
2012 380 p. 24 €
Ce livre développe la thèse d’une troisième révolution industrielle - que l’auteur appelle de ses vœux -, un nouveau paradigme économique qui va ouvrir l’ère post-carbone, basée notamment sur l’observation que les grandes révolutions économiques ont lieu lorsque de nouvelles technologies de communication apparaissent en même temps que des nouveaux systèmes énergétiques (hier imprimerie, charbon ou ordinateur ; aujourd’hui Internet & les énergies renouvelables). La Seconde Révolution Industrielle se meurt donc. Dans un futur proche, les humains génèreront leur propre énergie verte, et la partageront, comme ils créent et partagent déjà leurs propres informations sur Internet. Cela va fondamentalement modifier tous les aspects de la façon dont nous travaillons, vivons et sommes gouvernés. Comme les première et deuxième révolutions industrielles ont donné naissance au capitalisme et au développement des marchés intérieurs ou aux Etats-nations, la troisième révolution industrielle verra des marchés continentaux, la création d’unions politiques continentales et des modèles économiques différents. Le défi est triple : La crise énergétique, le changement climatique, le développement durable. Ces défis seront relevés par un changement de la mondialisation à la « continentalisation ». C’est-à-dire la fin d’une énergie divisée, pour une énergie distribuée.
Un livre optimiste, par ces temps de déprime collective, ça fait évidemment du bien, d'autant que ce qu'il propose s'appuie sur des analyses solides et des exemples concrets. Son point de départ est partagé par la plupart des scientifiques (à l'exception de ceux qui - par intérêt ou par inconscience ? - se rallient au " tout va très bien, Madame la Marquise ") : il nous faut passer de toute urgence à un système de production à moindre intensité en carbone.
Comment ? C'est là que le propos devient atypique, car notre auteur récuse le nucléaire et les systèmes de production qu'il appelle " verticaux " ou centralisés. Il nous faut des énergies renouvelables produites par chaque immeuble, chaque maison, chaque ville. Lesquels, correctement isolés et équipés, deviendront autant de mini-centrales électriques, le surplus des uns étant mis à disposition des autres via un réseau de distribution " intelligent ", fonctionnant par information et partage. Le problème de l'intermittence de ces sources d'énergie sera réglé par le recours à des formes de stockage de type hydrogène. Enfin, la circulation des voitures et des camions sera assurée par des piles à combustible (hydrogène) ou par des piles rechargeables.
Utopie ? Pas du tout, rétorque l'auteur : l'Union européenne est très en avance dans tous ces domaines. Et le modèle que deviendrait ce système de production énergétique décentralisé à l'extrême pourrait changer le système économique lui-même : le capitalisme centralisé des grandes unités de production céderait la place à un capitalisme " distribué ", où l'on produirait des services et non plus des objets, où la mondialisation céderait la place à ce qu'il appelle la " continentalisation ", rassemblant des régions proches, où les consommateurs privilégieraient les produits à faible entropie. La formation aussi se transformerait, les hiérarchies verticales cédant la place aux réseaux coopératifs où chacun s'enrichit du partage avec l'autre.
Cette vision de l'avenir ressemble fort au saint-simonisme d'antan. Et c'est là que le lecteur, jusqu'alors intéressé, voire convaincu, devient méfiant. Un peu comme devant ces vendeurs de foire qui vous racontent qu'acheter leur presse-purée va changer la vie. Les exemples cités vont dans ce sens, mais n'est-ce pas aller vite que d'avancer qu'ils se généraliseront ? Bref, un livre qui traite du souhaitable sans convaincre qu'il soit possible.