Eklablog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Publicité

Sofia Gàtica: portrait

Sous la pression de leur association, de nouvelles études sont effectuées. Les résultats sont formels : le taux de mortalité par cancer est de 33%, on retrouve jusqu’à six produits agrochimiques dans le sang de 80% des enfants (1). En 2009, l’épandage aérien est enfin interdit près des habitations. En 2012, un producteur de soja et un épandeur sont condamnés à trois ans de prison avec sursis. Un verdict historique. Mais qui ne satisfait pas Sofía. « Le soja transgénique continue d’être le modèle sur lequel repose le pays. C’est une vraie réforme agraire dont nous avons besoin. » Près de 80% des terres argentines cultivées sont occupées par des OGM. La lutte ne fait que commencer pour Sofía, mise sur le devant de la scène par l’obtention du prix Goldman pour l’environnement en 2012, dont elle assure avoir partagé les gains avec ses compagnes de lutte et les malades du quartier, qu’elle et sa famille ont quitté il y a deux ans. « Elle ment ! », s’étrangle Marcela Ferreyra. Cette autre mère l’accuse d’avoir empoché l’intégralité des 150 000 dollars (122 000 euros), « qui auraient dû être collectifs ». « Le problème, explique Vanesa Sartori, du groupe Malvinas Lucha por la Vida (Malvinas lutte pour la vie), est la tendance à ramener une lutte communautaire à une seule personne. » De fait, Sofía devient le visage du combat. Elle est partout, tout le temps. Quand, en 2012, la présidente, Cristina Kirchner, annonce l’installation par Monsanto d’une des plus grandes usines au monde de traitement de semences de maïs MON810 – interdit en France – dans la petite ville de Malvinas Argentinas, à une vingtaine de kilomètres de Córdoba, son sang ne fait qu’un tour : « Il faut empêcher ça ! » Les habitants de la ville ne l’ont pas attendue. Réunis en assemblée, ils organisent réunions, ateliers, manifestations. Sofía se joint à eux.

Institutrice à lunettes

Le 19 septembre 2013, un campement est installé pour bloquer l’accès au chantier. Par sept fois, la police intervient. Par sept fois, elle doit reculer. Là encore, c’est Sofía que l’on voit sur les écrans. Elle se couche devant les roues des camions. Les policiers la traînent par terre. Elle se débat, reçoit des coups, se libère, y retourne en rampant. Ce n’est que parce qu’elle s’évanouit qu’ils viennent à bout de cette femme si frêle d’apparence, qui se dit prête à mourir pour sa cause. « Seule une balle pourra freiner la lutte ! », lance-t-elle sur scène lors d’un spectacle de Manu Chao. Les menaces de mort ont d’ailleurs repris. Mais Monsanto est toujours bloqué.

S’attendait-elle, Sofía, avec sa vie de mère au foyer, ses chemisiers rentrés dans son jean et son air d’institutrice à lunettes, à être invitée sur les plateaux télé ou à Bruxelles pour demander une réforme de la Politique agricole commune ? « Je n’aurais surtout jamais imaginé devoir faire le travail de l’Etat, celui de la défense des citoyens, souligne-t-elle. Aujourd’hui, c’est devenu toute ma vie. Je n’ai plus rien à perdre : on m’a déjà tout pris. »

Sofía Gática en dates

1997 Sa fille de trois jours décède

2002 Crée son association à Córdoba

2012 Prix Goldman pour l’environnement

L’impact

Epandage aérien interdit près des habitations

122 000 euros remis par le prix Goldman

  Angeline Montoya  (29/12.2014)

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article