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La démocratie participative inachevée(M. H. BACQUE, Y. SINTOMER)

  Amélie Flamand est post-doctorante en sociologie. Héloïse Nez est doctorante en sociologie. 

Extrait de l'introduction de Marie-Hélène Bacqué, Yves Sintomer

Généalogies de la démocratie participative

   Depuis une quinzaine d'années, des dispositifs de démocratie participative se sont multipliés de façon exponentielle en France, en Europe, mais aussi dans des contextes politiques et culturels très différents comme ceux de l'Amérique latine ou de l'Inde. Ces expériences prennent des formes multiples. Certaines s'emparent d'instruments inventés dans les années 70 ou 80, comme les conseils de quartier, les jurys citoyens ou les conseils consultatifs de jeunes ou d'étrangers. Elles réactivent parfois des pratiques oubliées, tels les jurys qui reposent sur le tirage au sort de citoyens ordinaires, quitte à les croiser avec des techniques nouvelles, comme les conférences de consensus qui visent à promouvoir la démocratie technique. D'autres innovent dans la forme et dans les objets, comme les budgets participatifs, qui associent les administrés à la discussion des finances publiques.

   Le foisonnement de ces dispositifs et leur diffusion impliquent un mouvement qui dépasse la simple expérimentation locale. Cette mutation s'inscrit dans un contexte profondément renouvelé. L'idée de participation est ancienne, et elle a accompagné l'histoire des sociétés démocratiques modernes, depuis les révolutions françaises et américaines jusqu'au mouvement ouvrier du XIXe siècle, en passant par les réformateurs urbains du début du XXe siècle. Elle a, cependant, connu un renouveau notable au cours de la période récente. La démocratie participative semble, aujourd'hui, s'institutionnaliser dans la durée, dans une dynamique qui diffère de la spontanéité et du caractère contestataire des mouvements sociaux des années 60 et 70. Elle tranche avec les formes antérieures de participation, faisant surgir de nouveaux acteurs, de nouvelles légitimités, de nouveaux terrains dans l'implication de personnes non élues dans la prise de décision. En France, la démocratie dite «de proximité» a fait son entrée dans la loi en 2002. Elle constitue une injonction dans nombre de politiques publiques.
  À une échelle plus large, la participation est présentée comme une dimension incontournable du développement durable. Elle constitue l'un des axes majeurs des démarches et des programmes promus par les grandes institutions internationales, comme l'ONU ou la banque mondiale. Politiquement en vogue, la démocratie participative devient parallèlement un domaine de spécialisation valorisé par un nombre croissant de professionnels. La thématique entre désormais dans certaines formations. Elle suscite aussi l'intérêt du monde universitaire, particulièrement dans la recherche en sciences sociales. Le nombre de séminaires, de publications, de thèses traitant de cette question en atteste, et un sous-champ académique est de ce point de vue en cours de stabilisation.
 
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