Comme toutes les mères de soldat, Giselle Sanchez a cessé de vivre durant le séjour de son fils en Afghanistan, d'autant qu'elle ne comprenait pas son engagement chez les chasseurs alpins : «Ah, non, il ne l'a pas fait pour la patrie et toutes ces idioties, on n'est jamais tombés là-dedans !» Très engagée à gauche, elle a ouvert un blog, écrit un livre sur son expérience, Mon fils s'en va-t-en guerre (Max Milo), correspondu avec des dizaines d'autres familles. Elle vient de remettre ces échanges de mails aux archives du ministère de la Défense, pense que cela pourrait être utile pour comprendre, plus tard, pourquoi de jeunes Français sont allés se faire tuer là-bas. Chez elle, une bibliothèque très marquée par la psychanalyse et Lacan. Paradoxalement, elle ne croit pas au stress post-traumatique : l'armée, selon elle, surévalue un phénomène qui n'est qu'un moyen, pour des soldats blasés, de se faire mettre en arrêt maladie. Ceux qui en sont atteints, assure Giselle Sanchez, étaient de toute façon psychotiques au départ !
«Le problème, pour ces hommes et ces femmes, c'est qu'on leur a raconté n'importe quoi, estime un psychiatre civil. Quand on entend des soldats dire qu'ils ne comprennent pas pourquoi ces gens leur souriaient une heure avant de leur "tirer dans le dos", il y a un problème. On leur a fait croire qu'ils allaient rétablir la paix, construire des écoles et distribuer des crayons. Mais non ! C'était la guerre, tout simplement. On leur a fait faire un grand écart psychique très dur à assumer.» Et les conséquences humaines seront lourdes. «J'ai de la chance», prétend Pierre, un sous-officier hospitalisé en psychiatrie après avoir été blessé par des éclats de mortier à l'été 2011. Ma femme m'a pris par la main, elle a compris ce qui se passait quand, la nuit, j'errais dans la maison en cherchant à toucher la toile de ma tente et que je la braquais ou l'agrippais quand elle venait me chercher. J'aurais été célibataire, le soir, j'aurais bu, et je n'aurais rien dit. J'ai vécu six mois dans un état de stress permanent, toujours aux aguets. Je ne peux pas aller faire des courses, j'analyse tout ce que font les gens, avec la peur permanente des attentats-suicides. Toute personne qui surgit derrière un rayon est une menace potentielle.»
Aujourd'hui, son épouse et ses enfants sont suivis par un psychologue. Même si l'armée reconnaît son affection, l'assurance militaire à laquelle il cotise depuis de nombreuses années l'a classé dans les «maladies mentales», l'excluant de fait de la plupart de ses contrats. Il y a encore un petit travail de coordination à effectuer... Pierre ne voit pas son avenir sans l'armée, mais il est pour l'heure incapable de reprendre son poste : «J'ai l'impression de faire le deuil d'une personne qui est morte là-bas. Maintenant, je vais me reconstruire.»
Repères
3 500 soldats français encore présents en Afghanistan.
2 000 auront quitté le pays d'ici à la fin 2012.
1 500 resteront pour effectuer le retrait du matériel, logisticiens et soldats assurant leur protection.
87 soldats français tués depuis le début de la guerre, en octobre 2001.
193 militaires de l'International Security Assistance Force (Isaf) tués depuis le début de l'année, dont 9 Français.
Le dispositif d'aide aux blessés
La cellule d'aide aux blessés de l'armée de terre (Cabat), dirigée par le lieutenant-colonel Maloux, assure, sur un plan social et administratif, le suivi physique et psychique des blessés et de leurs familles : aide au retour à l'emploi, financement de stage, assistance médicale... Elle s'occupe également de l'annonce des décès et de l'accueil des familles pour l'arrivée des cercueils aux Invalides : «L'année 2011 a été particulièrement difficile, reconnaît le lieutenant-colonel, avec 32 orphelins, 17 jeunes veuves, dont l'une mère de cinq enfants, et trois naissances post-décès. Pour nos personnels, c'est une charge émotionnelle très importante. Nous sommes nous-mêmes suivis par des psychiatres.» A l'extérieur de l'institution militaire, trois associations principales s'occupent des militaires blessés : Terre fraternité, Solidarité défense, et Ad Augusta – créée par le capitaine Pêche, ancien nageur de combat lui-même atteint de stress post-traumatique –, dont le but est d'organiser des stages de motivation et de réinsertion.
Quelques exemples des suites de la guerre. Une guerre n'est jamais finie: ses conséquences perdurent dans tous ces soldats traumatisés qui traumatisent ( malgré eux) leur entourage, leurs enfants, lesquels en porteront des traces en
eux. Des générations entières peuvent ainsi être sacrifiées sans qu'aucun problème ne soit résolu, que ce soit au niveau local ou international. Souvent d'autres guerres surgissentpar la suite, ayant leur germe dans des guerres passées non ou mal cicatrisées. Il serait intéressant de faire des études approfondies sur ces conséquences individuelles ou collectives.
Une guerre n'est jamais finie! Il ne faut pas les commencer, c'est la seule solution. D'autres façons de lutter existent. Il faut éduquer les populations: voir Gandhi, Martin Luther King, Mandela....
"On ne peut changer une situation si on ne change pas la mentalité qui l'a provoqué." Gandhi, Einstein... Je ne me rappelle pas qui l'auteur de cette phrase que chacun devrait méditer. (lavieenvert)