D’une part, la pulvérisation par avion n’est plus si rentable. « Face à la multiplication des parasites on a constaté une baisse d’efficacité », explique Arnaud Descôtes. Et pour cause, « 75% des produits déversés par aéronefs n’atteignent pas leur cible », rappelle Nadine Lauverjat. D’autre part « la méthode va à l’encontre de notre engagement de réduction des intrants », reprend le responsable environnement du CIVC. En quinze ans, le groupement de vignerons a diminué de moitié les quantités de produits appliquées. D’ici à 2020, il table sur une nouvelle baisse de 50 %. Autant d’efforts presque passés inaperçus. « Dès qu’un article parle d’épandage aérien, on lui colle une photo d’aéronef planant sur les vignobles de Champagne, en terme d’image c’est désastreux », soupire Arnaud Descôtes.
« On a brisé des équilibres naturels »
Parmi les 15 000 vignerons champenois, l’idée de ranger hélicoptères et avions au garage est plutôt bien passée. « Dès 2005, chacun s’est dit que la loi allait se durcir et qu’il fallait anticiper », explique le salarié de la CIVC. Dix ans plus tard, la fermeté n’est toujours pas d’actualité, mais en Champagne les méthodes de traitement ont tout de même changé.« Jusqu’aux années 1990, on balançait des produits en grosses quantités, on a brisé de équilibres naturels, reconnaît Arnaud Descôtes. On a éradiqué des insectes utiles ce qui a entraîné la prolifération de nuisibles, comme les araignées rouges. Résultat on pulvérisait de plus belle. » Aujourd’hui les vignerons tentent de briser le cercle vicieux. Sans pour autant tirer un trait sur la chimie. « On devient des techniciens » , explique Gérard Beurton, vigneron dans la Marne. Depuis qu’il a arrêté l’épandage aérien, son usage des produits phytosanitaires est devenu plus précis et plus limité. « Et ça n’a rien changé aux rendements », s’étonne-t-il. De là à envisager un sevrage complet... En Champagne, les parcelles bio ont beau être six fois plus étendues qu’il y a dix ans, elles ne représentent toujours que 1,2 % des terrains. Dans sa vigne, Gérard Beurton a enherbé ses allées pour que les tracteurs chargés de pesticides prennent la relève des avions sans s’embourber.