Eklablog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Publicité

"Super trash" (film)

   "Super Trash " : un voyage choc dans l’enfer de nos poubelles

"Super trash" (film)   Mercredi 10 Juillet 2013
    Bruno Rieth - Marianne
 
  "Super Trash ". Un film de Martin Esposito.
  Sortie nationale le 9 octobre 2013.
  Durée 1h14.
  Distribution Kanibal Films Distribution.
  Production : Mother & Son et In Production.
 
 Pour en savoir plus : consultez le site Supertrashlefilm.com ou la page spéciale que nous lui avons dédié sur Marianne.net
Martin Esposito s’est installé durant deux ans à côté d’une décharge des Alpes-Maritimes pour en filmer la réalité. De cette « plongée » au cœur de nos ordures, il en a ramené « Super Trash », un long-métrage choc à voir absolument et diffusé, ce mercredi 10 juillet, en avant-première à Marseille.
 
Imaginez des collines d’ordures, des vallées de détritus, faites d’un mélange de plastiques, de déchets organiques, de carcasses animales et d’excréments. Le fracas permanent des centaines de camions qui déversent encore et encore, inlassablement, leurs cargaisons fétides. Imaginez maintenant l’odeur acre et irrespirable qui s’en dégage et les tourbillons de poussière emportés par le vent… Bienvenue à la « Glacière-sur-mer », poubelle à ciel ouvert, à deux pas de Cannes et du littoral méditerranéen. Pendant deux ans, Martin Esposito s’est établi dans ce dépotoir situé à Villeneuve-Loubet et en a filmé les moindres recoins, les moindres détails, revenant chaque jour se confronter à ces montagnes de déchets. Le résultat : Super Trash, un film de près d'1h15, aussi passionnant que choquant.

Initialement, son projet était de faire le tour du monde des cimetières à déchets. Cette idée lui était venue après avoir vu le film Une vérité qui dérange d’Al Gore en 2006. Il décide alors de commencer son voyage par le pays qu’il connaît le mieux et qui lui semble le moins problématique. « J’ai toujours cru que tout allait bien ici, en France. Je pensais qu’on était dans un pays sans gros problèmes écologiques. Je pensais que je pouvais faire confiance ». Il choisit donc comme point de départ une décharge de la Côte d’Azur qui se situe à quelques kilomètres de la maison de ses grands-parents. Le tournage ne devait durer que deux semaines, il durera deux ans jusqu’à la fermeture de celle-ci en 2009.

Durant ces longs mois où il vit à une centaine de mètres de ce cimetière d’ordures, au rythme frénétique du va-et-vient des camions-bennes et bulldozers, l’ex-champion de winsurf va filmer ses errements à travers les nuages toxiques et les découvertes insolites.

Surconsommation et « green washing »

A travers ce lieu, c’est un peu notre société, surconsommatrice à l’excès, que Martin Esposito filme. « Dis moi ce que tu jettes et je te dirai qui tu es », semble nous dire le réalisateur. Le constat du film est édifiant. Des tonnes de nourritures encore froides, tout juste sorties du congélateur et consommables, atterrissent dans les immondices. Tout comme des mètres de plaquettes de médicaments, des dizaines de livres et de Larousse qui pourraient venir étoffer les rangées des bibliothèques, des photos de familles, du courrier privé, des meubles à peine abimés et même… des cercueils d’enfants.

Si avec son film, Martin Esposito se garde bien d’accuser ouvertement, il met malgré tout en lumière les petites libertés que s’accordent certaines structures quant à leur respect du tri sélectif et leur volonté affichée de limiter leur impact environnemental. Le long-métrage montre ainsi la face cachée du plus glamour des événements qui puissent exister : le Festival de Cannes. Le célèbre tapis rouge est changé trois fois par jour, ne servant qu’une seule fois par montée des marches, et se retrouve directement à La Glacière. Un employé de l’événement confie même que pour changer les tapis, « ça coûte 2 500 euros à chaque fois ». Et en plus de ces kilomètres de tapis rouge, on retrouve aussi tous les matériaux de décors et de communication qu’entraine cet événement. Pas évident ensuite, pour les organisateurs, de jouer la carte de l’éco responsabilité…
 
L’impact environnemental
Fervents adeptes du tri sélectif et des poubelles bleues, vertes et jaunes, fermez les yeux. Ou plutôt, ouvrez les grands. Vous risquez quelque peu de déchanter. Le film montre en effet à voir que trier ne servirait finalement pas à grand-chose. Au milieu des carcasses de volailles, des liquides provenant des fosses septiques et des magazines pornos, des conteneurs entiers de bouteilles de verre, préalablement triées, y sont finalement déchargés. Question recyclage et valorisation des déchets, il faudra revenir.

Plus alarmant encore sont les récits des employés du site. A force de revenir chaque jour à la Glacière, de la parcourir sans relâche, de devenir peu à peu un des éléments de ce triste décor, Martin Esposito va réussir à gagner leur confiance. D’abord hostile à la caméra - ils resteront méfiants jusqu’au bout et témoigneront toujours anonymement - les ouvriers vont se mettre à parler, à en dévoiler son fonctionnement et ses secrets. Leurs histoires sont sans appel.

Certains expliquent que dans le passé des fûts d’arsenic, qui doivent normalement être traités à part, ont été enterrés dans la déchetterie sans qu’aucune précaution particulière n’ait été prise. D’autres affirment que des camions viennent régulièrement déverser des boues d’épuration et des hydrocarbures sur les ordures alors que de telles pratiques sont formellement interdites. D’après eux, une enquête de gendarmerie serait même en cours…

Se pose alors la question du problème de l’étanchéité de la « zone » et des fuites de lixiviat, ce liquide poisseux issu des décharges. Selon Richard Camou, le Maire de Villeneuve Loubet, que l’on voit durant une réunion publique ainsi que Raymond, acolyte de Martin Esposito durant le tournage et défenseur infatigable de la nature, il y aurait eu des écoulements importants de lixiviat dans une rivière qui jouxte le site, drainant ainsi les éléments toxiques jusque dans la mer. En clair, cette vieille dame qu’est la Glacière aurait eu des fuites à l’origine d’un véritable scandale écologique…

On ressort de la séance de Super Trash lessivé, écœuré même, et légèrement claustrophobe, la faute surement à ces tonnes de déchets qui semblent pouvoir vous ensevelir à chaque instant. Mais on en ressort surtout choqué par cette gestion catastrophique et irresponsable des déchets. Le film, à mi-chemin entre le road-movie et le documentaire, est un vrai électrochoc qui réveille les consciences. Et après, qu’est ce qu’on fait ? Est-il déjà trop tard ? Pas selon Martin en tout cas « Pour quelles raisons ai-je fait ce film ? Je crois qu’il n’est pas encore trop tard. Nous pouvons encore arrêter ce désastre. On doit agir. On doit se remettre en question, revoir toute la chaîne de production et de consommation… du début à la fin ».
  « J’ai eu la possibilité de filmer deux fois des cercueils durant les 18 mois de tournage. J’en entendais parler depuis mon arrivée, mais la décharge était si grande que je les ratais à chaque fois. Pourtant un des travailleurs me disait qu’il y avait des arrivages quotidiens de cercueils sur le site.

La première fois que je les ai vus, c’était surtout des empilements de planches pourries, mélangés à des cheveux, des vêtements et des os éclatés. Un jour, un camion pousseur arrive et là, au milieu des planches, je découvre ce cercueil d’enfant, avec dedans une grande quantité de chaux. Il y avait une sorte de poussière qui sortait de ce cercueil. J’essayais à tout prix de ne pas trop m’approcher pour éviter de respirer cette poussière. De ce que je sais, c’était des cercueils en fin de concession, qui devait dater d’une soixantaine ou une centaine d’années.

Parmi les travailleurs il y en avait qui étaient choqués de ce spectacle. Je me souviens de l’un d’entre eux, qui était musulman et qui s’empressait de recouvrir les cercueils car pour lui c’était très malsain, presqu’un sacrilège. Et puis ça les ramenait à leur condition de travail, sur les risques que l’on prend quand on est sur une décharge. Il y a beaucoup d’accidents mortels.

Pour moi cette décharge, c’est une sorte de site archéologique du présent. Si ça se trouve dans cent ans, il y aura des chercheurs qui retrouveront les restes de ces cercueils au milieu de la décharge et qui se diront que c’était une forme de coutume de notre époque de les balancer au milieu des ordures.

C’est étrange, mais la capture de ce moment est arrivée à la fin du tournage, comme si mon parcours initiatique s’achevait et qu’avant de partir il fallait boucler la boucle. Cette décharge c’était le symbole de la fin de tout. Il y avait les moquettes du festival de cannes, les prospectus, les décors et à au milieu de tout ça… des cercueils. »
Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article