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School business... (Arnaud PARIENTY)

   Un état des lieux édifiant qui s'adresse aux parents d'élèves, aux enseignants, comme à tous ceux qui veulent comprendre les nouvelles règles du jeu et l'ampleur de la révolution en cours. 

  Arnaud Parienty, diplômé de Sciences Po, est professeur agrégé de sciences économiques et sociales au lycée de Courbevoie (92). Auteur de nombreux ouvrages, notamment
   -Productivité, croissance, emploi : La France dans la compétition mondiale (Armand Colin 2005) ;
   -Protection sociale : le défi (Gallimard 2006) et
   -Fiscalité : L’impossible réforme ? (Le Monde Editions 1997).
  Il collabore régulièrement à Alternatives Économiques (voir son blog).
 

  " En ces temps de rentrée, voici des nouvelles du système éducatif français. Le coeur en reste ce qu'il a toujours été, public et financièrement abordable. Mais un "shadow school system", un enseignement où "les principes d'égalité et de gratuité sont devenus de vains mots", se développe à grande vitesse. Tel est le constat, nourri d'analyses et de l'expérience de son poste de professeur d'économie dans un lycée privilégié, que propose Arnaud Parienty.

  L'école française est inégalitaire, on le savait. Nous sommes parmi les pays où l'origine sociale des parents compte le plus dans la réussite des enfants. Etre issu d'un bon milieu, c'est avoir accès aux bons établissements. Les 2,5 km2 des grands lycées parisiens fournissent plus de normaliens que tout le reste du territoire français. La géographie n'explique certainement pas tout, il y a de bons élèves ailleurs, mais Arnaud Parienty montre que le niveau de revenus devient, de manière croissante, un facteur clé de la réussite scolaire.

  Le boom de l'éducation privée

  Cela commence avec les cours particuliers. Certes, les rendements en sont décroissants : on ne peut ajouter les heures de soutien aux heures de soutien, simplement parce qu'on en a les moyens. Mais, limitées, elles permettent des progrès. Cela représente chez nous un marché de 1,5 à 2 milliards d'euros par an, le premier en Europe. L'essentiel se fait au noir, les parents chefs d'entreprise et professions libérales en sont les premiers demandeurs, devant les cadres.

  Mais le boom de l'éducation privée concerne aussi les préparations aux concours post-bac. La France est victime du syndrome "tout sauf la fac". Les parents sont prêts à payer - cher - pour une voie alternative. Face à cette demande, l'offre a répondu présente et avec une réelle efficacité. Les élèves moyens d'écoles de commerce trouvent de bons jobs grâce aux réseaux de l'école, aux stages et à un encadrement qui leur apprend à se vendre. Dans l'enseignement supérieur, "80 % de l'augmentation du nombre d'étudiants depuis dix ans sont liés à des formations privées". Les tarifs des écoles de commerce ont fait grimper les prix, mais le reste de l'enseignement supérieur suit et les parents aussi : même onéreuses, les études supérieures restent très rentables en termes d'emploi et de carrière.

  Un marché lucratif

  Comment financer tout cela ? Les enfants des classes populaires survivent avec des bourses ; ceux des classes moyennes ont recours à l'emprunt quand les parents ne sont pas trop endettés par ailleurs et peuvent offrir leur garantie ; ceux des milieux plus favorisés se reposent sur leur famille. Et 45 % des étudiants ont un travail rémunéré en parallèle, un chiffre en hausse.

  Le manque de moyens du public et la crainte du chômage nourrissent une demande de formation à laquelle des entreprises privées savent répondre de manière diverse et performante. En plus des frais de scolarité, elles sont souvent financées par des fonds d'investissement qui voient là un secteur d'avenir rentable. Il y a un marché, des entrepreneurs, des stratégies, des marques, une évaluation des produits, etc. "L'éducation n'est pas une marchandise. En fait, si", elle l'est devenue."

  Christian Chavagneux
Alternatives Economiques n° 349 - septembre 2015

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