"Ce sont des petits Parisiens, ils découvrent la nature." C’est dans un coin de campagne reconstitué en plein cœur du 2e arrondissement de la capitale que la directrice de la crèche parentale des Petits pois, Anne Bernard, présente le jardin qui jouxte le bâtiment principal.
À l’intérieur de ce carré "nature", quatre enfants âgés de un à trois ans arrosent les plantes, jouent avec la terre, cherchent méticuleusement les lombrics. Joy, cheveux roux et mains sales, découvre, fière, le ver de terre pendant que Théo, joueur, inonde le papyrus. "Encore cinq minutes", les prévient Stéphanie Étienne, une maman qui encadre l’activité. Bottes aux pieds et profitant de l’arrivée du printemps en ce jeudi 18 avril, ces jeunes Parisiens dépaysés ne veulent plus quitter le mini jardin.
Depuis 2011, les Petits pois ont le label "écolo crèche" créé par l’Atelier méditerranéen de l’environnement (AME). "Il s’agit de présenter le développement durable de manière ludique et pratique pour que les gens, adultes et enfants, s’approprient cette problématique, explique Delphine Menard, directrice de la communication de l’AME. Cela va des matériaux du bâtiment à l’alimentation en passant par l’utilisation de produits d’entretien bio. Nous donnons les clés du respect de l’environnement."
S’ils sont encore jeunes, les enfants commencent à appréhender les premiers réflexes: faire attention à l’eau, éteindre la lumière, les prémices du tri sélectif et le recyclage.
"Il s’agit de leur faire apprendre, sans pour autant faire la leçon, les bons gestes. Il faut que ça devienne normal pour eux. Et cela porte ses fruits: chaque fois qu’un enfant joue avec la chasse d’eau, les autres viennent pour lui dire que ce n’est pas bien de faire ça", sourit la directrice alors que Solal, belles bouclettes brunes, allongé sur la table à langer, assiste sans broncher au remplacement de sa couche lavable.
Et la bonne parole est diffusée le soir chez les parents. "Un soir, mon fils Gaspard m’a fait remarquer que je n’avais pas éteint l’eau du robinet", signale avec le sourire Stéphanie.
Les choix alimentaires ne sont pas laissés au hasard: il faut faire adopter aux enfants un bon comportement respectant les saisons et l’environnement. "Beaucoup de parents ont inscrit leur enfant aux Petits pois car ils en avaient assez qu’on leur donne de la pâte à tartiner au goûter", précise Anne Bernard.
Un prestataire (les Portions magiques) et une diététicienne construisent des menus 100% bio pour un montant d’environ 4,80 euros par repas.
Ce jour-là, les carottes râpées d’un orange éclatant précèdent un couscous végétarien. Si Antoine refuse l’entrée en secouant la tête et en pleurant, les autres ont définitivement adopté la carte. "Au début, ils faisaient la grimace. Mais ils s’habituent et deviennent même exigeants, note Stéphanie. Quand on leur fait le soir des plats préparés, leur palais étant habitué aux produits bio, ils ne veulent pas finir leur assiette." Les parents commandent parfois à Leila Rivé, la directrice des Portions Magiques, les menus du soir.
Les Petits pois bénéficient du soutien du maire écologiste du 2e arrondissement de Paris, Jacques Boutault. Le coût total de la crèche est de 660.000 euros, le budget annuel de fonctionnement s’élève à 285.000 euros. Il est financé par la mairie de Paris (85.000 euros), la CAF de Paris (110.000 euros) et la participation des familles (90.000 euros) - ce qui représente un montant entre 5 euros et 35 euros par jour et par famille, suivant leurs revenus.
Aujourd'hui, quinze autres établissements ont été labélisés et une soixantaine d'autres adoptent une démarche similaire. Sensibilisés dès le plus jeune âge aux bonnes pratiques, ces enfants seront-ils la génération écolo de demain? "Pourquoi pas. Mais c’est dommage que cet apprentissage ne soit pas suivi en maternelle ou à l’école élémentaire. C’est aux parents d’assurer la continuité. Mais s’ils ont choisi notre crèche, c’est qu’ils sont conscients de ces problématiques", conclut, optimiste, Anne Bernard.
Loin de la maternelle et plus encore du CP, la vingtaine d’enfants pratiquent avec sourire et enthousiasme le respect de l’environnement. Et intègrent les bons gestes avec l’insouciance qui caractérise leur âge. De manière naturelle en somme.
