L'auteur à (grand) succès de Ces 600 milliards qui manquent à la France nous invite à l'action.
C'est que la corruption, ce mal qui menace de mettre à bas l'édifice de l'Etat et la société tout entière, n'est pas fatale. Elle est le fruit de l'institution du marché, s'est accrue avec le développement des échanges et triomphe à l'heure du règne de l'argent-roi.
Comment l'enrayer ? Par l'action politique et la sanction judiciaire, d'un côté, par la prise de conscience que la décadence de notre République se nourrit de la banalité des conflits d'intérêts et des petits arrangements de chacun avec la morale civique.
C'est ainsi que si nous devons rappeler sans cesse nos gouvernants à leur devoir de mobiliser tous les moyens propres à lutter contre cette pathologie de la démocratie, il nous faut aussi et surtout comprendre que la corruption traverse - au-delà des hautes sphères dirigeantes - chaque conscience, nous plaçant métaphysiquement devant le choix, à chaque instant, entre le bien et le mal, la vie et la mort, l'humanité et la barbarie.
Depuis 2.500 ans, sagesses, philosophies et religions ont édifié un trésor de réflexions métaphysiques et de suggestions pratiques propres à nous apprendre à lutter contre la corruption. En voici l'édifiante synthèse.
Antoine Peillon est grand reporter à La Croix. Il est l'auteur de
-Ces 600 milliards qui manquent à la France (2012).
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Après son enquête sur le vaste réseau de fraude et d'évasion fiscales organisé en France par la banque UBS, revoici Antoine Peillon avec un ouvrage qui s'attache à dénoncer ce qu'il appelle les "pouvoirs de la fortune". Le livre est intéressant de plusieurs points de vue. D'abord, par l'addition des affaires évoquées, on prend la mesure des liens opaques et antidémocratiques qui peuvent se tisser entre les pouvoirs de l'argent et de la politique.
Ensuite, de par les références mises en avant, on s'aperçoit qu'il existe désormais un groupe de journalistes, universitaires, magistrats, policiers, etc., dont les travaux vont dans le même sens, celui de traquer et d'analyser ces comportements. De Médiapart à la juriste Chantal Cutajar, du commissaire Jean-François Gayraud au magistrat Eric Alt, du politiste Pierre Lascoumes au spécialiste de la corruption Noël Pons, etc., une expertise se développe.
Enfin, on est poussé à s'interroger sur les liens entre banquiers, politiques et voyous. Antoine Peillon est persuadé que la France est de ce point de vue gangrenée comme jamais. Mais les nombreux auteurs qu'il cite montrent plutôt que ce problème semble se poser de tout temps. Et la France ne fait pas exception en termes de pouvoir de l'argent. De quoi réfléchir.
Christian Chavagneux Alternatives Economiques n° 339 - octobre 2014