2012 256 p. 8 € (en Poche)
Face à la crise globale du capitalisme, on voit désormais le FMI, des gouvernements ou des économistes célèbres brûler ce qu’ils ont adoré ? le marché ? et réhabiliter l’État qu’ils honnissaient. Nous vivons en fait l’amorce d’une « démondialisation ». L’histoire, la politique et les nations reprennent leurs droits avec le retour des États, que l’on disait naguère impuissants, et le recul des marchés, que l’on prétendait omniscients. Ce mouvement réveille de vieilles peurs. Et si cette démondialisation annonçait le retour au temps des guerres ?
Ces peurs ne sont que l’autre face d’un mensonge qui fut propagé par ignorance et par intérêt. Non, la mondialisation ne fut pas, ne fut jamais « heureuse ». Le mythe du « doux commerce » venant se substituer aux conflits guerriers a été trop propagé pour ne pas laisser quelques traces… Mais, à la vérité, ce n’est qu’un mythe. Les puissances dominantes ont en permanence usé de leur force pour s’ouvrir des marchés et modifier comme il leur convenait les termes de l’échange. Dans ce fétichisme de la mondialisation, il y eut beaucoup de calculs et de mensonges. Il faut donc établir le vrai bilan de cette mondialisation ? de ces apports et de ces méfaits ? pour penser rigoureusement la phase suivante qui s’ouvre.
Ce livre propose précisément les voies d’une démondialisation pensée et ordonnée par une nouvelle organisation du commerce et des relations financières internationales.
Le discours politiquement correct a installé l’idée que la « mondialisation » libérale (par lalibéralisation des échanges et de la finance) était un « phénomène » quasi naturel dessinant leprochain cadre universel et éternel où se poursuivrait l’histoire de l’humanité. Cette «mondialisation », que dans le reste du monde on dénomme « globalisation », n’est en fait qu’unmoment de l’histoire construit par une série de choix politiques inaugurée en 1973, avec l’abandondu système monétaire international de Bretton-Woods (1944). Et ce moment est en train des’achever !
Loin d’avoir dispensé les prétendus bienfaits des « marchés libres », la globalisation en a manifesté la nocivité en plongeant les nations dans de multiples impasses économiques, écologiques, sociales et géopolitiques.
Les pays émergents qui en tirent le plus grand profit, notamment en Asie, sont ceux qui déploient des stratégies de développement national en rejetant la « loi du marché », tout en profitant de la soumission volontaire ou forcée des autres pays à cette même loi.
Ces deux évidences conduisent vers une déglobalisation inéluctable, chaque pays ayant un intérêt manifeste à déployer des stratégies nationales et à se prémunir contre les effets destructeurs de la libéralisation financière et du libre-échange. A défaut d’être pensée, cette déglobalisation peut se faire dans le désordre et l’affrontement des nationalismes. C’est à conjurer cette perspective que s’attache l’auteur en dessinant une déglobalisation articulée sur une nouvelle organisation du commerce international et de la finance internationale. (Babelio)
Jacques Sapir, économiste, directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales, et à l'Université de Moscou, a notamment publié :
-Les Économistes contre la démocratie (Albin Michel, 2002),
-Les Trous noirs de la science économique (Seuil, « Points Économie », 2003),
-Quelle économie pour le XXIe siècle ? (O. Jacob, 2005),
-La Fin de l’eurolibéralisme (Seuil, 2006)
-Le Nouveau XXIe siècle (Seuil, 2008).