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Homo sapiens technologicus (Michel PUECH)

   Il s'est progressivement spécialisé dans l'analyse critique de la modernité. Il publie dans les domaines de la philosophie de la technologie, de la réflexion sur le "soutenable" et plus largement sur les nouveaux systèmes de valeur. Son travail actuel se concentre sur la notion de sagesse.  

La consommation responsable, solution au développement durable?

Contributeur   Julien Josset | 03/06/2015  Youphil 

Un problème d'offre et de demande?

On pourrait donc se demander si l'essentiel du problème ne réside pas dans l'équation de l'offre et de la demande. Les entreprises ne se feraient pas prier pour "verdir" leurs offres s'il y avait une forte demande de produits écologiques de la part des consommateurs. À l'inverse, la demande pourrait aussi être créée par l'offre, pour peu qu'elle soit abordable: les consommateurs sont déjà enclins à acheter écologique et responsable lorsqu'ils le peuvent.

En d'autres termes, pas de production durable sans consommation responsable et inversement: la solution semble résider dans un engagement progressif des deux côtés. De la part des entreprises et des investisseurs, qui peuvent rendre accessibles et promouvoir des produits durables et responsables. De la part des consommateurs et de la société civile, qui peuvent encourager et militer pour un tel changement via l'acte d'achat et des actions citoyennes.

Développement durable et consommation responsable

Il est important de distinguer les deux termes, parfois confondus, de développement durable et de consommation responsable. Le premier désigne un modèle global qui prendrait en compte les aspects environnementaux et sociaux sur le long terme. Mais en l'absence de décisions politiques ambitieuses ou de changements significatifs de nos modèles économiques, il tient plus de l'utopie que d'une réalité effective.

Dans cette perspective, la consommation responsable apparaît comme le pendant et la condition d'un développement durable dont on n'espère plus qu'il naîtra d'un changement politique ou économique, mais d'une prise de conscience citoyenne. Elle serait un outil par lequel le consommateur peut agir sur le monde mais qui suppose, dès lors, qu'il soit le premier à être responsable.

Cette implication rencontre un problème majeur dans le fait qu'à court terme, le durable pourrait s'opposer au social. Peut-on raisonnablement imposer des normes éthiques et écologiques qui feront augmenter les prix, alors que les plus défavorisés peinent à subvenir à leurs besoins les plus élémentaires? Force est de constater qu'aujourd'hui, les communautés de consommateurs cherchent les bons plans avant de penser à leur empreinte écologique et que la consommation de produits estampillés biologiques, équitables ou "production locale" est très socialement marquée CSP+.

Certaines études montrent, de surcroît, qu'elle pourrait agir comme un "crédit moral" pour une petite partie de la population dont l'empreinte écologique est supérieure à la moyenne. L'enjeu semble donc résider dans la normalisation et la massification de ce type de comportement, qui en l'état s'apparente à une compensation éthique réservée aux plus riches.

Redonner le pouvoir au consommateur

Pourtant, les exemples de consommation responsable ayant eu un impact existent bel et bien. Le plus radical est celui du boycott: en visant à refuser systématiquement l'achat de certains produits pour des raisons sociales ou environnementales, il est potentiellement l'un des moyens les plus puissants au service de la consommation responsable. Si sa légalité est aujourd'hui partiellement menacée, personne ne nous suit dans les supermarchés pour nous accuser de ne pas acheter telle ou telle marque.

Le consommateur via l'acte d'achat et la société civile via les campagnes de sensibilisation ont donc théoriquement le pouvoir de faire changer les choses, mais encore faut-il que les conditions soient réunies pour qu'ils puissent l'exercer. Celles-ci peuvent-être à la fois juridiques (possibilité pour les consommateurs d'intenter des actions en justice, absence d'interdiction des boycotts) et économiques (pouvoir d'achat, produits biologiques et équitables accessibles à prix abordable).

Le philosophe Michel Puech, dans son ouvrage "Homo sapiens technologicus" (éditions Le Pommier), insiste sur l'importance des micro-actions: "Rien de grand ne se passe [...] sans être accompli par une multitude de micro-actions ou toléré par une multitude de micro-inactions". Ceci est particulièrement vrai à notre époque où l'influence des marques se mesure en nombre de "likes" sur les réseaux sociaux: le véritable levier du changement réside dans des actes individuels, d'achat ou de non-achat, d'engagement où de non engagement, de participation ou non de tout un chacun. La résistance civile théorisée par Henry David Thoreau et Gandhi n'aura jamais été aussi simple à mettre en pratique; le développement durable ne viendra pas d'une décision soudaine de l'ONU, de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) ou de l'Union européenne, mais d'une multitude d'actes individuels.

De nouveaux modèles émergent: une transition en marche?

Finalement, la véritable conjonction de l'offre et de la demande vers une économie plus durable est peut-être déjà en train de s'amorcer dans de nouveaux modèles émergents. Economie circulaire, financement participatif et consommation collaborative sont autant de moyens d'atteindre un développement dont l'empreinte écologique est moins coûteuse.

Ils suscitent aujourd'hui un engouement certain: à titre d'exemple, plus de dix millions de Français seraient aujourd'hui inscrits sur une plateforme de covoiturage, et un million auraient recours à ce service chaque mois. La crise économique de 2008 n'a pas forcément été un frein au développement durable, dans la mesure où elle a créé un terreau propice à ces nouvelles initiatives.

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