
2010, 20 rutod, 378 pages
En décembre 2009 à Copenhague, 40 000 personnes et 125 chefs de gouvernement se penchaient au chevet d'une planète malade. Il s'agissait pour la communauté internationale de définir un régime international pour lutter contre les changements climatiques.
Le Protocole de Kyoto, adopté en 1997 n'avait qu'un niveau d'ambition limitée en termes de réduction des émissions de gaz à effet de serre ; il n'impose de réduction chiffrée qu'aux seuls pays industrialisés qui l'ont ratifié, et cela pour une période expirant en 2012. Ni les États-Unis ni les grands pays émergents n'ont souscrit d'obligations de réduction de leurs émissions au titre du Protocole de Kyoto.
L'«Accord» négocié à Copenhague au sein d'un petit groupe de Chefs d'États n'a pu être adopté dans le cadre onusien et les négociations se poursuivent dans la perspective des conférences du Mexique (fin 2010) et de l'Afrique du Sud (fin 2011). Face aux impératifs économiques et de compétitivité internationale, ces négociations dessinent un régime international du climat profondément renouvelé.
La «diplomatie climatique» parviendra-t-elle à relever ce défi sans précédent ?
Ecrit à deux mains par un praticien et une scientifique, cet ouvrage permettra à tous ses lecteurs de mieux comprendre les enjeux des négociations actuelles et avenir, ainsi que les perspectives qu'elles ouvrent pour la gouvernance internationale de l'environnement à l'approche du Sommet «Rio+20».
Sandrine MALJEAN-DUBOIS, Directrice de recherche au CNRS, dirige le Centre d'études et de recherches internationales et communautaires à Aix-en-Provence (UMR 6201 CNRS-Université Paul Cézanne Aix-Marseille III). Auteur de Quel droit pour l'environnement ? (Hachette, 2008), elle a dirigé de nombreux ouvrages collectifs et publié un grand nombre d'articles scientifiques dans le champ du droit international et européen de l'environnement. Elle co-dirige le master 2 de Droit international et européen de l'environnement à l'Université Paul Cézanne Aix-Marseille III.
Matthieu WEMAËRE, avocat aux barreaux de Paris et de Bruxelles, exerce ses activités en droit international, européen et national de l'environnement depuis plus de quinze ans. Il est Chercheur associé à l'IDDRI (Institut du développement durable et des relations internationales) qu'il représente à Bruxelles auprès des institutions européennes, et est chargé d'enseignements à l'Institut d'études politiques de Paris et à l'Université Paul Cézanne Aix-Marseille III.
La terre est bleue comme une orange.
Paul Éluard, L'Amour la poésie (1929)
Les changements climatiques : quelle origine ? Quelles conséquences ?
L'Homme a aujourd'hui conduit la Terre «à la limite». Selon les auteurs d'un article paru récemment dans la revue Nature, la Terre présenterait neuf seuils biophysiques qui seraient - non sans liens entre elles - de véritables frontières à ne pas dépasser sans risquer des conséquences catastrophiques. Pour ces auteurs, nous aurions cependant déjà atteint le point de basculement pour au moins trois d'entre eux, s'agissant de la perte de biodiversité, du mouvement de l'azote et du phosphore et des changements climatiques. Ces derniers trouvent leur origine dans l'augmentation de la concentration en carbone de l'atmosphère, laquelle bouleverse l'équilibre climatique par un phénomène dit effet de serre (voir encadré n°1. p. 11).
Les auteurs de cet article de Nature rappellent qu'avant la révolution industrielle la concentration en carbone dans l'atmosphère s'élevait à environ 280 parties par million (ppm). Selon eux, cette concentration ne devrait pas dépasser 350 ppm. Pourtant, nous avons déjà atteint 387 ppm et nous nous orientons, selon les études et les scénarios, vers des concentrations à 450, 500, 550, 600 ppm et peut-être même davantage. Les auteurs en concluent que, de ce point de vue, nous sommes sortis d'un «espace de fonctionnement sécurisé» (a «safe operating space for humanity») pour entrer dans une zone à risque, éprouvant au-delà du raisonnable les capacités de résilience de notre biosphère.
Dès le milieu des années 80, les changements climatiques ont fait naître de vives discussions entre les scientifiques, s'interrogeant tant sur la part anthropique dans les changements que sur leur ampleur ou leurs conséquences. Le caractère aigu des controverses a motivé la mise en place d'un dispositif d'expertise sans précédent à l'échelle internationale par sa dimension et son mode de fonctionnement. Dans un contexte incertain d'«univers controversé», le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) a été créé conjointement par l'Organisation météorologique mondiale et le Programme des Nations Unies pour l'environnement, en 1988, avec une mission claire d'aide à la décision.
Près de 20 ans plus tard, ce même GIEC obtient, conjointement avec Al Gore pour son film Une vérité qui dérange (film couronné par un Oscar à Hollywood) le Prix Nobel de la Paix 2007. Le comité Nobel indique alors qu'il cherche «à attirer l'attention sur les processus et les décisions qui paraissent nécessaires pour protéger le futur climat du monde, et ainsi réduire la menace qui pèse sur la sécurité de l'humanité». Le texte précise : «L'action est nécessaire maintenant, avant que le changement climatique évolue au-delà du contrôle de l'homme».