Elle a tout de suite détecté le potentiel de cette fibre pour remplacer le cuir, très critiqué par les associations de défense des animaux.
Carmen Hijosa s’est inspiré de cet usage philippin pour lancer la marque Piñatex et l’entreprise Ananas Anam. Après une dizaine d’années de recherches et de développement, la designeuse a mis au point des chaussures, sacs, sièges auto, pouffes, chapeaux et accessoires pour téléphone en fibres de feuilles d’ananas.
Elle a passé les cinq dernières années à développer le Piñatex au Royal College or Art, et des exemples de chaussures ont été produits par Camper et Puma. Le designer Ally Capellino a également produit des sacs à main à base de ce matériau. Le 12 décembre 2014, ces produits ont été présentés au grand public, au sein du Royal College of Art de Londres.
Tout en cherchant à produire des biens qui soient une alternative véritable au cuir, Carmen Hijosa voulait également que ses produits soient écologiques. Et puisque c’est un produit à base d’ananas, le Piñatex n’utilise pas de terrain supplémentaire dans le cadre de sa production, explique-t-elle.
Moins cher que le cuir animal
Une communauté de fermiers philippins s’occupe de décortiquer les fibres du fruit exotique. Celles-ci sont ensuite envoyées en Angleterre et en Espagne, afin d’être transformées en maillage non tissé.
Le prix du Piñatex, qui a été lancé à Londres le mois dernier, est actuellement d’environ 18 livres sterling (23 euros) par mètre carré (un meuble à revêtir nécessite près de 5 mètres carrés), tandis que le cuir coûte entre 20 et 30 livres sterling (entre 25,5 et 38 euros) au mètre carré, selon la créatrice espagnole. « Notre avantage par rapport au cuir, c’est que les déchets produits représentent 5 % de la matière première, contre 25 % pour le cuir. Et ces déchets représentent eux aussi un coût ! », explique-t-elle. Le reste des matières végétales, est transformé en bio-gaz et engrais organique, destiné aux communautés philippines, dans un esprit "cradle to cradle" (considérer tout élément comme une ressource et non plus comme un déchet).
Jusqu’ici, les acteurs de l’industrie ont été assez enthousiastes à l’idée d’expérimenter ce nouveau textile, étant donné qu’ils cherchent constamment à innover. Hijosa estime toutefois qu’il faudra du temps pour que ce marché se développe. Mais elle croit que les consommateurs seront intéressés à l’idée d’acheter un produit durable qui aide les communautés agricultrices de l’autre bout du monde.
Mais elle pense que le marché est assez ouvert aux nouveaux produits à des prix compétitifs : « C’est un peu comme lorsque le formica (mélamine) est arrivé sur le marché. C’était avant tout un produit de substitution qui remplaçait le bois, et cela nous semblait tout à fait horrible. Mais en fin de compte, c’est devenu un produit à part entière avec sa propre apparence et sa propre sensation au toucher, et je crois qu’il en ira de même avec le Piñatex ».
Un produit écologique d’avenir
Lorsqu’elle a commencé à chercher une alternative au cuir, Hijosa voulait un nouveau produit qui ressemble à celui qu’il allait remplacer. Désormais, elle a changé d’avis : « Je ne suis pas spécialement satisfaite si cela ressemble à du cuir, car il faut que ce produit commence à être comparé à lui-même ».
Selon les estimations, 1.000 mètres carrés de Piñatex seront vendus chaque année d’ici 2018, un objectif tout à fait faisable selon Hijosa. Des pourparlers sont en cours afin de s’assurer de financements supplémentaires pour la société qui développe ce produit, dont Carmen Hijosa est la principale propriétaire. Les plans d’avenir envisagent d’autres utilisations possibles du Piñatex. Il pourrait par exemple être utilisé dans la fabrication de pansements antibactériens, puisque ce matériau pourrait permettre la circulation de l’air sur la blessure, mais également de l’isolation des bâtiments.
Il faudra encore patienter pour que la production de peaux animales (7 000 tonnes selon la FAO) baisse sensiblement. Les accessoires Piñatex sont encore des prototypes. Carmen Hijosa espère néanmoins vendre ce textile au mètre dès 2018.
16 ananas, 480 feuilles, 14 mois
Une plantation d’ananas compte entre 30 et 40 feuilles, dont chacune mesure environ 1 mètre de long. Afin de produire un mètre carré de Piñatex de consistance moyennement épaisse, 480 feuilles sont nécessaires (ou le sous-produit de 16 ananas, dont la moisson est réalisée tous les 14 mois dans des pays tels que le Brésil, la Thaïlande, les Philippines, la Chine, le Kenya et le Ghana. Habituellement, les feuilles sont laissées à même le sol où elles pourrissent après la récolte des ananas, selon Hijosa.
Principale source :
• The Gardian : www.theguardian.com (publié par énergie-santé)