Et si le Salon de l’agriculture devenait le Salon de l’agro-écologie? L’idée paraît de moins en moins saugrenue.
Les chroniques des dérives de l’agriculture qui détruit les abeilles, les scandales sanitaires à répétition, ou encore le gâchis alimentaire alertent de plus en plus l'opinion. Les citoyens se tournent d’ailleurs davantage vers des modes de consommation alternatifs, plus responsables socialement et écologiquement.
L’agro-écologie est une démarche visant à réduire au maximum l’impact de la production agricole sur l’environnement. Pas de recette miracle ou de cahier des charges précis comme pour l’agriculture biologique, mais une philosophie: l’adaptation.
En effet, les défenseurs de l’agro-écologie prônent une adaptation de l’agriculteur à son territoire, à l’écosystème qui l’entoure. Cela peut se traduire par un respect des ressources, en économisant l’eau; la réduction de l’usage de produits phytosanitaires ou encore dans le choix de cultures adaptées aux sols.
Plus qu’une “simple alternative agronomique” selon Pierre Rabhi, l’un des pionniers de cette agriculture dans les pays du Nord comme du Sud, l’agro-écologie est décrite à la fois comme une philosophie, une science et des pratiques.
“C’est une démarche extrêmement technique qui vise l’innovation permanente. Ce n’est pas un retour en arrière”, insiste Amandine Lebreton, agronome et coordinatrice des questions d’agriculture et d’alimentation pour la fondation Nicolas Hulot. Adieu, donc, l'image d'un retour à la terre refractaire à toute technologie.
L’intérêt de l’agro-écologie est qu’elle représente une collection de réflexions et d'innovations locales qui s’adaptent à des territoires particuliers. Ce qui est valable dans une exploitation du Sud-est, où il fait chaud et sec, ne l’est pas nécessairement en Bretagne, par exemple.
Cette démarche peut donc englober les autres concepts d'agriculture responsable. Amandine Lebreton explique que l’agriculture paysanne est attachée à une approche familiale et sociale, ou que l’agriculture durable vise d’abord l’autonomie vis-à-vis des intrants extérieurs (produits phytosanitaires, engrais etc.).
Moins isolé qu’on peut le croire, ce mouvement ne concerne pas que les altermondialistes convaincus. On trouve parmi ses défenseurs dans la société civile, des associations comme Terre et Humanisme, Terre de Liens, des réseaux d’agriculteurs (Civam), ou encore le syndicat de la Confédération paysanne.
Mais le concept a gagné du terrain sur le plan politique. L’agro-écologie fait même l’objet d’un projet présenté par le ministre de l’Agriculture, le 18 décembre 2012. Stéphane Le Foll souhaite notamment mettre en place une fiscalité écologique et créer des laboratoires d'innovation et d'investissements: les“Groupements d’intérêt économique et environnemental (GIEE)”.
Intégré dans la loi d’avenir de l’agriculture qui sera présentée en 2013, le projet du gouvernement ne pourra trouver un écho important que si l’Union européenne vote une réforme de la PAC (en juillet 2013) qui maintienne des mesures pour “le verdissement” de l’agriculture. Il s’agit d’intégrer des critères environnementaux dans l'attribution des subventions agricoles, par exemple.
Pour le GroupePAC2013, groupe de pression au niveau européen, la réforme de la PAC telle qu’elle a été présentée au Conseil européen est vidée de son sens. Alors que le principal syndicat agricole, la FNSEA, se réjouit de"l'assouplissement” de “certains éléments du verdissement”.
La réforme de la PAC est un moment crucial pour développer l’agro-écologie à l’échelle européenne. Cependant, le premier contre-argument des pourfendeurs de ce modèle reste la viabilité à grande échelle de cette agriculture responsable. Va-t-on arriver à nourrir tout le monde?
“Aujourd’hui, on produit assez en ‘tonnes d’équivalent céréales’, défend Amandine Lebreton. On en jette la moitié. La faim dans le monde n’est pas un problème de quantité mais de pauvreté. L’agriculture européenne ne doit pas avoir pour but l’exportation. Cette vision de 'l’agriculture qui nourrit le monde’ est altérée."
Les citoyens européens semblent favorables à des mesures pour une agriculture plus respecteuse de l'environnement. Un récent sondage WWF dans six pays européens sur le budget de la PAC va dans ce sens. Pour 78% des sondés, il faut que les “subventions agricoles soient versées sur la base de pratiques favorisant une agriculture durable dans le cadre de la politique de développement rural et non sur la simple base du nombre d’hectares (16 %)”, relate le média en ligne Euractiv.
