
2012 9 €
Les essais anarchistes de Léon Tolstoï sont aujourd'hui introuvables. L'édition française les a oubliés, se focalisant sur ses romans comme Guerre et Paix, Anna Karénine, Résurrection. Heureusement, quelques "petites" maisons d'édition indépendantes se penchent sur l'oeuvre sociale de l'écrivain ces derniers temps. Le Passager clandestin a réédité Le Royaume des cieux est en vous, et je viens d'acheter L'Esclavage moderne, réédité par un tout nouvel éditeur qui s'appelle Le Pas de côté.
J'ai trouvé ce livre passionnant, court, percutant. Il m'a fait penser au Discours de la servitude volontaire de La Boétie et au Traité de la désobéissance civile de Thoreau. Ce n'est pas étonnant d'ailleurs, car Tolstoï avait lu ces deux auteurs et s'en est inspiré.
Je vous laisse lire la quatrième de couv:
"En dépit de la fascination que les gouvernements exercent sur les peuples, le temps bientôt sera passé, où les sujets avaient pour leurs maîtres une sorte de respect religieux. Le moment est proche, où le monde comprendra enfin que les gouvernements sont des institutions inutiles, funestes et au plus haut point immorales, qu'un homme qui se respecte ne doit pas soutenir et qu'il ne doit pas exploiter à son profit. Et quand ces hommes auront compris cela, ils cesseront de collaborer à l'oeuvre des gouvernements en leur fournissant des soldats et de l'argent. Alors tombera de lui-même le mensonge qui tient les hommes en esclavage. Il n'y a pas d'autres moyens d'affranchir l'humanité."
Forum anarchiste
« Pour une petite somme d’argent, qui leur donne à peine les moyens de se nourrir, des hommes, qui se croient des êtres libres, se condamnent à un labeur que le maître le plus cruel, au temps du servage, n’aurait pas imposé à ses esclaves. »
Ainsi s’exprime Léon Tolstoï dans son pamphlet L’Esclavage moderne. Dans une Russie en plein bouleversement, où les paysans quittent la campagne pour s’entasser en usine, Tolstoï décrit la misère des forçats de l’industrie, accuse la division du travail et l’inégalité criante, tonne contre la puissance d’asservissement de l’argent. Avec toute la vigueur de sa plume acérée, l’anarchiste accuse l’économie politique de justifier cette organisation sociale inhumaine. Il attaque la propriété, défendue par la violence de l’État, mais aussi la surconsommation qui enchaîne les travailleurs à la production d’objets inutiles. Pour Tolstoï, les hommes ne se libéreront qu’en refusant de collaborer au gouvernement et à ses lois iniques. Seule la résistance non-violente peut mettre un terme à l’esclavage moderne.
« La situation du peuple ne pourra être améliorée, si les ouvriers comme les gens de la classe riche ne comprennent pas enfin que quiconque veut servir les hommes doit sacrifier son égoïsme et que, s’ils veulent réellement porter secours à leurs frères et non pas satisfaire des convoitises personnelles, ils doivent être prêts à bouleverser leur vie, à renoncer à leurs habitudes, à perdre les avantages dont ils jouissent aujourd’hui, à soutenir une lutte acharnée avec les gouvernements, surtout avec eux-mêmes et avec leurs familles, prêts enfin à braver la persécution par le mépris des lois. »
Ce livre a été publié en 1901 aux éditions de la Revue blanche. Oublié depuis, il est pourtant l’un des essais anarchistes majeurs de l’écrivain russe. Cette œuvre puissante est digne de La Désobéissance civile de Henry David Thoreau ou du Discours de la servitude volontaire d’Étienne de La Boétie.
Recension dans La Décroissance n°92, septembre 2012.
Recension parue dans Christianisme aujourd’hui, septembre 2012.