En Tanzanie, des agricultrices se défendent contre un projet d’accaparement de terres
L’entreprise suédoise EcoEnergy projette d’accaparer 20 000 hectares de terres pour produire du sucre dans le district de Bagamoyo en Tanzanie. Pendant les premières phases du projet, près de 1 300 familles d’agriculteurs-trices perdront une grande partie de leurs terres et de leurs habitations.
Le projet d’EcoEnergy est un projet phare de la Nouvelle Alliance pour la sécurité alimentaire et la nutrition (Initiative du G8 en matière d’investissement dans l’agriculture africaine). EcoEnergy et le gouvernement tanzanien prétendent que ce projet apportera de nombreux avantages aux communautés locales, mais sans l’obtention de leur consentement libre, préalable et éclairé, l’entreprise se rend coupable d’accaparement des terres.
Dans le district de Bagamoyo comme dans tout le Sénégal, les femmes rurales sont les principales fournisseuses de nourriture de leurs familles. Ce qui signifie que leurs difficultés concernant la terre et l’agriculture se traduisent par un risque d’insécurité alimentaire pour des communautés entières. Les agricultrices de la région se concentrent généralement sur les cultures pérennes, telles que les arbres fruitiers ou les noix de cajou, qui représentent à la fois une part importante de leur production et le fondement de la sécurité alimentaire de leur ménage. Toutefois, en apprenant qu’elles pourraient être déplacées et qu’elles devraient abandonner leurs terres, elles redoutent d’investir dans des cultures qui ne généreront probablement que peu de rendement. C’est ce que dénonce Anza Ramadhani, veuve de 51 ans qui cultive du maïs, de la dolique à œil noir et du potiron pour sa propre consommation. Selon elle, « ce serait du gâchis de planter des cultures à rendement lent » dans un pareil contexte, sachant qu’elle est susceptible de devoir quitter ses terres à tout moment.
Il est clair que le modèle de l’agriculture contractuelle porté par EcoEnergy pourrait creuser les inégalités entre les hommes et les femmes, un risque que l’entreprise se doit d’examiner plus en profondeur. En effet, une étude de la FAO de 2008 a montré qu’au titre du programme d’agriculture contractuelle du Swaziland, invoqué par EcoEnergy comme source d’inspiration de son propre projet à Bagamoyo, « le potentiel de génération de revenus des femmes avait considérablement faibli par rapport à celui des hommes ». D’une manière plus générale, un rapport récent de la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement (CNUCED) et de la Banque mondiale portant sur 24 investissements agricoles effectués dans des pays en voie de développement a conclu que « presque tous les sous-traitants étaient des hommes », et que « seuls 1,5 % d’entre eux étaient des femmes ».
Peuples Solidaires – ActionAid France soutient les organisations locales et les familles qui se défendent sur place. La mobilisation a déjà commencé: plus de 27 000 personnes ont déjà signé notre Appel urgent lancé il y a quelques semaines. Nous sommes mobilisé-e-s pour que EcoEnergy rende leurs terres aux familles et cesse immédiatement cet accaparement de terres.