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L'économie symbiotique

Nous assistons à une innovation radicale.  C’est la fin de l’économie pyramidale et de l’économie extractive. Cette économie se développe à partir des territoires et à partir de leurs ressources : ils produisent leur énergie, une grande partie de leur alimentation, utilisent les écosystèmes pour épurer, infiltrer, dépolluer, fertiliser produire des nouvelles molécules et des matériaux, en produisant davantage que les techniques conventionnelles tout en enrichissant les sols et la biodiversité. C’est une économie d’accès à l’usage plutôt que la possession et qui donc garde la matière première plutôt que de l’envoyer en décharge. C’est une économie aussi où les formes de collaboration coopérative s’accroissent ce qui permet de mutualiser les outils de production et de redistribuer la valeur économique générée.  Toutes ces nouvelles logiques économiques assemblées produisent ensemble une société latérale, en pair à pair et régénérant voire accroissant ses facteurs de production. 

Vous placez au cœur de l'économie symbiotique la restauration de l'environnement et des liens sociaux. Qu'entendez-vous par "restauration" ? 
Il faut regarder la réalité en face : nous avons détruit davantage d’écosystèmes ces cinquante dernières années que pendant toute l’histoire de l’humanité. Le patrimoine vivant de la Terre est donc à restaurer, et cela est l’urgence absolue car le vivant est à l’origine des conditions de vie sur Terre telles que nous les connaissons et dont nous dépendons. Nous devons aussi voir combien le système économique actuel a détruit les liens humains qui font la saveur et la qualité de notre vie : nos parents sont dans des mouroirs, nos enfants dans les mains de la baby sitter, et nos voisins sont devenus de parfaits inconnus. Les routes nationales coupent les villages en deux, et le lien social de plus en plus de personnes se confine à pavillon / télévision / supermarché. Le système économique actuel est devenu inhumain au sens propre : il va à l’encontre de l’épanouissement de ce qui fait la vie d’un être humain.

Le film « Demain » a montré que cette nouvelle économie est déjà en marche. Avez-vous l'impression que le mouvement s'accélère ?
En fait, nous sommes beaucoup plus avancés que nous le pensons. Dans absolument tous les secteurs, cette nouvelle économie s’est éclose, et ce dans le monde entier. Sans se concerter, les acteurs ont déployé les mêmes logiques, ce qui montre combien il s’agit d’un mouvement de fond très important et s’inscrivant dans une évolution historique de nos sociétés. Notre problème n’est pas un problème technique. Partout nous avons développé des techniques permettant de faire. Il n’est pas non plus de rentabilité : ces logiques économiques sont extrêmement rentables dès qu’elles trouvent leur marché et la plupart des logiques développées ne bénéficient d’aucune subvention, ce qui n’est pas le cas du système actuel dont beaucoup de pans ne survivent que grâce à un marché et une fiscalité favorable.

Le problème de cette nouvelle économie et de cette nouvelle société est qu’elle n’a pas encore pris conscience d’elle-même : les medias et le politique, qui ont le rôle de miroir social ne jouent pas ce rôle, ou très peu. C’est l’immense apport d’un film comme Demain. Demain n’a pu se faire que grâce au crowdfunding. Et enfin porté à l’affiche, il remporte le succès qu’on lui voit : les medias et les politiques ne sont pas conscients que l’attente de la population est là et qu’elle est forte. Les études sociologiques montrent que nos sociétés vivent un changement profond de paradigme, qui atteint 20 à 40 % de la population et qui correspond à la société que l’on voit dans le film de Demain. Mais ces mêmes 20 à 40 % pensent qu’ils ne représentent qu’au mieux 5 % de la population. Alors, se sentant isolés, ils n’y croient pas et restent dans un grand pessimisme. 

Comment les grandes entreprises multinationales peuvent-elles participer à cette révolution ? Ne risquent-elles pas d'être accusées de greenwashing ?
Une multinationale qui se fonde sur l’extraction, la réparation de la pollution ou la rétention de l’information comme le brevetage du vivant, n’aura plus sa place dans cette nouvelle économie. Les freins législatifs et réglementaires à la nouvelle économie deviennent d’ailleurs de plus en plus importants car elle est une menace pour des sociétés qui ont les moyens de faire lobby. 

Le maître mot de cette nouvelle économie est la diversité : nous avons besoin des petits comme des gros. Les gros ont la puissance d’investissement et d’action qui permet de faire levier. Ils peuvent s’associer avec les populations locales pour implémenter cette nouvelle économie. Dans l’agriculture, dans l’énergie, dans les infrastructures numériques dans la mobilité, on voit de plus en plus de grosses entreprises ouvrant le capital de leur projet à l’investissement citoyen : chacun s’en trouve gagnant. Entre les gros et les petits, là aussi il peut y avoir symbiose. Symbiose n’est pas intégration : chacun doit garder ses différences car c’est dans ces différences qu’ils trouvent leurs complémentarité.

Quels sont la place et le rôle des femmes dans cette nouvelle économie ?
Dans cette nouvelle pensée, beaucoup de pionniers sont des pionnières. Les femmes et plus généralement, le féminin, ont  un rôle de premier plan. On n’installe pas la collaboration sans la confiance et la bienveillance. Ce n’est pas de l’altruisme c’est du pragmatisme : pour que des collaborations fonctionnent, vous êtes obligés d’installer un climat de bienveillance et non pas de compétition. Et surtout, cette économie est une économie de la fertilité et de la beauté. Notre système économique actuel a oublié la notion de fertilité, il n’est que dans la conquête. Cette nouvelle économie associe ainsi le côté féminin de l’humanité, de la régénération des fonctions vitales et du soin de chacun dans sa différence, et le côté masculin d’une nouvelle vision du progrès. Je crois fondamentalement que nous sommes en train de rompre avec une vision du monde de plusieurs millénaires ; c’est une nouvelle ère qui s’ouvre à nous si nous choisissons d’en prendre la voie. 

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