May Boeve ne marche pas à la colère mais « à l’inquiétude et l’espoir ». L’inquiétude car « nous savons que la concentration maximale de CO2 dans l’atmosphère, 350 ppm, est dépassée ». L’espoir, parce que « le mouvement climatique n’a jamais été si puissant ». L’ONG dont elle est directrice, 350.org (baptisée en référence au seuil fatidique), va de succès en succès. Dernier inscrit au palmarès : l’abandon du pipeline Keystone XL qui devait transporter le pétrole extrait des sables bitumeux du Canada vers les Etats-Unis. « Honnêtement, ce combat-là, je ne pensais pas qu’on le gagnerait, je m’attendais à une victoire en demi-teinte qui n’en aurait pas été une », confie-t-elle. Galvanisée par les récentes annonces, l’ONG compte accélérer. « Si je suis à la COP21, c’est pour préparer l’après », confie-t-elle. Le 10 décembre, 350.org a annoncé pour la deuxième semaine de mai des mouvements massifs de désobéissance civile à travers le monde (du Canada à l’Indonésie), ciblant directement les projets en lien avec les énergies fossiles.
Gourde de randonnée
Avant que son ONG ne se lance dans ces combats, May Boeve organisait des Journées mondiales pour le climat dont les temps forts étaient des marches et happenings. Le passage à l’action directe est une « réponse à ce qui ne s’est pas passé à Copenhague (conférence sur le climat en 2009, ndlr) ». « Dans une démocratie qui fonctionne, face à un problème si important et avec un tel niveau de mobilisation, un gouvernement aurait agi, raconte-t-elle. Mais nous avions sous-estimé la force des lobbies. A Copenhague, on a réalisé que dire aux gouvernants « regardez comme nous sommes nombreux à être inquiets n’est pas suffisant ». Pour autant, la militante ne renie pas ses premiers modes d’actions. Une semaine avant l’ouverture de la COP21, elle marchait en Californie. « Ce sont des moments de fête, de joie », souligne celle qui a fait de son combat une source d’épanouissement personnel.
Même dans les allées de la très officielle zone bleue du Bourget (la zone internationale où vivent négociateurs, ONG et journalistes, notamment), l’espace le plus restreint de la COP21, une gourde de randonnée dépasse de sa sacoche en bandoulière. « Prendre sa propre bouteille, faire du vélo, sont des gestes importants, ils nous font se sentir bien en tant que personne, commente-t-elle. Simplement, il ne faut pas confondre l’action individuelle avec la nécessaire pression collective. »
« Ici, la culture masculine domine »
Depuis sa table du hall 5, la jeune femme envoie, sans s’interrompre, un sourire ou un signe de la main à intervalle régulier. Ici, elle est en terrain ami. « Je rencontre enfin des gens avec qui je suis en contact depuis des années », précise-t-elle pour expliquer sa venue à Paris. « La plus grande force de May, c’est de chercher à comprendre le parcours de chacun, reprend Jamie Henn. Cela lui permet de trouver chez des gens très différents les points communs qui leur permettront d’agir dans la même direction ». A Bill McKibben, le fondateur de 350.org, le rôle de figure de proue. A May la tâche de construire les passerelles. « Lorsqu’en 2013, nous avons décidé d’avoir une directrice exécutive, le choix de May s’est fait tout naturellement », raconte Jamie Henn.
Pourtant, la présence une femme de 31 ans à la tête d’une ONG représentée dans 188 pays n’est pas forcément perçue comme naturel. « En réunion, je suis souvent la seule femme alors forcément ça se remarque, reconnaît-elle sans cesser de sourire. Parfois, se faire remarquer est une force, parfois ça rend juste les choses plus compliquées. » Le tableau change légèrement en élargissant le cadre. « Il y a beaucoup de femmes de haut rang qui travaillent sur le climat, comme Christiana Figueres (secrétaire exécutive de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, ndlr), nuance May Boeve. Mais en dehors du milieu, on entend rarement parler d’elles, elles n’ont pas la reconnaissance qu’aurait un homme au même poste. Ici aussi la culture masculine domine et je crois qu’on doit également s’y attaquer ». Inoffensive, vous disiez?
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