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Désinfection solaire de l'eau

    Nous gagnons beaucoup moins que si nous travaillions pour une multinationale, explique Jamil Ahmed, mais, en revanche, nous trouvons beaucoup plus de sens à notre action.” Dans ce cas précis, le sens de Naïade est le suivant: une formidable capacité à tuer toutes les bactéries et tous les virus contenus dans l'eau, et ce au moyen de l'énergie solaire. Une aubaine dans un pays où, selon les chiffres du gouvernement, 80.000 des quelque 600.000 villages ne sont pas électrifiés et qui, en conséquence, ne peuvent recourir aux filtres électriques pour rendre potables leurs eaux de canaux ou de puits. En réalité, le nombre de villages indiens où l'on s'éclaire toujours à la chandelle serait plus proche des 300.000. “Du moment qu'il y a dans le village une ampoule qui fonctionne une heure par jour, les autorités le classent comme électrifié”, explique Raymond Myles, actif depuis près de quarante ans dans le secteur des énergies renouvelables nonPour Mini , l'aventure Naïade a commencé il y a environ un an, lorsque le gouvernement l'a invité à une réunion de réflexion pour élaborer des stratégies à même de répondre au lancinant problème de l'accès à l'eau potable dans les villages indiens non électrifiés. A la suite de cette rencontre, la plus grosse coopérative au monde, l'Indian Farmer's Fertilizer Cooperative Limited (IFFCO), a lancé un concours invitant les ONG et les entreprises à soumettre des projets en faveur du développement dans le secteur agraire. Mini a déposé un dossier présentant la technologie Naïade. Parmi 1.000 candidatures, sa proposition a été retenue. C'est ainsi que le village de Panjkosi, où est situé le siège de la IFFCO, a été choisi comme village-pilote pour tester Naïade.

    L'eau polluée tue 2 millions de personnes chaque année 
     Figurant parmi les nations où la mortalité (notamment infantile) liée à l'eau est la plus élevée, l'Inde a toutes les raisons de s'intéresser à cette technologie. Certes, la pollution industrielle, le fer, le fluorure, l'arsenic, les pesticides et les fertilisants chimiques sont responsables de la contamination de l'eau. Mais le mal provient aussi pour une large partie des bactéries et des virus. Ainsi, Naïade, en éliminant toute trace bactérienne et virale dans l'eau, doit permettre de réduire de manière significative les risques pathogènes que représente l'eau contaminée. 
     Avec cette technique, l'Inde des villages pourrait faire un bond prodigieux. Sans compter les bénéfices potentiels pour les autres personnes comptant parmi les 1,2 milliard d'habitants de la planète qui n'ont pas accès à l'eau potable. Toutefois, la partie n'est pas encore gagnée. L'obstacle numéro un est le coût de la technologie: l'appareil coûte 400.000 roupies [environ 7.000 €]. Un montant colossal. “Ils ont les moyens de s'acheter des Coca, mais, lorsqu'il s'agit d'eau potable, les villageois resserrent les cordons de la bourse”, ironise Jamil. Dans les faits, ces habitants ont du mal à croire à ce progrès: les politiciens en mal de votes ruraux les ont trop souvent abreuvés de promesses d'eau gratuite. 
     “Les engagements préélectoraux ne sont jamais tenus et les habitants doivent se rendre à l'évidence : pour avoir accès à l'eau potable, ils devront en payer le prix”, estime Mini. Si l'on considère l'économie du bois et du kérosène nécessaires pour faire bouillir l'eau polluée, ce prix est cependant abordable: moins de 1 roupie par litre, c'est-à-dire environ trois fois moins que l'eau embouteillée par les multinationales de l'or bleu. 
     D'ailleurs, celles-ci ne craignent-elles pas la compétition de cette technologie révolutionnaire? “Pas pour le moment, prétend Raymond Myles. Pour l'heure, elles préfèrent dépenser 1 dollar là où elles en gagneront 10. Avec Naïade, ce n'est pas encore le cas.” Pour parvenir à vendre un appareil Naïade – qui servira 1.000 personnes à raison de 2,5 l d'eau par personne et par jour –, Mini mise sur le soutien de Jhakkar Ji, le chef du village, et sur les subsides gouvernementaux. Outre la consommation d'eau potable pour les villageois, un autre bon argument est servi à Jhakkar Ji pour le convaincre de la pertinence de l'initiative. Si le projet-pilote se révèle un succès, son village sera connu de par le monde comme le pionnier en matière de purification d'eau par l'énergie solaire. 
     Quant aux aides de l'Etat, celles-ci pourraient représenter jusqu'à 50% du prix de l'appareil. Mini sait fort bien que, pour les décrocher, il n'échappera pas à l'obligation de soudoyer les fonctionnaires responsables. Mais rien ne l'arrête. “Je n'encourage pas cela, évidemment, mais pour le bien général je suis prêt à contribuer de ma poche pour faire démarrer l'initiative”, explique-t-il. Il serait en effet dommage de voir le projet capoter quand on sait qu'en raison de l'eau polluée un enfant meurt toutes les huit secondes et 2 millions de personnes décèdent chaque année.
    

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