Cet amour pour la vie a du mal à imprégner la vie politique, non ?
Je ne suis pas naïve, tout cela est bien trop lent à se mettre en place. Lors de mon passage en Espagne, j’ai été très étonnée de voir que, même pour les chefs du parti Podemos (issu du mouvement des Indignés, ndlr), l’urgence est d’abord la gestion de la crise économique. Le réchauffement climatique ? On s’en occupera après… C’est une énorme erreur. Voir que le débat sur l’austérité en Europe ne mentionne jamais le climat est très frustrant. S’il y a une crise de l’emploi, il n’y a pas de meilleure façon de créer du travail qu’en traitant le problème climatique, c’est-à-dire en prenant à bras-le-corps cette grande transformation qui est en cours. Je ne sais pour quelle raison, chaque mouvement reste dans sa boîte. Cela dit, en France, vous avez la chance d’avoir des coordinations importantes, comme Attac, qui réunissent étudiants, syndicats, agriculteurs… Les mouvements sociaux convergent les uns vers les autres et cela va s’accélérer jusqu’au grand rassemblement de la COP21 (conférence internationale sur le climat, en décembre, ndlr) à Paris.
Qu’attendre alors de ce 21e sommet climatique ?
Nous savons tous que la COP ne va pas produire l’accord que nous souhaiterions tous et qui avait été promis à Copenhague (au Danemark, en 2009, ndlr). La Chine, l’Europe et les Etats-Unis ont déjà mis leurs propositions sur la table. Elles sont largement insuffisantes pour maintenir l’augmentation des températures à +2°C, nous sommes plutôt sur la voie des +4°C, si ce n’est plus. Il faut être honnête avec ça, il y a un énorme fossé entre les intentions affichées et la réalité des engagements pris. Mais il faut voir la COP comme un énorme projecteur qui va éclairer le problème climatique durant plusieurs mois. C’est aussi une opportunité en or pour que les mouvements sociaux articulent ensemble une réponse convaincante aux enjeux climatiques, qui serait également une réponse aux problèmes de chômage, d’investissements publics, de répartition des richesses, de justice sociale. Je vois le rendez-vous de Paris comme un potentiel catalyseur qui changerait les termes du débat public. Il faut qu’après Paris plus aucun homme politique n’ignore ces enjeux-là et que l’ensemble des gouvernements s’engagent vers des objectifs autrement plus ambitieux.
Journaliste errant dans les sujets environnementaux depuis treize ans. A Libération, mais de plus en plus ailleurs, s’essayant à d’autres modes d’écriture (Arte, France Inter, Terra of course, ...). Il y a deux ans, elle a donné naissance (avec Eric Blanchet) à Bridget Kyoto, un double déjanté qui offre chaque semaine une Minute nécessaire sur Internet