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Nucléaire : les projections controversées de la Commission européenne

   Les conditions d’investissement actuelles pourraient rendre compliquée la réalisation des investissements projetés. La viabilité des nouvelles constructions nucléaires en Europe dépend d'une part de la capacité de l’industrie à réduire ses coûts et d'autre part du prix de l’électricité, conclut le rapport. Pour que le nucléaire soit rentable pour les investisseurs privés, il faudrait que le prix du carbone atteigne entre 43 et 72 euros par tonne, selon le document. Les analystes tablent plutôt sur un prix du carbone autour de 30 euros d’ici 2030.

Ce n’est pas tout à fait explicite, mais la Commission compte tirer le maximum de la prolongation des centrales. Les auteurs du rapport estiment que le coût d’une extension de 10 à 20 ans de leur durée de vie nécessiterait entre 45 et 50 milliards d’euros d’investissement d’ici 2050. Mais plus de 80% des investissements devront être faits d’ici 2030.  

Incertitudes sur la fin du cycle nucléaire

Plus de 50 des 131 réacteurs atomiques européens devraient cependant être fermés d’ici 2025, estime la Commission. La gestion des déchets et du démantèlement des centrales va donc occuper une part grandissante des investissements du secteur dans les années à venir. 

Concernant la gestion des déchets, les États membres avancent lentement sur le stockage géologique. Les premières installations devraient être opérationnelles en Finlande, en Suède et en France entre 2020 et 2030.

En France, le coût d’une installation est estimé à plus de 20 milliards d’euros. Presque tous les autres États membres en sont encore à un stade préliminaire. Au total, le coût de la gestion des déchets serait de 142 milliards d’euros d’ici 2050.

Quant au démantèlement des centrales, la Commission avance un chiffre de 126 milliards d’euros d’ici 2050, mais on est en grande partie en terrain inconnu : si 89 réacteurs ont été définitivement arrêtés, seuls trois ont été entièrement démantelés, tous en Allemagne. 

Les États ont-ils provisionné suffisamment d’argent pour faire face à de tels coûts ? Selon Bruxelles, la Grande-Bretagne et les Pays-Bas sont dans les clous (respectivement 100 % et 94 % des frais provisionnés) et l'Allemagne est en bonne position (83 %). En revanche, la France est en retard, avec seulement 31% des frais provisionnés. Le taux de couverture de ces frais est en moyenne de 56% pour des réacteurs qui sont à 64% de leur durée de vie. Mais certains États anticipent justement la prolongation de la durée de vie de leurs centrales...

Des projections controversées

Pour le groupe des Verts au Parlement européen, les coûts avancés par la Commission sont largement sous-estimés. Les eurodéputés écologistes s’appuient sur un rapport alternatif qu’ils ont fait réaliser par Wise-Paris (World Information Service on Energy), cabinet d’études spécialisé sur le nucléaire.

Point par point, Wise-Paris épingle les projections de la Commission, du rythme supposé de nouvelles constructions, hautement questionnable, aux coûts externes, telle la responsabilité des exploitants en cas d’accident, qui sont ignorés, en passant par la question des aides d’État. Pour l’eurodéputé luxembourgeois Claude Turmes, ce rapport est "un déni complet de réalité" quant aux risques et aux coûts du nucléaire.

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