Pour Philippe Richard, dont la tribune sur l’Obs a été lue plus de 100 000 fois, il s’agit également de mettre fin à un système oligarchique qui profite aux « mieux lotis » et aux « plus puissants ». Il s’agit aussi de débloquer une situation statique nouvelle où les « richesses des nantis ne ruissellent plus au sein des nations dites ‘avancées’ », c’est-à-dire une situation dans laquelle les différents ascenseurs sociaux sont complètement bloqués. En voyant dans l’abolition du droit à la fortune la fin d’un régime où la cupidité et la compétition règnent en maîtres et où l’argent est le signe de toutes les réussites, l’économiste espère aussi le rétablissement d’équilibres tant sociaux et économiques, qu’environnementaux.
Pour cela, Philippe Richard préconise que les actifs au-delà du plafond soient transférés à une « agence publique autonome en charge de définir un plan quinquennal de relance économique et de transition écologique ». Avec ces fonds ainsi récupérés, il est possible de penser qu’échappant à la pure logique du marché mondialisé, les actifs pourraient participer à la définition d’un nouveau paradigme économique et sociétal en phase avec les révolutions industrielle et écologique à venir. À l’heure où certains avancent que le revenu universel est une « fausse bonne idée » car impossible à financer, on peut également penser qu’une meilleure politique de répartition des richesses pourrait apparaître comme la solution toute trouvée à ce problème de financement.
L’auteur, lucide, a cependant conscience que ce combat pour l’abolition du droit à la fortune ne se fera pas sans peine, les géants de ce monde étant certainement peu enthousiastes à l’idée de renoncer à leur statut extraordinaire du jour au lendemain, sans parler du secteur du luxe qui gravite autour d’eux. « L’objectif est avant tout de nous faire réfléchir sur ce droit à la fortune et sa légitimité dans un monde qui a fortement évolué depuis trente ans, où le bénéfice d’un tel droit semble bien mince face à son coût pour les nations », indique-t-il dans son résumé personnel de l’ouvrage. Une question d’autant plus cruciale dans un contexte où la croissance semble impossible à maintenir sur le long terme : la gâteau des richesses étant à partager entre tous. L’ouvrage « Abolir le droit à la fortune » (aux éditions Couleur livres) ouvre la voie sur le long chemin qu’il reste à parcourir dans la déconstruction de notre rapport à l’argent et à sa concentration.