DocumentaireCe n’est qu’au bout de quelques mois qu’il contacte des ONG pour échanger sur ces pratiques d’optimisation. Sans grand retour de leur part, il écrit sur des blogs, sans révéler de noms. Et se fait repérer par Edouard Perrin de Cash investigation. En 2011, le journaliste le convainc de lui communiquer les documents pour une émission sur les paradis fiscaux.
En juin 2014 le commissariat d’Epinal convoque le jeune homme pour une « vieille histoire concernant le Luxembourg »
En mai 2012, Antoine Deltour découvre le documentaire sur France 2. PWC aussi. Le cabinet d’audit n’a aucun mal à remonter la trace de la copie et porte plainte contre X. Mais silence radio pendant deux ans. Ce n’est qu’en juin 2014 que le commissariat d’Epinal, sur commission rogatoire, convoque le jeune homme pour une « vieille histoire concernant le Luxembourg ». Gardé à vue, sans lunettes, chaussures, ni ceinture, face à un policier qui n’a jamais entendu parler de tax rulings, ni de PWC, Antoine Deltour, qui n’a pas accès à son dossier, comprend très vite la gravité des 5 chefs d’inculpation de la justice luxembourgeoise : vol, y compris domestique, violation du secret professionnel, violation du secret des affaires, blanchiment et intrusion non autorisée dans un système informatique.
Le jeune auditeur, qui a quitté l’entreprise en bons termes, n’a même pas fait tout ça pour de l’argent !
Pour montrer sa volonté de coopération, Antoine Deltour sera auditionné pendant 4 heures par la justice luxembourgeoise. Pour la première fois il se retrouve face à ses anciens employeurs. Culturellement, c’est l’incompréhension. Le jeune auditeur, qui a quitté l’entreprise en bons termes, n’a même pas fait tout ça pour de l’argent ! D’autant que le scandale LuxLeaks n’a pas encore éclaté.
LuxLeaksDésormais spectateur de sa propre histoire, Antoine Deltour apprend en novembre 2014 que ses documents ont été exploités par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) avec qui il n’a jamais été en contact. Le scandale éclabousse des entreprises clientes de PWC. Des noms sont révélés dans une quarantaine de médias internationaux. C’est aussi à ce moment qu’Antoine Deltour, simple citoyen ordinaire, décide, avec son avocat, de passer de l’ombre à la lumière et de rendre publique son histoire. Une stratégie à l’opposé de celle d’un autre lanceur d’alerte français, qui travaillait également pour PWC. Les révélations de cet auditeur, qui a voulu rester anonyme, ont alimenté, en décembre, le deuxième scandale Luxleaks portant sur le rescrit fiscal de 35 sociétés.
Lutte contre l’évasion fiscaleCes scandales qui secouent la présidence du luxembourgeois Jean-Claude Juncker à la tête de la Commission européenne font avancer, à petits pas, la lutte contre l’évasion fiscale. De son côté, Antoine Deltour plaide, comme d’autres lanceurs d’alerte, pour le renforcement du statut des whistleblowers et la création d’une « maison des lanceurs d’alerte ». Tout comme une soixantaine d’organisations de 9 pays (syndicats, ONG…) qui viennent de lancer un appel pour que la Commission revoie sa copie sur la future directive sur le secret des affaires, il suit comme le lait sur le feu les évolutions d’un futur texte potentiellement ravageur pour tous ceux qui dénoncent des pratiques illégales mais aussi, à l’instar de LuxLeaks, aux frontières de la légalité.