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Discours de la servitude volontaire (La BOETIE )

Discours de la servitude volontaire (La BOETIE )

63 p.   2,60 € (Poche )

  Comment se fait-il que les hommes combattent pour leur servitude comme s'il s'agissait de leur salut ? Cette question, qui sera reprise par Spinoza et réactualisée par la domination totalitaire, est au cœur du Discours de la servitude volontaire de La Boétie. Loin d'être un pamphlet d'inspiration libérale et démocratique, comme l'a cru à tort la postérité, ce livre reste à découvrir ; Pierre Clastres et Claude Lefort s'efforcent ici d'arracher La Boétie à la méconnaissance. N'est-il pas le grand antagoniste à la hauteur de Machiavel ? Comme si leurs deux noms symbolisaient le paradoxe du politique : Machiavel pensait le pouvoir avec la liberté ; La Boétie pensait le pouvoir contre la liberté. 

  Publié en 1576, le Discours de la servitude volontaire est l'oeuvre d'un jeune auteur de dix-huit-ans. Ce texte (ô combien actuel !) analyse les rapports maître-esclave qui régissent le monde et reposent sur la peur, la complaisance, la flagornerie et l'humiliation de soi-même. Leçon politique mais aussi leçon éthique et morale, La Boétie nous invite à la révolte contre toute oppression, toute exploitation, toute corruption, bref contre l'armature même du pouvoir.
 
La naissance de la science politique 9 novembre 2008
Par Latour07 1ER COMMENTATEUR DU HALL D'HONNEUR (Amazon.fr )  
Claude Lefort rapprochait La Boétie de Machiavel car l'un et l'autre, les seuls en leur siècle s'agissant proprement du politique, mais combien parlant en leur isolement, tirent radicalement les conséquences du surgissement d'une figure inédite de la domination et parlent du même coup pour l'avenir.

"Pour le moment, je désirerais seulement qu'on me fit comprendre comment il se peut que tant d'hommes, tant de villes, tant de nations supportent quelquefois tout d'un Tyran seul, qui n'a de puissance que celle qu'on lui donne, qui n'a de pouvoir de leur nuire, qu'autant qu'ils veulent bien l'endurer, et qui ne pourrait leur faire aucun mal, s'ils n'aimaient mieux souffrir de lui, que de le contredire. Chose vraiment surprenante (et pourtant si commune, qu'il faut plutôt en gémir que s'en étonner)! c'est de voir des millions et de millions d'hommes, misérablement asservis, et soumis tête baissée, à un joug déplorable, non qu'ils y soient contraints par une force majeure, mais parce qu'ils sont fascinés et, pour ainsi dire, ensorcelés par le seul nom d'un, qu'ils ne devraient redouter, puisqu'il est seul, ni chérir, puisqu'il est, envers eux tous, inhumain et cruel."

L'exigence de liberté est radicale :

"Si pour avoir la liberté, il ne faut que la désirer; s'il ne suffit pour cela que du vouloir, se trouvera-t-il une nation au monde qui croie la payer trop cher en l'acquérant par un simple souhait ? Et qui regrette sa volonté à recouvrer un bien qu'on devrait racheter au prix du sang, et dont la seule perte rend à tout homme d'honneur la vie amère et la mort bienfaisante ?"

Comme l'explicite l'auteur, "la première raison de la servitude volontaire, c'est l'habitude" :

"Il est vrai de dire, qu'au commencement, c'est bien malgré soi et par force que l'on sert; mais ensuite on s'y fait et ceux qui viennent après, n'ayant jamais connu la liberté, ne sachant pas même ce que c'est, servent sans regret et font volontairement ce que leurs pères n'avaient fait que par contrainte."

Les Tyrans savent amuser / droguer le peuple :

"Les théâtres, les jeux, les farces, les spectacles, les gladiateurs, les bêtes curieuses, les médailles, les tableaux et autres drogues de cette espèce étaient pour les peuples anciens les appâts de la servitude, la compensation de leur liberté ravie, les instruments de la tyrannie."

L'auteur poursuit par une superbe critique que nous transposons immédiatement dans notre actualité de la société de communication et de publicité qui prévaut sur celle du sens, du signifié, du politique :

"Ainsi, les peuples abrutis, trouvant beau tous ces passetemps, amusés d'un vain plaisir qui les éblouissait, s'habituaient à servir aussi niaisement mais plus mal encore que les petits enfants n'apprennent à lire avec des images enluminées."

Lire et relire Etienne de la Boétie vous conduit à mieux comprendre les limites du discours politique démocratique et révolutionnaire. C'est se doter d'une table de questions, vivante, sur la liberté politique.
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