
2014 336 p. 35 €
Extrait Avant-propos
"En quelques années, grâce au pétrole et au gaz de schiste, les États-Unis ont créé l'équivalent de la production gazière de l'Iran et pétrolière de l'Irak... et cette révolution énergétique n'est que la partie visible d'une lame de fond qui balaie les côtes de nos certitudes : révolution des flux gaziers et de la géopolitique, création de nouveaux acteurs énergétiques, réindustrialisation des États-Unis, shale gas en substitut au charbon et en outil de baisse des gaz à effet de serre, etc. A l'heure actuelle, cette révolution s'internationalise et n'épargne aucune zone : Chine, Argentine, Australie, Royaume-Uni, Algérie en constituent des preuves, parmi d'autres.
Dans le débat sur le shale gas, outre quelques études d'impacts commandées par des groupes d'intérêt (industrie pétrochimique, OU & Gas ou gouvernements), rares sont les publications à aborder l'ensemble des retombées du shale gas de façon objective et exhaustive : technique, économique, environnemental, géopolitique ou sociologique.
Dans de nombreux pays, depuis 2010 et notamment la publication du documentaire Gasland, le débat sur le shale gas est animé par ses opposants, nombreux et bruyants. S'ils jugent son exploitation peu durable, ils lui reprochent surtout une faible rentabilité et de redoutables impacts environnementaux.
Si la cause est juste (protéger la nature contre l'exploitation supposée dévastatrice de l'exploitation du shale gas), les procédés utilisés laissent souvent dubitatifs : absences d'études scientifiques, images sensationnalistes, analyses souvent erronées et pédagogie simplificatrice. N'a-t-on pas vu en France, un futur ministre de l'Énergie résumant son intervention sur le shale gas à quelques secondes du bruit provoqué par une fracturation hydraulique enregistrées sur son téléphone, comme pour souligner les ravages insupportables du shale gas... Qu'aurait-on dit s'il s'était opposé à la construction d'une route ou d'un hôpital en faisant écouter un bruit de marteau piqueur ?
Face à des discours souvent «populistes», les partisans du shale gas sont généralement inaudibles, retranchés derrière des statistiques qui pèsent peu face au choc des images d'un robinet qui s'enflamme. Habitués à être montrés du doigt pour les méfaits du pétrole, les pétroliers ont bien du mal à défendre leur industrie pourtant exemplaire en terme de rigueur, de challenge technologique et de contribution au développement économique.
Qui se rappelle que 2/3 de l'énergie mondiale provient du pétrole et du gaz, que la production de 7 litres de lait nécessite 1 litre de carburant, que l'industrie pétrochimique a favorisé l'émergence des médicaments, que la mécanisation des tâches a amélioré l'espérance de vie... ou que le redressement de l'économie du Royaume-Uni doit autant à la production de la mer du Nord qu'à Margaret Thatcher. La Norvège reste pour sa part le meilleur exemple d'économie ayant réussi à gérer sa rente pétrolière en évitant les effets néfastes.
La révolution du shale gas reste donc silencieuse... et cependant terriblement rapide et, à bien des égards, porteuse d'espoir. Mature sur le plan technique et économique, l'exploitation du shale gas peut être encadrée par une réglementation rigoureuse. Via la fiscalité et la législation, les États peuvent alors utiliser la manne financière du shale gas au profit de la compétitivité des industries, des services de l'État et, pourquoi pas, d'une politique environnementale ambitieuse ! A l'heure où les déficits limitent le développement des énergies renouvelables, n'est-il pas raisonnable de produire du gaz en substitution du pétrole et du charbon qui sont plus polluants ? Ne peut-on pas utiliser une partie de la manne gazière pour subventionner les énergies renouvelables et l'efficacité énergétique ? Ne peut-on pas utiliser la rente gazière pour dépolluer les sols agricoles ?
Au terme de deux années d'une analyse approfondie et bien décidé à dépassionner le débat, ce livre tente de lever le voile sur l'industrie du gaz de schiste et explique en quoi cette ressource transforme en profondeur le monde énergétique et les rapports de force économiques et géopolitiques.
Je remercie tous ceux qui ont partagé leur expérience, de Houston à Alger et de Séoul à Caracas, notamment Dominique Barthe, Séverine Charon, Jean-Marie Chevalier, Mélissa Clodic, Marc Granier et Pierre Mas. Plus généralement, je dédie ce livre aux lanceurs d'alertes, aux entrepreneurs, à tous ceux qui partagent une quête du bien commun et qui ne négligent pas les petites choses sous prétexte de rêver d'en faire des grandes."
Présentation de l'éditeur
« Gaz de schiste : la fin » ; « Le mirage évanoui » ; « Des coûts de production élevés », « Le gaz de schiste vous rend heureux » ; « Miracle en Californie » ; « Le gaz de schiste sauve l'industrie américaine »... Le développement des gaz de schiste est au c ur des débats. Toutefois le sujet et ses enjeux restent difficiles à appréhender. Les nouvelles contradictoires se télescopent tandis que la rhétorique et la posture se substituent trop souvent à l'expertise et à l'objectivité. Dépassionnant le débat et au terme de deux années d'une analyse approfondie, l'auteur lève le voile sur l'industrie du gaz de schiste et explique, pas à pas, comment cette ressource transforme en profondeur le monde énergétique et les rapports de force économiques et géopolitiques. Destiné à un public de spécialistes, décideurs politiques ou simples citoyens, cet ouvrage apporte des réponses claires, argumentées et chiffrées aux questions qui agitent le débat : combien d'éoliennes pour remplacer une production de gaz de schiste ? Quels sont les risques environnementaux ? Comment les éviter ? Quelles retombées économiques pour les consommateurs, les industriels ou les États ? Quel est l'impact du gaz de schiste sur le prix de l'énergie ? Pourquoi les majors ont-elles raté le virage ? Pourquoi certains pays producteurs s'opposent au gaz de schiste ? Dans quels pays le gaz de schiste va-t-il se développer ?