Charles S. Pearson est Professeur associé à l'Académie diplomatique de Vienne et Professeur émérite à la School of Advanced International Studies de l'Université Johns Hopkins, Washington DC. Ses recherches portent, depuis 35 ans, sur la problématique climatique, domaine où il a été pionnier sur des sujets tels que les liens entre commerce international et changement climatique, ou le rôle des firmes multinationales dans les politiques climatiques. Il a été consultant pour le gouvernement américain, des organisations internationales, ainsi que des organisations privées.
Laurent Baechler est Directeur du Master d'études européennes du Centre International de Formation Européenne (Nice/Berlin/lstanbul). Il enseigne l'économie internationale à Sciences Po. Ses recherches portent principalement sur les politiques climatiques de l'Union européenne et des pays émergents.
Extrait
Introduction et feuille de route
Plan large et mise au point
Le réchauffement global est le problème environnemental du XXIe siècle. Nombreux sont ceux qui pensent qu'il figure avec la guerre et la pauvreté au rang des plus grand défis pour le bien-être humain. Mais à la différence de la guerre et de la pauvreté, auxquelles l'humanité est confrontée depuis des millénaires, le réchauffement global est une préoccupation récente. Et à la différence de la guerre et de la pauvreté, le réchauffement global est essentiellement une menace prospective que l'on peut en principe gérer par des actions préemptives.
Comprendre et réagir au réchauffement global nécessite de mobiliser de nombreuses disciplines scientifiques, incluant la météorologie, la climatologie, et l'océanographie ; l'ensemble des sciences biologiques et écologiques ; et les disciplines de l'ingénierie. Mais si la science est une composante indispensable pour prendre des mesures, elle n'est pas suffisante.
Le réchauffement global présente des défis politiques anciens et nouveaux. Les mesures destinées à limiter le réchauffement global impliquent des coûts immédiats et seulement une promesse de bénéfices, souvent éloignés dans le futur. De telles mesures sont inévitablement difficiles pour des politiciens qui se préoccupent des élections à venir. Plus fondamentalement, pratiquement toutes les mesures pour gérer le réchauffement global affecteront les droits de propriété existants de facto et créeront des gagnants et des perdants. Et la répartition des dizaines de milliards de dollars de gains et pertes dépend des spécificités des mesures adoptées - les cibles de réduction choisies, les secteurs économiques pénalisés ou subventionnés, les outils de marché ou réglementaires employés. La politique est au coeur du réarrangement des droits de propriété.
Affronter le réchauffement global est également un problème politique international d'une grande complexité qui nécessitera une habilité politique du plus haut niveau. Tous les pays, grands et petits, du Nord et du Sud, riches et pauvres, génèrent des émissions de gaz à effet de serre et contribuent au problème, avec des différences sur les niveaux historiques, actuels et prévisibles. Dans le même temps, tous les pays et pratiquement tous les groupes au sein des pays seront affectés par le réchauffement global - certains positivement, la plupart négativement. Le redoutable défi politique international consiste à réconcilier ces énormes divergences d'intérêts et de capacités, et d'adopter des mesures de réduction et d'adaptation potentiellement coûteuses, le tout dans un système politique international privé d'une agence de protection de l'environnement internationale ayant l'autorité pour imposer des réductions d'émissions.
Le réchauffement global pose des problèmes éthiques profonds. Le principal d'entre eux est la responsabilité de la génération actuelle de léguer aux générations futures un héritage environnemental acceptable. Cette question de bonne gestion est présente dans de nombreuses décisions environnementales - le maintien de zones sauvages, la conservation de la diversité génétique, et la gestion à long terme des déchets nucléaires. Mais l'ampleur de notre capacité - la capacité de la génération actuelle - à affecter le bien-être futur par le biais du réchauffement climatique est sans précédent et pose des problèmes éthiques à un niveau de préoccupation nouveau. Quels sont les arbitrages et quel est l'équilibre à trouver entre l'équité intergénérationnelle et l'efficacité ? Quelle est notre dette envers l'avenir ? D'un autre côté, les préoccupations éthiques sont à double tranchant. Devons-nous sacrifier notre utilisation d'énergies fossiles bon marché aujourd'hui de sorte que les générations qui ne sont pas encore nées, et qui seront probablement plus riches que nous le sommes, puissent éviter d'avoir à s'adapter à un monde plus chaud ?
D'autres questions éthiques plus pratiques se posent. Comment répartir les coûts à court terme de la réduction du réchauffement global entre pays de manière équitable et efficace ? Un effort global est nécessaire, mais sans au moins une impression d'équité, les gouvernements ne seront pas prêts à participer. Il se pose à peu près la même question au sein même des pays. Les préoccupations de justice sociale et la nécessité d'assurer un soutien politique pour l'adoption des efforts de réduction nécessiteront une forme de protection ou de compensation pour ceux qui auront à supporter les coûts d'adaptation et de réduction les plus lourds. Équité et efficacité sont là aussi étroitement mêlées.