L'association pour le développement de l'initiative économique (Adie), seule structure de microcrédit professionnel en France, va élever le plafond de ses crédits de 6000 à 10 000 €. Si 45 % des emprunteurs sont chômeurs, 35 % sont des salariés et travailleurs indépendants précaires.
A l'aune du bilan de l’association de microcrédit Adie, la France de la précarité serait en train de croiser la France de l’entrepreneuriat. Tandis que le tableau socio-économique 2012 est noirci par l’augmentation du chômage, la hausse des défaillances d’entreprises et le statu quo des créations, l’Adie affiche une croissance de 8 % du nombre de ses clients. L’association a octroyé en 2012 plus de 11 000 microcrédits professionnels à des personnes en situation de précarité et qui ont pu créer leur entreprise en 2012. « Le fait est qu’il y a une forte dégradation du marché du travail [salarié]. Mais il y a aussi une appétence à la création d’entreprise et il faut savoir l’accompagner », estime Catherine Barbaroux, la présidente de l’Adie.
9e semaine du microcrédit en France
C'est l’événement annuel de l’association afin de promouvoir le modèle du microcrédit accompagné. C’est le financement de cet accompagnement des entrepreneurs par les salariés et bénévoles de l’Adie qui fait encore défaut aujourd’hui. Cette neuvième édition se déroulera du 4 au 8 février dans toute la France.
Mieux accompagner les seniors
Pour ce faire, l’association a annoncé deux nouveautés en 2013. D’une part le plafond des prêts passera de 6000 à 10 000 € à partir du 1er février. D’autre part, les plus de 45 ans seront l’objet de plus d’attention. Ceux qui représentent 42 % des emprunteurs de l’Adie bénéficieront de modules d’accompagnement spécifiques qui seront testés dans une quinzaine de régions pilotes cette année. Cette part des emprunteurs seniors n’est pas nouvelle et fait écho à la hausse du chômage des plus de cinquante ans (6,9 % des chômeurs fin 2012). Mais lorsque l’on sait qu’il y a près de quatre fois plus de chômeurs chez les 15-24 ans, (24,2 % des chômeurs fin 2012), il est aisé de constater que le microcrédit attire tout particulièrement des personnes qui ont eu une vie professionnelle avant de connaître le chômage. Selon une étude CSA commanditée par l’Adie, ce sont 520 000 seniors en situation de précarité qui se déclarent « tout à fait intéressés » par la création d’une activité à leur compte, soit 9 % de la catégorie. Leur première motivation est de travailler à leur compte.
L'Adie touche le plafond légal
La hausse du plafond de crédit de 6000 à 10 000 € est un petit événement pour l’Adie. L’association est la seule organisation non bancaire en France et à être autorisée à instruire directement des prêts professionnels avec intérêt. Dès l’origine de cette dérogation au monopole des banques sur l’activité, l’autorisation a été assortie d’un plafond de 10 000 €. Mais l’association se limitait volontairement à 6000 €. Les ambitions économiques de son cœur de cible – les chômeurs de longue durée et les bénéficiaires des minima sociaux – restent modestes et il ne fallait pas risquer de générer plus d’exclusion par des prêts disproportionnés. Le montant moyen d’un microcrédit octroyé par l’Adie se maintient à 3000 € sur un plan de financement total de 8000 €*.
Le microcrédit à 10 000 €, répond toutefois une demande de clients qui révèle la diversité des visages de la précarité aujourd’hui. « Les dossiers ne seront pas nombreux, mais il y a eu suffisamment de remontées du terrain pour que nous tentions de le faire », explique Emmanuel Landais, le directeur général de l’Adie. Qui peut alors pousser la porte de l’Adie pour solliciter un microcrédit de 10 000 € ? Selon les chiffres qui seront publiés dans le prochain rapport d’activité de l’association, 35 %** des clients de l’Adie en 2012 sont des salariés et des travailleurs indépendants. Autrement dit, le tiers des emprunteurs se tournent vers l’Adie car, malgré une situation professionnelle qui les sauve des statistiques du chômage, ils n’ont pas accès au crédit bancaire classique au moment de créer ou développer leur activité. Parmi eux se trouvent des entrepreneurs qui sont en capacité d’emprunter 10 000 € auprès de l’Adie.
Dans un paysage social ou se creusent les inégalités, le microcrédit n’est donc pas seulement l’outil d’inclusion financière des plus pauvres. Il est aussi l’instrument d’un maintien à la surface de toute une catégorie de salariés ou d’entrepreneurs dont la situation est située hors du radar des banques commerciales.
*Le prêt est complété en général par des aides à la créations mis en place par l’Etat (prêt d’honneur Nacre), par des aides régionales et éventuellement un apport du créateur.
** 45 % de chômeurs indemnisés ou non, 35 % de salariés et travailleurs indépendants, 16 % de travailleurs indépendants bénéficiaires des minimas sociaux. Les 4 % restant se répartissant sur des profil d’inactifs, femmes au foyers et bénéficiares d’allocations spéciales.
Philippe Chibani-Jacquot
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