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Osons rester humain (Geneviève AZAM)

Osons rester humain (Geneviève AZAM)

2015    224 p.    18,50 €

   Le dérèglement conjoint du monde et de la nature, le surgissement d'événements extrêmes – changement climatique, effondrement de la biodiversité, cumul explosif des inégalités –, sont le signe patent d'une limite de la toute-puissance et d'une défaite de l'idéalisme prométhéen.
   La fragilité des écosystèmes, la fragilité des sociétés, la fragilité des citoyens désocialisés, disloqués, massifiés, se révèlent violemment. Ces évènements s’enchevêtrent et laissent entendre que l’humanité ne va plus de soi, à la fois comme espèce habitant la Terre et comme créatrice de mondes communs.
   L'humanité semble ne plus aller de soi. Que faire face à ces défis immenses ? Cultiver la fragilité inhérente à la condition humaine et aux écosystèmes ou bien tenter absolument de la vaincre ? Tel est l'objet de ce livre qui déconstruit le dualisme issu du monde occidental responsable de l'instrumentalisation de la nature et des humains.
   Cultiver la fragilité est une force créatrice qui rassemble au lieu d’opposer, qui lie au lieu de délier, qui conjugue au lieu de mettre en concurrence, qui refuse fermement la démesure au lieu de l’accentuer dans une course désespérée. Des voix et des pensées diverses ouvrent ce chemin, des expériences multiples indiquent d’ores et déjà une bifurcation.
  Ce livre est également un cri d'alerte, car la toute-puissance emprunte aujourd'hui de nouvelles voies. La fragilité y devient une erreur de la nature, un défaut de rationalité. Il s'agit de la combler en la transformant en opportunité économique, en augmentant les capacités humaines et en fabriquant une planète «intelligente» qu'il suffirait de piloter...
   L’hybridation des machines et des humains, jusqu’au plus intime, celle de la nature et de la technique, pourrait accomplir la modernité et affranchir la condition humaine de sa dimension naturelle. La nature, comme contrainte et réalité extérieure à l’expérience humaine, serait enfin morte.
  Cette fiction, qui accomplirait le précepte néolibéral «il n'y a pas d'alternative», dessine un monde cyborg, fusionnant nature et société que d'aucuns – les courants post-féministes ou post-environnementalistes ainsi que la «neuro-bio-économie» – saluent comme une promesse nouvelle d'émancipation.
  Osons rester humain démontre que d'autres chemins sont ouverts et qu'aucune société authentiquement humaine ne pourra se développer sans consentir aux limites qui la fondent.
 
   Geneviève Azam est économiste à l'université de Toulouse et membre du Conseil scientifique d'Attac. Collaboratrice à la revue du MAUSS et chroniqueuse à Politis, elle est notamment l'auteur de
  -Le temps du monde fini: Vers l'après-capitalisme 2010.
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