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Fatoumata Kebe, tête chercheuse dans les étoiles

     Sa soudaine notoriété médiatique, liée à l’exposition photo « Space Girls, Space Women - L’espace à travers le regard des femmes » (1), où elle côtoie en grand format l’astronaute Claudie Haigneré, a évidemment de quoi dérouter ses confrères. « Les scientifiques sont sollicités par les journalistes en tant qu’experts, moi on me demande de commenter ma séance photo ! » Française ayant grandi en Seine-Saint-Denis, née de parents maliens, Fatoumata sait qu’elle détonne. « Rien ne me prédisposait à l’astronomie : je suis une femme, je suis noire et j’ai grandi en banlieue. C’est loin des clichés habituels. » Les petits boulots pour financer ses études d’ingénieure en mécanique des fluides achèvent de la convaincre de l’importance de réaliser son rêve. « Toute petite, le dimanche après-midi, je jouais des coudes pour obtenir la télécommande et regarder les documentaires scientifiques », se souvient Fatoumata. Mais c’est un cours sur les débris spatiaux dispensé par un ingénieur de l’Agence spatiale européenne (ESA) qui la pique véritablement au vif : « Moi qui adorais regarder le ciel et les étoiles, je réalisais brutalement que je ne m’étais jamais posé la question du devenir de ces satellites en fin de vie après seulement quinze années de service. Depuis ce jour, ça ne m’a plus lâchée. » Quelques stages au Centre national de la recherche scientifique, à l’ESA et à la Nasa, « pour casser un profil qui aurait été jugé trop généraliste », un an au Japon « afin d’étudier la construction de nanosatellites », et on retrouve Fatoumata à l’Observatoire de Paris peaufinant ses calculs en vue d’une soutenance en octobre.

Au Mali, terres cultivables et malnutrition

   Quand elle n’est pas en train de penser « espace », Fatoumata multiplie les actions pour préserver la planète bleue. « J’utilise toujours un sac en tissu pour faire les courses et je n’achète que les fruits de saison. J’embête les collègues qui lèvent le mitigeur bien haut pour se laver les mains : ils n’ont pas besoin de toute cette eau ! » Le gaspillage de l’eau, c’est une situation qu’elle s’attache à résoudre à une autre échelle, avec son projet baptisé Connected Eco.

   Il y a six ans, lorsqu’elle se rend pour la première fois au Mali pour suivre un forum pluridisciplinaire sur le thème « agriculture et alimentation », elle découvre un pays où cohabitent de vastes terres cultivables et des poches de malnutrition. « Les paysannes jetaient des bassines pleines d’eau sur leurs champs et les plantes se noyaient. J’ai rencontré des exploitants agricoles convaincus que pour faire une belle récolte, il suffisait d’utiliser l’engrais et les produits Monsanto. » En se penchant sur les chiffres des Nations unies, Fatoumata découvre avec effroi que 70% des ressources en eau partent pour l’agriculture, et que la moitié est gaspillée par l’homme. « J’ai donc imaginé équiper les champs de capteurs à énergie solaire, renvoyant les données analysées vers le téléphone portable des paysans. L’étape suivante, c’est un système d’irrigation au goutte-à-goutte automatisé. » Son projet décrochant plusieurs prix, la jeune entrepreneuse y est retournée au printemps et a commandé les premiers capteurs dont elle accompagnera l’installation à la fin de l’année dans une ferme test. « Mon objectif, c’est de faire fabriquer sur place les capteurs, que les femmes s’approprient les ordinateurs de contrôle, qu’elles cultivent et transforment leurs produits sur place, dans un transfert de compétences complet. »

   Pour mener à bien ses projets, pas de mystère : Fatoumata travaille tard dans la nuit au lieu de regarder les étoiles. En revanche, ce qu’elle ne sacrifie pas, c’est son entretien physique : « Je cours deux fois par semaine, c’est vital pour me concentrer et me relaxer. » Une manière de se préparer à suivre un véritable entraînement spatial ? « J’adorerais tester la centrifugeuse ! Et puis, devenir la première femme sur la Lune, pourquoi pas ! Mais il faudrait pour ça une campagne de recrutement et la dernière a eu lieu trop récemment. » Recruteurs, ne l’envoyez pas trop loin : « Le rêve ‘‘Mars One’’ (2) en 2024 n’est pas le mien : c’est un vol sans retour, j’aime trop la vie et la Terre pour ça. » —

(1) www.spacewomen.org. Visible jusqu’au 1er novembre 2015, au Musée des arts et métiers de Paris et dans le jardin de l’Observatoire de Paris.

(2) Projet visant à installer une colonie humaine sur Mars et l’occuper dès 2024.

Fatoumata Kebe en dates
- 26 juin 1985 Naissance à Montreuil (Seine-Saint-Denis)
- 2007 Obtient une licence d’ingénierie et un master de mécanique des fluides
- 2009 Formation de dix semaines à la Nasa
- 2009 Premier voyage au Mali
- 2012 Débute sa thèse sur la modélisation des débris spatiaux
- 2014 Création de Connected Eco

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