Tellement loin, donc, que le nouveau directeur de l'administration, l'inspecteur des finances Jean Bassères, a décidé de battre en retraite : désormais, les 45 400 conseillers de Pôle emploi ne seront plus tenus d'organiser que quatre rendez-vous au cours des neuf premiers mois d'inactivité. Et seuls les 300 000 inscrits les plus éloignés de l'emploi se verront proposer un suivi plus assidu, avec des agents n'ayant pas plus de 70 chômeurs dans leur portefeuille. Sans doute faut-il reconnaître à la démarche un certain pragmatisme, comme l'ont fait le gouvernement et la CFDT. Reste qu'en période d'explosion du chômage ces renoncements contraints par l'absence de moyens paraissent insupportables aux inscrits.
Et les choses ne sont hélas pas près de s'arranger. D'abord parce que le sous-emploi de masse est en train d'enrayer totalement ce service public, dont les bénéficiaires comprennent de moins en moins le fonctionnement. Ces derniers temps, en effet, Pôle emploi a dû faire face à une explosion du nombre de ses inscrits (+ 7 % au premier semestre 2012), tandis que le nombre d'offres de recrutement, lui, chutait.
Ajoutez à cela que la qualité des jobs proposés, elle, s'est drastiquement dégradée en 2011, 11 millions de contrats portaient sur une durée inférieure à une semaine et vous comprendrez pourquoi, désormais, 62 % des dossiers traités par Pôle emploi concernent les cas complexes de chômeurs enkystés comme Maurice K. dans un dispositif dit d'« activité réduite », cumulant, au mois le mois, des petits jobs éphémères aux salaires ultrachiches, avec un peu d'allocation de retour à l'emploi (ARE), une pincée de revenu de solidarité active (RSA) ou encore un bout d'allocation spécifique de solidarité (ASS). Un dispositif si alambiqué que, selon la dernière enquête de l'Unedic, 92,4 % des bénéficiaires en ignorent les règles précises d'indemnisation ! Et, côté administration, c'est une galère sans nom.
« Cette énorme surcharge de travail embourbe Pôle emploi », s'alarme ainsi Jean-Louis Walter, médiateur de ce service public, et ancien secrétaire général de la CFE-CGC. De sorte qu'en cette rentrée les 32 000 conseillers en charge de l'accueil des chômeurs ne consacrent que deux ou trois demi-journées par semaine à cette activité.
Propositions de postes rares