Retrouvez le traitement en infographie qu’Altermondes à consacré au rapport de Global Witness.
N. B. : De nos jours, à part peut-être dans les pays du Nord, c’est dangereux d’être un militant environnementaliste. La plupart des dommages environnementaux contre lesquels nous nous battons sont liés au fait de vouloir exploiter toujours plus de ressources pour maintenir un niveau de consommation élevé. Les zones les plus rentables pour investir du capital sont des endroits comme l’Afrique. On y trouve des dommages causés par l’exploitation des mines, la déforestation, l’accaparement des terres, la conversion des terres agricoles en plantations d’agrocarburants, les fuites de pétrole… Lorsque tu commences à te battre contre ces dommages, le système réagit. Je viens de lire un rapport de Global Witness : en 2014, on estime que chaque semaine, deux militants perdaient la vie en raison de leur mobilisation. Les communautés qui se trouvent en première ligne sont tout à fait conscientes que c’est une question de vie ou de mort. Mais pour elles, il n’y a pas d’entre-deux, il faut choisir son camp : soit tu te bats pour la vie, soit tu permets la destruction et tu meurs. C’est ainsi. Etant donné la nature irrémédiable du conflit, il est très simple de mobiliser les gens. Ils ne se battent pas pour passer leur temps, pour le plaisir. Non, ils combattent pour survivre. C’est aussi sérieux que cela.
N. B. : Si nous voulons sauver la planète d’un réchauffement climatique dramatique, les combustibles fossiles doivent rester sous terre. La « fossilisation » de la civilisation est en train de tout détruire et de dégrader le climat. Dans le Delta du Niger, où l’on extrait du pétrole depuis une cinquantaine d’années, on assiste à une dégradation constante de l’environnement : disparition des moyens de subsistance, de l’eau potable, perte de terres cultivables. Cette activité a beau rapporter des revenus importants au gouvernement, mais elle n’améliore pas la vie des Nigérians car elle empêche le développement d’activité économique pour les populations locales. Le plus important en Afrique demeure cependant l’accès à l’énergie. Car on pourrait avoir l’énergie la plus renouvelable qui soit, mais si personne n’y a accès, c’est tout aussi problématique. Les Africains préfèrent avoir une énergie propre, mais encore faut-il qu’ils y aient accès. Or, la tendance est à la privatisation des sources d’énergies dont le contrôle passe du public aux investisseurs privés. Et on revient ainsi à des questions de manque de démocratie, de transparence…
N. B. : Un continent divisé fait l’affaire des responsables des transgressions car ainsi il n’y a pas de voix forte pour leur résister. Progressivement, nous en venons à créer des alliances sur le continent, parce que les défis que nous rencontrons sont les mêmes. Sur les OGM, il y a l’African Food Sovereignty Alliance, sur les questions de justice climatique, OilWatch Africa, qui est mobilisé contre les combustibles fossiles. Ces alliances rassemblent des gens de tout le continent partageant la même philosophie, les mêmes idées, les mêmes objectifs. Il s’agit de mouvements venant de la base, pas des leaders. La base est plus unie que les leaders.
N. B. : C’est l’un des grands défis que nous devons relever. Comment attaquer des entreprises qui ont autant de filiales, qui sont enregistrées dans différents endroits, sous différents noms
? Je considère qu’il faut agir sur deux fronts. D’abord la solidarité internationale, à travers des actions dans les pays où ces firmes ont leur siège. Mais aussi des campagnes communes menées par les militants présents dans les zones où ces entreprises mènent leurs activités, partout dans le monde. Ensuite, il faut des poursuites judiciaires. C’est déjà arrivé : Shell a été poursuivie devant la justice néerlandaise par des agriculteurs nigérians. La cour a reconnu que Shell était responsable de ce que fait sa filiale au Nigeria. La même chose s’est produite au Royaume Uni, où Shell a été reconnue coupable et a accepté de payer des dommages et intérêts pour des abus politiques dans l’Ogoniland, au Nigeria. C’est une manière d’affirmer que les grandes entreprises ne peuvent pas se cacher derrière leurs filiales. Cela concerne aussi bien l’Afrique que le reste du monde, car les entreprises sont devenues si puissantes, qu’elles ont pris en main toutes les institutions. Même les présidences des pays les plus riches sont devenues les porte-parole des multinationales. Ils les écoutent plus qu’ils n’écoutent les citoyens, et ils se battent pour les intérêts des entreprises plus que pour l’intérêt des citoyens. C’est à cette mainmise sur les institutions que nous devons résister collectivement.
N. B. : Depuis longtemps les conférences sur le climat ont dérivé. En 1997 à Kyoto, une grosse erreur a été commise lorsque les mécanismes de marché ont été acceptés dans le plan de lutte contre le réchauffement climatique. Le coup de grâce, ce qui a presque enterré cette lutte, est arrivé avec l’accord de Copenhague, qui plutôt que d’exiger des engagements fermes en matière de réduction d’émissions de gaz à effet de serre, a laissé la place à des objectifs volontaires. Sans compter la compensation carbone, qui permet aux pollueurs qui peuvent payer, de continuer à polluer en Europe sous prétexte qu’ils plantent des arbres en Afrique. Ce n’est pas de cette façon qu’on luttera contre le réchauffement climatique. A Paris, les leaders vont s’auto-congratuler alors que le monde risque d’être dans un état pire qu’avant parce qu’ils n’ont pas été capables de faire ce qui doit être fait : réduire les émissions à la source, arrêter la compensation carbone et le marché des émissions carbones, laisser les combustibles fossiles sous terre. On fixe des objectifs à la fin du siècle, quand la planète sera rôtie, brûlée. C’est quoi cette logique ? Je ne pense pas que la COP21 fera mieux que les précédentes. Mais Paris a la possibilité de donner un espoir au monde, si les citoyens de ce monde se mobilisent, proposent des alternatives et prennent le leadership dans la lutte contre le réchauffement climatique